Afleveringen

  • C'est le deuxième épisode de la série « Afrique, le temps des possibles ». Continent le plus jeune du monde, l'Afrique verra un jeune sur trois de la planète y vivre d'ici 2050. L'historien Achille Mbembe, l'économiste Kako Nubukpo, les entrepreneurs Matina Razafimahefa et Mamby Laye Diomandé débattent de formation, d'emploi, de numérique, d'intelligence artificielle et d'industries créatives pour transformer ce dividende démographique en véritable moteur de développement pour le continent.

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    NOS INVITÉS

    Achille Mbembe – philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward Kako Nubukpo – économiste togolais, professeur des universités, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Matina Razafimahefa – cofondatrice de Sayna, plateforme de formation aux métiers du numérique et à l'employabilité Mamby Laye Diomandé, fondateur et commissaire général du Salon des Industries musicales francophones (SIMA). « Le dividende démographique : espérance ou crise ? »

    Face à l'explosion démographique de sa jeunesse, l'Afrique doit transformer un potentiel encore incertain en véritable levier de développement.

    🎤 Kako Nubukpo : « Nous attendons pour les 40 prochaines années 600 millions de jeunes Africains sur le marché du travail, à raison de 15 millions par an. Tant que nous n'allons pas transformer la matière première, on aura du mal à les absorber. »

    🎤 Matina Razafimahefa : « On parle de dividende démographique comme d'un chèque qu'on attendrait d'encaisser. Mais il ne se décrète pas, il se construit compétence par compétence, mission par mission. »

    « Emploi informel et inadéquation des formations »

    Entre chômage officiel, travail informel et systèmes éducatifs déconnectés du marché, l'insertion professionnelle des jeunes reste un défi majeur.

    🎤 Achille Mbembe : « Beaucoup de gens sont au travail dans ce que l'on appelle l'informel. Ces besoins ne sont pas pris en charge par l'économie formelle. »

    🎤 Matina Razafimahefa : « La migration ce n'est pas une pathologie, c'est la réponse rationnelle d'un jeune face à un système qui ne lui offre pas d'autres chemins. »

    « Numérique, intelligence artificielle et industries créatives »

    Portée par le numérique et l'intelligence artificielle, la jeunesse africaine invente déjà de nouveaux modèles économiques et culturels.

    🎤 Mamby Diomandé : « Il est important de pouvoir fournir de la data à l'État […] qui justifie des investissements sur les industries culturelles et créatives. »

    🎤 Matina Razafimahefa : « Il y a 650 millions d'emplois qui vont nécessiter des compétences numériques d'ici 2030. […] Nous ne sommes plus à la recherche d'un job, nous avons des compétences à monétiser. »

    🎤 Achille Mbembe : « Sans ces éléments-là [littérature, musique, peinture, théâtre], il est impossible de donner sens à ce que l'on fait. […] Il faut les considérer dans ce sens plénier et pas les réduire à des marchandises. »

    « Quel avenir laisser à la jeunesse ? »

    Au-delà des trajectoires individuelles, c'est la solidarité et l'action collective qui, selon les intervenants, façonneront l'avenir du continent.

    🎤 Achille Mbembe : « L'avenir du continent africain, il est entre nos mains. […] Les forces endogènes transformeront le continent davantage que les forces exogènes. »

    🎤 Kako Nubukpo : « La réussite d'un continent ne peut pas être la somme des réussites individuelles. […] Ce qui fonde l'Afrique, c'est la solidarité. »

    Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

  • Dans un contexte mondial marqué par les rivalités géopolitiques, les guerres économiques et la remise en cause de la mondialisation, l'Afrique peut-elle construire un développement plus souverain, inclusif et durable ? Comment gouverner face au « tournant brutaliste » ? Nous vous proposons une série d'émissions « Afrique, le temps des possibles » qui réunit plusieurs grands intellectuels suite à la publication d'un livre blanc de 60 propositions coordonnées par l'historien Achille Mbembe.

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    NOS INVITÉS

    Achille Mbembe – Philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), Directeur Général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie, coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward. Kako Nubukpo – Économiste togolais, professeur des universités, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Fatoumata Ngom – Analyste des politiques publiques à l'OCDE, écrivaine, ingénieure en informatique et diplômée en mathématiques financières, auteure de Le silence du totem (L'Harmattan). « Le modèle économique dominant est en crise »

    La première partie de l'émission dresse un diagnostic sans concession des mutations du monde. Les invités estiment que le modèle de développement hérité de la mondialisation ne répond plus aux défis actuels et que l'Afrique doit inventer de nouvelles trajectoires.

    🎤 Achille Mbembe : « Le modèle économique dominant est en crise aujourd'hui et ne nous permet plus de faire ce saut civilisationnel. Nous assistons à un tournant brutaliste. »

    🎤 Fatoumata Ngom : « Il est temps de mesurer le progrès au-delà du seul PIB. »

    « Peut-on développer une économie sans démocratie ? »

    Les échanges portent ensuite sur la qualité des institutions, la démocratie, les régimes autoritaires et les conditions d'une croissance durable.

    🎤 Achille Mbembe : « Il faut contester l'idée selon laquelle l'autoritarisme serait plus efficace. »

    🎤 Kako Nubukpo : « À long terme, il n'y a pas de succès possible sans institutions inclusives. »

    « Restaurer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants »

    Comment recréer un contrat social ? Les intervenants défendent une gouvernance davantage fondée sur la participation, la redevabilité et l'implication des citoyens.

    🎤 Kako Nubukpo : « On ne peut pas demander aux marchés financiers l'autorisation de construire un hôpital. »

    🎤 Fatoumata Ngom : « Les gouvernants doivent savoir qu'ils sont là pour le peuple, et pas pour eux-mêmes. »

    « Sortir du piège de l'extractivisme »

    L'Afrique reste indispensable à la transition énergétique mondiale mais continue de capter une faible part de la richesse créée à partir de ses ressources.

    🎤 Achille Mbembe : « Les mutations économiques doivent être guidées par le soin des communautés et des institutions. »

    🎤 Kako Nubukpo : « Le monde dépend de l'Afrique, mais cela produit surtout la primarisation de ses économies. »

    « Mieux répartir les richesses »

    Les invités analysent les conséquences économiques des inégalités, de la pauvreté et des flux financiers illicites.

    🎤 Kako Nubukpo : « Les insécurités sont liées à une mauvaise redistribution de la richesse. »

    🎤 Fatoumata Ngom : « L'Afrique perd davantage avec les flux financiers illicites qu'elle ne reçoit parfois en aide au développement. »

    « Compter d'abord sur les ressources africaines »

    Le débat s'intéresse ensuite au financement du développement, aux capacités d'épargne du continent et au rôle de l'aide internationale.

    🎤 Achille Mbembe : « L'Afrique dispose des ressources nécessaires. Il faut les mobiliser au service du continent. »

    🎤 Fatoumata Ngom : « L'objectif de l'aide au développement est que plus aucun pays n'en dépende durablement. »

    « Repenser les relations entre l'Afrique et le reste du monde »

    Les échanges se concluent sur les rapports entre l'Afrique, la France et les anciennes puissances coloniales, ainsi que sur les nouvelles formes de coopération internationale.

    🎤 Achille Mbembe : « La relation entre la France et l'Afrique doit reposer sur le principe de la juste distance. »

    🎤 Kako Nubukpo : « L'enjeu est de passer d'une dépendance subie à des interdépendances choisies. »

    « La force des sociétés »

    En conclusion, les trois invités convergent sur une idée centrale : le développement du continent ne pourra venir uniquement des capitaux, des institutions internationales ou des grandes puissances. Il reposera d'abord sur les citoyens, les territoires, les savoirs, les initiatives locales et la capacité des sociétés africaines à construire leurs propres modèles de développement.

    🎤 Achille Mbembe : « Nous sommes condamnés à organiser notre coexistence. »

    🎤 Kako Nubukpo : « Nous voulons un multilatéralisme équitable et une solidarité rationnelle. »

    🎤 Fatoumata Ngom : « Tout commence par les sociétés. »

    Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

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  • La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance.

    NOS INVITES

    - Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France

    - Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora

    - Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football

    - Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis

    Les nouveaux horizons du sport business

    Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030.

    Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme

    👉 Une révolution à 13 milliards

    Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl.

    « Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay

    👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier

    Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience.

    « On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre

    👉 Sur le terrain, le business déborde du stade

    Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match.

    👉 Une FIFA juge et partie ?

    Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions.

    « La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet

    👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique

    Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif.

    « Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay

    👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2

    Les villes hôtes ont financé les infrastructures, la FIFA a encaissé les revenus : un schéma qui limite le risque d'« éléphants blancs » mais laisse peu de retombées durables. Sur le plan environnemental, le bilan s'annonce lourd — plus de 9 millions de tonnes de CO2 attendues — loin du travail engagé par les Jeux olympiques de Paris 2024.

    « Le bilan carbone de cette Coupe du monde est complètement alarmant : plus de 9 millions de tonnes de CO2 devraient être générées. » — Aurélie Dyèvre

    États-Unis : la prospérité de Trump à l'épreuve des chiffres

    Alors que les États-Unis célèbrent le 250ᵉ anniversaire de leur indépendance — une date sur laquelle Donald Trump a beaucoup misé à quelques mois des élections de mi-mandat — bilan d'étape avec Thérèse Rebière, professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail américain.

    👉 Un chômage en trompe-l'œil

    Le taux de chômage est passé de 4,3 à 4,2 % en juin2026, mais les créations nettes d'emplois sont bien inférieures aux attentes — et celles de mai ont, elles aussi, été révisées à la baisse. Derrière l'amélioration apparente, la baisse du chômage tient surtout à des sorties du marché du travail : des Américains qui renoncent à chercher un emploi.

    « Ce qui a provoqué la baisse du taux de chômage, c'est plutôt des sorties du marché du travail — des gens qui ne cherchent plus d'emploi. »

    👉 Les chevaux de bataille de Trump à la peine

    Les États-Unis n'ont jamais autant exporté de pétrole — mais l'emploi pétro-gazier reste otage des cours mondiaux. Quant à l'industrie manufacturière, deuxième pilier de la promesse trumpiste, elle détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée sur l'année : les droits de douane ne rapatrient pas, pour l'heure, les emplois espérés.

    « L'emploi dans le secteur manufacturier connaît plutôt des destructions sur l'année, et non des créations. »

    👉 Le pouvoir d'achat grignoté par l'inflation

    Après un rattrapage salarial en 2025, lié à la forte inflation de 2022, la tendance s'est inversée depuis le début de l'année : les salaires progressent, mais plus lentement que les prix. Signe concret que le pouvoir d'achat moyen des Américains recule sur les derniers mois.

    « Le pouvoir d'achat moyen des Américains est réellement en baisse sur les derniers mois. »

    👉 Attentisme, IA et jeunes sacrifiés

    Les entreprises américaines hésitent à recruter des cadres, notamment dans la finance, en pleine réflexion sur les postes que l'intelligence artificielle pourrait remplacer — une tendance qui dépasse largement les États-Unis. Premières victimes de cet attentisme : les nouveaux entrants sur le marché du travail.

    « Le taux de chômage chez les jeunes augmente aux États-Unis bien plus vite que le taux de chômage moyen. »

    👉 Les inégalités raciales se creusent

    Pendant son premier mandat, Donald Trump revendiquait un taux de chômage afro-américain proche de la moyenne nationale. Cette fois, silence sur le sujet — et les chiffres se dégradent, aggravés par les suppressions d'emplois fédéraux, où les minorités ethniques étaient historiquement surreprésentées.

    « Les Afro-Américains subissent un taux de chômage presque le double de celui de la moyenne de la population. »

    👉 La confiance des Américains au plus bas

    Le Michigan Survey, indice de confiance des consommateurs qui existe depuis 1948, a touché en mai son plus bas niveau historique. Même les agrégateurs de sondages réputés favorables aux Républicains affichent des taux de désapprobation sévères : 60 % sur la politique économique, 67 % sur l'inflation, 59 % sur le conflit en Iran — de mauvais augure pour les Républicains à l'approche des élections de mi-mandat.

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musical : Lighter - Jelly Roll /Carín León

  • Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York (États-Unis) est le grand invité de l'émission économie RFI Jeune Afrique. Premier lauréat du prix Africa NextGen Economist, il décrypte sans détour les grands défis économiques de l'Afrique et du Sénégal : crise de la dette, déficits de financement, enjeux fiscaux, emploi des jeunes, développement de l’IA. Un entretien sans concession animé par Bruno Faure et Aurélie M’Bida.

    👉Découvrez l'émission enrichie en vidéo en cliquant sur ce lien

    Une nouvelle réalité géoéconomique pour l’Afrique

    Face à la montée des tensions entre les grandes puissances, l’Afrique ne peut plus compter sur les mêmes flux d’aide au développement qu’auparavant. Pour Abdoulaye Ndiaye, le continent doit désormais s’appuyer davantage sur ses propres ressources, tout en multipliant les partenariats économiques.

    L’économiste appelle à sortir des logiques d’alignement idéologique pour privilégier des relations de coopération fondées sur les intérêts économiques.

    « La position de force de l’Afrique, ce n’est pas de clamer la souveraineté, c’est de pouvoir substituer un partenaire à un autre. »

    Selon lui, l’enjeu est de faire jouer la concurrence entre les partenaires internationaux afin d’obtenir de meilleures conditions de financement et d’investissement.

    « La priorité pour toutes les économies africaines, c’est une croissance soutenable et durable de 10% sur une génération. »

    Finances publiques : le défi de la mobilisation des ressources

    L’Afrique souffre d’un déficit chronique de ressources fiscales et de financement du développement. Mais pour Abdoulaye Ndiaye, la question n’est pas seulement le niveau des impôts collectés, mais l’efficacité des administrations fiscales.

    Il souligne que les pays développés collectent des centaines de dollars de recettes pour chaque dollar dépensé dans l’administration fiscale, quand de nombreux pays africains restent très en retrait. L’amélioration de la collecte passe par des réformes de long terme : digitalisation, prélèvement à la source, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive du secteur informel.

    « Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change la productivité de la collecte fiscale, mais il y a des réformes progressives à faire. »

    Dette publique : emprunter pour investir, pas pour consommer

    Pour l’économiste, le principal problème de nombreuses économies africaines réside dans l’usage de la dette. Trop souvent, les emprunts servent à financer des dépenses de consommation ou des subventions, sans générer suffisamment de croissance pour assurer leur remboursement.

    « Même si le Sénégal résout son problème de la dette aujourd’hui, dans vingt ou vingt-cinq ans, il peut se retrouver dans une nouvelle crise de la dette liée au fait qu’on s’endette pour consommer. »

    Abdoulaye Ndiaye défend une gestion plus sélective de l’endettement : réserver la dette de marché aux fonctions régaliennes et utiliser les financements concessionnels pour l’éducation et la santé, qu’il considère comme de véritables investissements.

    L’emploi des jeunes, l’urgence absolue du continent

    Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Pour Abdoulaye Ndiaye, cette réalité démographique doit être considérée comme une priorité politique absolue.

    « L'emploi des jeunes doit être une urgence pour tous les décideurs africains. »

    L’économiste estime que l’Afrique ne pourra absorber cette vague de nouveaux actifs sans une véritable stratégie d’industrialisation. Le continent a besoin de grandes entreprises capables d’employer des milliers de personnes, et non uniquement de petites structures ou de start-up.

    « Il nous faut des entreprises qui peuvent employer 20 000 personnes à la fois. Il nous en faudrait cent comme Dangote »

    Selon lui, le rôle des États n’est pas de créer eux-mêmes les industries, mais de lever les obstacles qui empêchent leur émergence : coût de l’énergie, accès au foncier, lourdeurs administratives ou manque de compétences.

    Sénégal : une crise budgétaire et une crise de confiance

    Concernant son pays, Abdoulaye Ndiaye parle clairement d’une crise budgétaire, aggravée par les tensions politiques et la dégradation de la perception du Sénégal auprès des investisseurs. Le pays doit, selon lui, restaurer la transparence sur sa dette et retrouver une trajectoire de croissance durable.

    « La destination Sénégal n’est plus ce qu’elle était avant. »

    Pour autant, il estime que le pays dispose encore d’atouts importants et que les nouvelles autorités ont pris la mesure de la gravité de la situation.

    « Il est essentiel que la croissance inclusive soit restaurée au plus tôt. »

    Restructuration de la dette : la moins mauvaise des solutions ?

    L’économiste défend l’idée qu’une restructuration préventive de la dette peut parfois être préférable à un défaut de paiement. En s’appuyant sur de nombreuses études internationales, il affirme que les pays qui restructurent leur dette avant d’être en cessation de paiement retrouvent plus rapidement le chemin de la croissance.

    « Une restructuration préventive serait moins pire qu’un défaut total. »

    Il insiste toutefois sur le fait qu’il n’existe pas une seule forme de restructuration et que tout dépend des modalités de négociation avec les créanciers.

    Serigne Malick Tall : « Sortir de la dette, pas par l’austérité, mais par la prospérité »

    Invité à réagir au débat sur la dette sénégalaise, l'entrepreneur en série sénégalais Serigne Malick Tall exprime ses profondes inquiétudes face à l'hypothèse d'une restructuration de la dette qui rappellerait, selon lui, les traumatismes de l'ajustement structurel des années 1990. Marqué par les conséquences sociales de la dévaluation du franc CFA en 1994, il redoute qu'une nouvelle cure d'austérité ne se traduise par des coupes dans l'éducation, la santé et l'investissement public. Il plaide au contraire pour une stratégie fondée sur un reprofilage de la dette, une réforme fiscale ambitieuse, le renforcement du secteur privé et une relance de la croissance afin de préserver le bien-être des populations. Pour lui, la question de la dette est avant tout un choix politique et de souveraineté.

    « Ce n'est pas par l'austérité, mais par la prospérité qu'on rembourse ses dettes et qu'on paie ses créanciers. »

    Pétrole et gaz : une opportunité à ne pas surestimer

    L’exploitation des ressources pétrolières et gazières peut constituer un levier de développement pour le Sénégal, mais elle ne représente pas une solution miracle.

    L’enjeu est d’obtenir des contrats équilibrés et d’utiliser les revenus tirés des hydrocarbures pour soutenir la transformation économique du pays.

    « Il est important que l'on ne dise pas que le Sénégal sera sauvé uniquement par le pétrole et le gaz. »

    Intelligence artificielle : ne pas manquer le train

    Abdoulaye Ndiaye estime que l’Afrique risque de rester à l’écart de la compétition mondiale autour des grands modèles d’intelligence artificielle. En revanche, le continent peut encore tirer profit de cette révolution technologique en utilisant les outils existants pour améliorer sa productivité et créer de nouvelles activités.

    « Il y a un risque que l’Afrique manque cette révolution. »

    Pour lui, l’objectif n’est pas nécessairement de rivaliser avec les géants américains ou chinois, mais d’exploiter l’IA comme un accélérateur de développement économique.

    À écouter aussi«Les ports africains ont tout à gagner avec l'intelligence artificielle»

  • Corridors économiques, nouvelles routes maritimes, investissements innovants, diversification vers l'Afrique : malgré les tensions géopolitiques, les entreprises continuent d'investir. Dans l'attente de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient, décideurs économiques et chefs d'entreprise expliquent comment ils s'adaptent à un monde où la géographie redevient un facteur stratégique majeur.

    Le Moyen-Orient, entre attractivité économique et instabilité géopolitique

    Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient s'est imposé comme une région incontournable pour le commerce mondial. Les États du Golfe investissent massivement dans les infrastructures, la logistique, l'énergie, les technologies et les services financiers. Mais la région demeure exposée aux tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures. Malgré ces incertitudes, les investisseurs continuent de croire au potentiel de la région. Pour Khalifah Al Yaqout, avocat d'affaires koweïtien, associé gérant du cabinet Al-Yaqout & Al-Fouzan Legal Group, la priorité reste avant tout la stabilité. Rencontré à l'occasion de l'événement Vision Golfe 2026 organisé par Business France à Paris, il indique que les pays du Moyen-Orient continueront à attirer les compétences internationales et les investissements tant qu'ils préserveront un environnement stable et prévisible.

    Gérard Mestrallet et le pari du corridor Inde–Moyen-Orient–Europe

    Ancien dirigeant d'Engie et de GDF Suez, Gérard Mestrallet pilote aujourd'hui pour la France le projet IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), lancé lors du sommet du G20 en 2023. L'objectif est ambitieux : relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe grâce à un vaste réseau combinant infrastructures portuaires, ferroviaires, énergétiques et numériques. À l'origine, le corridor reposait sur un itinéraire unique reliant Mumbai à Marseille via les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël. Mais les crises récentes ont conduit les promoteurs du projet à revoir leur copie. Gérard Mestrallet explique que le corridor s'appuie désormais sur plusieurs routes alternatives afin de limiter les risques liés aux conflits ou aux accidents logistiques. Des ports en Égypte, au Liban et à Oman pourraient ainsi compléter les infrastructures initialement prévues. L'Égypte, le Maroc et plusieurs ports méditerranéens pourraient devenir des points d'entrée stratégiques dans ce nouvel écosystème logistique. Des projets de câbles sous-marins numériques sont également envisagés.

    Les entreprises françaises regardent désormais vers l'Afrique

    L'émission donne ensuite la parole à plusieurs entreprises confrontées aux conséquences concrètes des tensions géopolitiques. C'est le cas de Petroseal, société normande spécialisée dans le colmatage de fuites sur installations industrielles à haute pression. Sa directrice opérationnelle Emmanuelle Mayor explique que l'entreprise continue de travailler dans le Golfe mais accélère désormais son développement en Afrique notamment au Nigeria, en Libye, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Ces pays cherchent à augmenter rapidement leurs capacités de production de pétrole et de gaz, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les entreprises de services industrielles.

    Pour les acteurs de la logistique internationale, la réorientation progressive des flux maritimes vers l'Afrique constitue une tendance de fond. Le contournement de certaines zones à risque favorise de nouvelles connexions avec les ports africains. Le Havre bénéficie notamment de l'intensification des échanges avec l'Afrique de l'Ouest. Le développement du « nearshoring », qui consiste à rapprocher les chaînes d'approvisionnement des marchés finaux, renforce également cette dynamique.

    Le Havre, carrefour stratégique des échanges mondiaux

    L'émission se poursuit dans le port du Havre, premier port français pour le commerce maritime international. Kris Danaradjou, directeur général adjoint d'Haropa Port, responsable du développement rappelle que la plateforme traite environ 85 millions de tonnes de marchandises chaque année et plus de trois millions de conteneurs.

    Malgré les perturbations géopolitiques, les routes commerciales se réorganisent :

    diversification des fournisseurs énergétiques ; développement de nouvelles escales ; adaptation des chaînes logistiques ; recours à des itinéraires alternatifs.

    Ludivine Bayon, déléguée générale de l'Union maritime et portuaire du Havre, présente les investissements réalisés sur Port 2000. Le site accueille certains des plus grands porte-conteneurs du monde et bénéficie d'un accès maritime permanent. Les opérateurs portuaires visent désormais six millions de conteneurs par an à l'horizon 2030, soit quasiment le double du trafic actuel.

    Cette croissance repose notamment sur :

    la multimodalité ; le transport fluvial ; le développement ferroviaire ; la décarbonation des activités portuaires. La Normandie face aux mutations du commerce mondial

    Président de la Chambre de commerce et d'industrie Seine Estuaire, Yves Lefebvre livre une vision optimiste de la situation économique normande. Selon lui, le territoire bénéficie d'une grande diversité d'activités – industrie, aéronautique, naval, agroalimentaire, logistique – qui lui permet de mieux résister aux ralentissements sectoriels. Lorsqu'un secteur traverse une période plus difficile, un autre prend le relais, contribuant ainsi à maintenir le dynamisme économique local. Yves Lefebvre souligne également l'atout majeur que représentent la façade maritime normande, le port du Havre et l'axe de la Seine pour attirer de nouvelles entreprises et soutenir les exportations.

    Pourquoi l'Afrique devient incontournable

    Thomas Courtier, directeur de l'Union portuaire rouennaise, souligne la solidité des relations commerciales avec des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale. Chaque année, environ 2 500 navires y font escale. Rouen s'est spécialisé dans le groupage de marchandises, une activité qui consiste à réunir dans un même conteneur des produits provenant de plusieurs fournisseurs afin de réduire les coûts logistiques pour les importateurs africains. Cette expertise repose notamment sur la proximité du port avec l'Île-de-France et sur la présence d'importantes diasporas africaines en région parisienne, qui contribuent au dynamisme des échanges commerciaux. Malgré les crises politiques ou sécuritaires, les volumes restent relativement stables grâce à la diversification des clients et à l'ancienneté des échanges commerciaux.

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musical : Nour - Alo ?!

  • Pendant plusieurs décennies, la mondialisation a été le moteur principal de l’expansion économique mondiale. Fondée sur la baisse des barrières commerciales, l’essor des chaînes de valeur internationales et la circulation croissante des capitaux, elle a profondément transformé les économies et les sociétés. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, puis les chocs du Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines, ce modèle semble entrer dans une nouvelle phase.

    NOS INVITÉS Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors et Rapporteure du groupe de travail sur les relations entre l’Union européenne et la Chine.

    Son expertise :

    Commerce international Souveraineté économique européenne Relations commerciales UE-Chine Réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales Christophe Rodrigues, professeur d’économie et de sciences sociales en classes préparatoires et à l’École normale supérieure de Lyon.

    Son expertise :

    Mondialisation Gouvernance économique mondiale Histoire économique Politiques industrielles

    Il est co-auteur de l’ouvrage La mondialisation fragmentée, Comprendre les mutations de l’économie mondiale (DBS).

    Eric Keslassy, professeur d’économie et de sciences sociales à LPA.

    Son expertise :

    Sociologie économique Inégalités Conséquences sociales de la mondialisation Relations entre économie et politique Pauline Pic, titulaire de la Chaire de géopolitique des mers et des océans à l’Université du Québec à Rimouski.

    Son expertise :

    Géopolitique maritime Routes commerciales mondiales Enjeux stratégiques des océans Ressources marines et transition énergétique Les grandes thématiques abordées 1. La mondialisation : une histoire ancienne

    Les intervenants rappellent que la mondialisation ne date pas des années 1990. Une première phase d’intégration économique existe déjà à la fin du XIXᵉ siècle, avec l’intensification des échanges commerciaux et financiers entre les grandes puissances. Les économistes soulignent qu’il existe depuis toujours une tension entre deux réalités :

    les bénéfices de l’ouverture économique la crainte d’une perte de souveraineté des États

    Cette opposition traverse toute l’histoire économique moderne.

    2. L’âge d’or de l’hypermondialisation

    Les années 1990-2007 constituent ce que l’économiste Dani Rodrik appelle « l’hyperglobalisation ».

    Cette période est marquée par :

    l’ouverture massive des marchés l’explosion des chaînes de valeur mondiales la montée en puissance des multinationales la globalisation financière

    L’entrée de la Chine dans l’économie mondiale accélère fortement ce mouvement. Les entreprises délocalisent leur production pour réduire les coûts et les échanges internationaux atteignent des niveaux inédits.

    3. La crise de 2008 : un tournant majeur

    Pour Christophe Rodrigues et Eric Keslassy, la crise financière de 2008 marque le début d’une nouvelle époque.

    Elle révèle plusieurs faiblesses :

    des inégalités croissantes une gouvernance mondiale insuffisante une dépendance excessive à certains marchés une défiance grandissante envers la mondialisation

    Les intervenants considèrent que les difficultés actuelles ne sont pas nées avec Donald Trump mais s’inscrivent dans une tendance plus ancienne de repli économique et politique.

    4. Les États-Unis remettent en cause le modèle

    L’émission revient longuement sur la politique commerciale américaine.

    Selon l’administration Trump, la mondialisation aurait :

    affaibli l’industrie américaine détruit des emplois industriels renforcé la dépendance envers la Chine

    Les invités nuancent fortement cette analyse. Ils rappellent que les États-Unis restent parmi les grands gagnants de la mondialisation, notamment dans les services et les technologies. Ils soulignent également que les droits de douane pénalisent souvent les entreprises et consommateurs américains eux-mêmes.

    5. La Chine, grande gagnante de la mondialisation

    La Chine apparaît comme le pays ayant le mieux profité de l’ouverture des marchés mondiaux.

    Les intervenants expliquent qu’elle est passée :

    d’une économie à bas coûts ; à une puissance technologique de premier plan.

    Aujourd’hui, elle domine de nombreux secteurs industriels :

    batteries véhicules électriques panneaux solaires terres rares raffinage de minerais stratégiques

    La Chine représente déjà plus du tiers de la production manufacturière mondiale et pourrait encore accroître son poids dans les prochaines années.

    6. Une mondialisation qui se réorganise

    Pour Elvire Fabry, il n’y a pas de véritable démondialisation. Les flux commerciaux continuent d’exister mais changent de forme.

    Les entreprises cherchent désormais :

    à diversifier leurs fournisseurs à sécuriser leurs approvisionnements à réduire certains risques géopolitiques

    Des concepts comme :

    nearshoring friendshoring relocalisation partielle

    prennent de l’importance.

    L’objectif n’est plus seulement la recherche du coût le plus faible, mais aussi la résilience des chaînes de valeur.

    7. Les océans, colonne vertébrale de la mondialisation

    Avec Pauline Pic, l’émission aborde la dimension maritime de la mondialisation.

    Quelques chiffres rappellent l’importance stratégique des mers :

    environ 80 % du commerce mondial passe par voie maritime près de 90 % du trafic Internet mondial transite par des câbles sous-marins les grands détroits restent des points de passage essentiels

    Les tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz illustrent la fragilité de ces infrastructures mondiales.

    8. La bataille mondiale pour les ressources stratégiques

    Les intervenants évoquent l’importance croissante :

    des minerais critiques des terres rares des métaux nécessaires à la transition énergétique

    La Chine dispose d’une avance considérable :

    extraction raffinage transformation industrielle

    Cette situation pousse l’Union européenne à développer :

    ses propres capacités industrielles le recyclage des partenariats avec des pays tiers

    L’enjeu est d’éviter de nouvelles dépendances stratégiques.

    9. Les perdants de la mondialisation

    L’émission revient également sur les conséquences sociales du phénomène.

    Les invités rappellent que la mondialisation a produit :

    des gagnants... consommateurs bénéficiant de prix plus bas entreprises exportatrices grandes métropoles secteurs technologiques ...mais aussi des perdants ouvriers touchés par les délocalisations territoires industriels fragilisés classes moyennes confrontées à la concurrence internationale

    Eric Keslassy souligne qu’aujourd’hui même les emplois qualifiés et les ingénieurs peuvent être concernés par la compétition mondiale.

    10. Quel avenir pour l’Europe ?

    L’une des conclusions majeures de l’émission concerne l’Union européenne.

    Pour les invités, l’Europe doit :

    renforcer sa politique industrielle investir dans l’innovation sécuriser ses approvisionnements développer des partenariats commerciaux diversifiés préserver une forme de multilatéralisme

    L’objectif n’est pas l’autarcie mais une souveraineté économique mieux maîtrisée. Les intervenants estiment que l’Europe dispose encore d’atouts majeurs grâce à son marché de 450 millions de consommateurs et à sa capacité à négocier collectivement.

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musicaux :

    Tank and The Bangas - Move (Ft Lucky Day)

    Shakira / Burna Boy - Dai Dai

  • La dette publique française dépasse 115% du PIB et alimente un débat permanent entre politiques, économistes et citoyens. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-on continuer à emprunter ? Quels sont les risques réels pour l'avenir ? Nous avons réuni deux expertes aux approches complémentaires : la journaliste économique Philippine Robert et l'économiste Dorothée Rouzet analysent les causes de cet endettement, les contraintes européennes, le rôle des marchés financiers et les défis économiques à venir.

    NOS INVITÉES

    🎙️ Dorothée Rouzet est cheffe économiste à la Direction générale du Trésor français. Cette administration rattachée au ministère de l'Économie produit des analyses économiques, élabore des prévisions et conseille les pouvoirs publics sur les politiques économiques. Elle adopte une approche rigoureuse et pédagogique. Son analyse repose sur les mécanismes économiques de long terme : soutenabilité de la dette, croissance, emploi, attractivité du territoire, investissements publics et stabilité financière. Pour elle, la dette n'est pas un problème en soi. Tout dépend de son utilisation. Elle rappelle qu'un État peut s'endetter pour investir ou pour amortir une crise, mais qu'il doit ensuite retrouver une trajectoire soutenable.

    💬 « On peut s'endetter aujourd'hui et laisser aussi un plus gros gâteau à la prochaine génération. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'une partie de la dette finance les dépenses courantes et notamment sociales. »

    Son intervention met également en avant plusieurs atouts de l'économie française : une démographie relativement dynamique, une économie diversifiée, une forte capacité à lever l'impôt, une énergie largement décarbonée et une attractivité toujours importante pour les investisseurs étrangers.

    💬 « La dette française est valorisée parce qu'elle est de bonne qualité et très liquide. »

    Dorothée Rouzet insiste enfin sur la nécessité d'investir dans des investissements productifs ou pour la transition écologique.

    💬 « Le plus facile à couper, c'est l'investissement. Mais c'est le plus idiot aussi. »

    🎙️ Philippine Robert est journaliste spécialisée en économie à l'hebdomadaire Le Point. Elle est également l'auteure du livre Faut-il avoir peur de la dette ? Enquête sur un débat qui déchaîne les passions, publié aux éditions du Rocher. Son intervention se concentre davantage sur les dimensions politiques, historiques et sociologiques de la dette publique.

    💬 « Aujourd'hui, en France, le sujet de la dette est très instrumentalisé politiquement. »

    Elle explique pourquoi cette question provoque autant de tensions dans le débat public et comment elle est régulièrement instrumentalisée par les responsables politiques. Selon elle, la dette est devenue un sujet émotionnel qui cristallise les oppositions entre générations, catégories sociales et sensibilités politiques. Elle souligne également que la France a manqué plusieurs occasions de réformer durablement ses finances publiques pendant les années de taux d'intérêt très faibles.

    💬 « Très peu de gouvernements français ont eu une bonne gestion des finances publiques. Les réformes structurelles qui auraient permis de ne pas être dans cette situation-là n'ont jamais été faites. On a loupé la fenêtre d'opportunité. »

    CE QU'IL FAUT RETENIR DE L'ÉMISSION

    Nos deux invitées s'accordent sur un point essentiel : la dette n'est pas nécessairement mauvaise. Elle peut même être utile lorsqu'elle finance ou lorsqu'elle permet de protéger l'économie pendant une crise. En revanche, elles considèrent que la situation française devient préoccupante parce qu'une partie importante de la dette sert désormais à financer des dépenses courantes plutôt que des investissements d'avenir.

    L'émission montre également que la question de la dette ne peut être séparée de nombreux autres enjeux : la croissance économique, l'emploi, le vieillissement démographique, les dépenses sociales, la compétitivité, l'attractivité internationale, les relations avec les partenaires européens.

    NOTRE ENTRETIEN VIDÉO

    Alors que la France revoit apparaître le spectre des fermetures d'entreprises, du chômage et des licenciements, nous avons reçu l'avocat en droit du Travail Avi Bitton, auteur d'une web-série pour défendre les intérêts des cadres supérieurs.

    Découvrez la vidéo en cliquant ici.

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musicaux :

    Annie Lalalove / Donne moi

    Charles Trenet / Paie tes dettes.

  • À 17 000 kilomètres de Paris, la Nouvelle-Calédonie, territoire d'Outre-mer français, traverse une crise économique sans précédent depuis les émeutes de mai 2024. Deux années plus tard, les 265.000 habitants font face à un effondrement structurel, aggravé par la dépendance au nickel, dont l'issue reste incertaine. Un économiste et un chef d'entreprise dressent un bilan sans concessions puis esquissent les voies d'un redressement possible.

    La crise en chiffres

    La Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud constitué de dizaines d'îles et dont la capitale est Nouméa, vit sous souveraineté française depuis 1853. Le territoire bénéficie d'une forte autonomie, mais les revendications indépendantistes des communautés kanaks y restent vives et s'expriment parfois violemment. Les émeutes de mai 2024, déclenchées par un projet de révision constitutionnelle, ont causé quatorze morts et un coût estimé à 2,2 milliards d'euros. Elles ont aggravé une situation déjà fragilisée par plus d'une décennie de ralentissement économique et une crise du secteur du nickel — pilier historique de l'économie locale.

    👉 −13,5% de PIB perdu en 2024 après les émeutes

    👉 −8% de PIB supplémentaire perdu en 2025

    👉 14 000 emplois détruits depuis mai 2024 sur 65 000 salariés du privé.

    Nos invités

    🎙️ Olivier Sudrie, économiste spécialiste de l'outremer, fondateur du cabinet DME (Didacticiels et Modélisation Économiques)

    💬« Le choc de la Nouvelle-Calédonie est à peu près équivalent au choc que nous avons connu au niveau national à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. »

    💬« Il n'y a aucune fatalité à la situation que vit actuellement la Nouvelle-Calédonie. Tout peut repartir. Il faut pour cela un effort du gouvernement calédonien lui-même, mais aussi un effort financier de la part de l'État. »

    💬« Donner un travail à quelqu'un, c'est lui donner un salaire et donc forcément lui permettre aussi d'avoir une dignité et de pouvoir se projeter dans le futur. Et ça, en fait, les Outre-mer — la Nouvelle-Calédonie ne fait pas exception à la règle. »

    🎙️ Xavier Benoist, directeur général de Bluescope Acier Nouvelle-Calédonie · Président de la Fédération des Entreprises et Industries de Nouvelle-Calédonie

    💬« Depuis 2024, c'est l'effondrement et l'effondrement s'accélère. »

    💬« On est en train de créer toutes les conditions pour de nouvelles violences. Les sujets de la Calédonie aujourd'hui, c'est quand est-ce que telle collectivité va faire banqueroute ? Quand est-ce que notre régime de retraite local va être en rupture de trésorerie ? »

    💬« Personne ne va investir dans une activité économique en Nouvelle-Calédonie tant qu'on n'aura pas un peu de visibilité sur l'avenir du territoire. Ce choc de confiance, il est essentiel. »

    Avec les participations de Charlotte Mannevy, correspondante de RFI à Nouméa et Dominique Lefeivre, président Les cacaos du Pacifique.

    Notre reportage

    La crise du secteur du nickel, le Covid et les révoltes indépendantistes de 2024 ont eu pour conséquence la fermeture de nombreuses entreprises, mines et usines. Parmi les Calédoniens licenciés, de nombreux Kanaks ont dû quitter leur logement pour retourner dans leur tribu. C’est tout un mode de vie fait d’agriculture et de coutume qu’ils retrouvent. Reportage de Théo Renaudon.

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musical : Mizé Si Péyi La / Soft.

  • Quelles sont les grandes mutations du secteur pétrolier africain ? Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient, baisse relative des investissements internationaux, transition énergétique et quête d’attractivité, les pays africains producteurs tentent de repositionner leur stratégie. Tournée dans le cadre des 4èmes Journées Pétrole, cette émission réunit experts, économistes, représentants d’États et industriels autour d’une même interrogation : comment transformer les ressources pétrolières en véritable levier de développement durable ?

    NOS INVITÉS

    Gacyen Mouely, associé gérant 3M - Partners & Conseils et organisateur des 4èmes Journées Pétrole à Casablanca

    Cyril Ruchonnet, directeur associé chez S&P Global

    Laura Sima, directrice associée, recherche sur les Solutions Amont chez S&P Global

    Mahamat Togoï, ingénieur géologue, enseignant-chercheur à l'Institut National Supérieur de Pétrole de Mao (Tchad)

    Hashir Mabignath Sall, directeur général adjoint de l'Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) du Gabon

    Michel Prudhomme Nzouba fondateur Eco Partners, ancien dirigeant de Shell, Assala Energy, Maurel & Prom.

    Les grandes thématiques de l’émission 👉 Un marché pétrolier mondial bouleversé

    Le blocage du détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques ont profondément déstabilisé le marché mondial des hydrocarbures. Malgré la montée des énergies renouvelables, le pétrole et le gaz représentent encore près de 80% de la demande énergétique mondiale. Les États producteurs africains voient dans cette situation une opportunité de renforcer leur rôle stratégique.

    💬Cyril Ruchonnet : « Le rééquilibrage mondial pourrait profiter aux producteurs africains. »

    💬 Laura Sima : « Même avant le conflit au Moyen-Orient, les pétroliers cherchaient déjà à diversifier leurs zones d'investissements. »

    👉 L’attractivité des pays africains

    L’Afrique dispose d’importantes réserves pétrolières, mais peine encore à attirer suffisamment d’investissements. Les compagnies pétrolières ne regardent plus uniquement le potentiel géologique : elles analysent désormais la stabilité politique, la fiscalité, la gouvernance et la sécurité juridique avant d’investir.

    💬 Michel Prud'homme Nzouba : « L’attractivité commence par la géologie. »

    💬 Cyril Ruchonnet : « Les investisseurs recherchent aujourd’hui des découvertes plus rentables. »

    💬 Mahamat Togoï : « Les compagnies veulent désormais des retours sur investissement plus rapides. »

    💬 Laura Sima : « Les sociétés pétrolières aiment la stabilité, un projet se pense sur trente ou quarante ans.. »

    💬 Hashir Mabignath Sall : « Nous avons gagné en crédibilité auprès des investisseurs. »

    👉 La réforme des codes pétroliers

    Plusieurs invités insistent sur l’importance des cadres réglementaires. Les codes pétroliers doivent être plus flexibles, plus lisibles et mieux appliqués afin d’accélérer les projets et de rassurer les investisseurs internationaux.

    💬 Gacyen Mouely : « Le code pétrolier n’est qu’un outil. »

    💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Le vrai problème est souvent la mise en application des codes. »

    💬 Mahamat Togoï : « Les États doivent créer un cadre général favorable. »

    👉 Le contenu local et la création d’emplois

    Les intervenants défendent un contenu local plus ambitieux. L’objectif est de permettre aux entreprises africaines de participer davantage aux activités à forte valeur ajoutée du secteur pétrolier plutôt que de rester cantonnées aux services périphériques.

    💬 Gacyen Mouely : « Le contenu local doit être structuré et compétitif. »

    💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Les capacités locales ont été historiquement négligées. »

    👉 La transition énergétique

    Tous reconnaissent que l’après-pétrole doit être anticipé dès aujourd’hui. Les revenus issus des hydrocarbures doivent financer la diversification économique et le développement de nouvelles énergies.

    💬 Hashir Mabignath Sall : « Le pétrole reste une énergie de transition indispensable. »

    NOS REPORTAGES Gabon : le projet gazier du Cap Lopez

    Le reportage d’Yves-Laurent Goma montre la transformation du terminal pétrolier du Cap Lopez en futur hub gazier. Le groupe Perenco investit près de deux milliards de dollars dans un projet de gaz naturel liquéfié destiné à faire du Gabon un exportateur de gaz dès 2028.

    Madagascar : relancer une industrie fragilisée

    À Madagascar, la société Madagascar Oil tente de relancer la production pétrolière après dix ans d’arrêt. Comme le montre le reportage de Guilhem Fabry, les autorités espèrent attirer de nouveaux investisseurs grâce à un futur code pétrolier plus compétitif.

    💻 Réalisation : Hadrien Touraud / Stéphane Défossez

    🎵 Choix musical : Fala - Vicky R / Oxlade

  • Au sommet Africa Forward de Nairobi (Kenya), cinq acteurs clés de la finance en Afrique (Ecobank, Proparco, Meridiam, Africinvest, Melanin Kapital) débattent du paradoxe qui freine les investissements sur le continent : une perception du risque souvent bien supérieure à la réalité. Instruments de dérisquage, appui des données, besoins de gouvernance : quelles clés pour libérer le potentiel africain ?

    Émission présentée par Bruno Faure enregistrée au Kenyatta International Convention Centre de Nairobi (Kenya) le 12 mai 2026.

    Nos invités 🎙️ Françoise Lombard, directrice générale de Proparco

    Françoise Lombard dirige Proparco, la branche de l'Agence française de développement dédiée au secteur privé. Depuis bientôt cinquante ans, Proparco finance et accompagne des entreprises en Afrique dans tous les secteurs : agriculture et agribusiness, industrie, services, infrastructures énergétiques, private equity et capital-risque. L'institution dispose de six bureaux régionaux sur le continent et opère via une palette d'instruments financiers allant du prêt classique aux prises de participation, en passant par des outils de garantie et d'accompagnement technique.

    🎙️ Thierry Déau, directeur général de Meridiam

    Thierry Déau dirige Meridiam, société de gestion française spécialisée dans le développement, le financement et la gestion de long terme de projets d'infrastructure essentiels. Meridiam gère environ 28 milliards d'euros pour le compte d'investisseurs institutionnels ; l'Afrique représente environ 10 % de ses encours, avec près de 2 milliards de fonds propres déployés pour créer une dizaine de milliards d'investissements sur le continent en huit ans. L'Europe reste son cœur d'activité (50 %), complétée par les Amériques. En Afrique, il porte notamment le parc éolien de Kipeto (Kenya), désormais en cours d'extension.

    🎙️Mélanie Keïta Mariam, fondatrice de Melanin Kapital

    D'origine sénégalo-congolaise et installée à Nairobi depuis plusieurs années, Mélanie Keïta a fondé Melanin Kapital, une néo-banque dédiée au crédit des PME et startups africaines qui innovent dans l'économie verte. L'institution est opérationnelle dans douze pays, en Afrique de l'Est, de l'Ouest et centrale, grâce notamment à un partenariat stratégique avec Ecobank. Sa particularité : prêter aux tout premiers emprunteurs, ceux qui n'ont pas accès au crédit bancaire classique. Pour cela, Melanin Kapital a développé ses propres modèles de crédit-score fondés sur les données de mobile money et les créances clients.

    🎙️ Aziz Mebarek, co-fondateur d'AfricInvest

    Franco-tunisien, Aziz Mbarek est le co-fondateur d'AfricInvest, plateforme panafricaine d'investissement dont les fonds sont incorporés à Maurice et dont les neuf bureaux couvrent l'Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, Égypte, Algérie) et l'Afrique subsaharienne (Kenya, Côte d'Ivoire, Nigéria, Maurice, Afrique du Sud) sans compter Dubaï. Avec une centaine de salariés issus d'une vingtaine de nationalités, AfricInvest est l'une des plus grandes équipes africaines de fonds propres, dette privée et venture capital.

    🎙️ Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank Transnational

    Jeremy Awori est un dirigeant bancaire kényan, né à Nairobi. Il est aujourd’hui le directeur général du groupe bancaire panafricain Ecobank Transnational Incorporated fondé en 1985 à Lomé (Togo). Elle est aujourd’hui l’un des plus grands réseaux bancaires du continent africain, présente dans plus de 30 pays. Son activité principale est la fourniture de services financiers aux particuliers, aux entreprises et aux institutions, notamment à travers la banque de détail, la banque d’investissement et les services numériques.

    Les grandes thématiques de l'émission 👉 Le paradoxe du risque africain

    L'Afrique attire des investissements croissants, mais reste stigmatisée par une perception de risque excessive. Les invités distinguent le risque réel — politique, climatique, monétaire — du risque perçu, souvent amplifié par des indices génériques et une méconnaissance du continent.

    💬 Françoise Lombard (Proparco) « Il faut voir le continent africain comme un investissement de long terme. Penser le long terme sur le continent, c'est absolument indispensable. Et puis il faut accepter d'être au contact des réalités du continent et de ne pas transposer nécessairement nos propres réalités sur le continent. »

    👉 Les instruments de dérisquage

    Garanties partielles sur portefeuilles de PME, assurances contre le risque politique (Miga/Banque mondiale), finance mixte combinant capital public et privé, structuration en tranches de risque différenciées : un panorama concret des outils disponibles.

    💬 Mélanie Keita (Melanin Kapital) : « C'est vraiment toute une chaîne de valeur de financement qui doit être mise en place. Et grâce aux institutions du développement, on est capables d'accéder à plus de fonds, mais on doit travailler avec tous les acteurs de la chaîne pour pouvoir atteindre une femme qui n'est pas bancarisée et qui a quand même besoin de financement. »

    👉 Financer les petites et moyennes entreprises

    Comment prêter à une PME agricole sans collatéral ni historique bancaire ? Les invités décrivent les montages innovants – crédit-score mobile, partenariats avec des coopératives, chaînes de valeur multi-acteurs – qui permettent d'atteindre les entreprises non bancarisées.

    💬 Jeremy Awori (Ecobank) : « Pour les PME, essentielles aux économies africaines, nous tentons de minimiser le risque de défaut de paiement. Nous travaillons actuellement pour fournir des garanties et une couverture en cas de sinistre de premier et de second rang. Il s'agit de l'un des secteurs d'activité à la croissance la plus rapide au sein de la banque. »

    👉 La concurrence internationale et les co-constructions

    Face aux financeurs asiatiques, les acteurs européens défendent leurs avantages comparatifs : durabilité contractuelle, normes ESG, non-consolidation de la dette souveraine. Mais la co-construction avec des acteurs d'autres continents est aussi une réalité du quotidien.

    💬 Thierry Déau (Meridiam) : « La compétitivité ne vient pas forcément que du financement. Elle vient du coût, de la qualité – qui n'est pas toujours le même quand on multiplie ces trois facteurs en comparant une entreprise chinoise et une entreprise européenne. »

    👉 Gouvernance, réglementation et cadres juridiques

    Continuité réglementaire, licences bancaires pays par pays, allocation des bilans bancaires vers les bons du Trésor plutôt que vers les PME, retards de paiement de la sécurité sociale : les obstacles institutionnels concrets identifiés par les praticiens.

    👉 La data, nerf de la guerre de l'investissement

    L'absence de données fiables et accessibles sur les économies africaines reste un frein majeur pour les investisseurs étrangers. Améliorer la collecte et la transparence des données macroéconomiques et microéconomiques est présenté comme la réforme prioritaire.

    💬 Aziz Mebarek (AfricInvest) : « Comment peut-on avoir un vrai rating et une vraie mesure du risque réel et effectif qui prévaut en matière d'investissement en Afrique ? Quand on voit tous les secteurs de la vie quotidienne, on trouve des entreprises européennes qui réussissent. Je pense que c'est vraiment le moment de s'engager. »

    💻 Réalisation : Boris Vichith / Guillaume Munier

    🎵 Choix musical : Ssaru ft Trio Mio – Mi Amor

  • Directeur général de Canal+ Afrique, David Mignot est le grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Il défend une stratégie fondée sur l’effet d’échelle, la production locale et l’innovation technologique pour faire face aux plateformes mondiales. Après le rachat de Multichoice, le groupe veut devenir un acteur audiovisuel panafricain incontournable. Cotation à Johannesburg, lutte contre le piratage, contenus africains et nouveaux usages numériques : David Mignot détaille ses ambitions.

    Entretien assuré par Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique).

    Réalisation : Yann Bourdelas / Lauren Némausat / Stéphane Defossez.

    Découvrez l'émission en vidéo en cliquant ici.

    Canal+ Afrique change de dimension

    L’année 2026 marque une étape importante avec l’entrée du groupe Canal+ à la Bourse de Johannesburg. Une double cotation après Londres, destinée à renforcer l’ancrage africain du groupe et à ouvrir son capital à des investisseurs du continent. Pour David Mignot, cette implantation financière a aussi une portée symbolique. Canal+ veut apparaître comme un acteur pleinement intégré à l’écosystème audiovisuel africain.

    Le rachat de Multichoice pour atteindre une taille critique

    Le dirigeant revient sur l’acquisition de Multichoice, opérateur historique de télévision payante en Afrique anglophone et lusophone. Cette opération doit permettre au nouvel ensemble de dépasser les 40 millions d’abonnés dans près de 70 pays. Un changement d’échelle jugé indispensable face à la concurrence des grandes plateformes mondiales comme Netflix, Amazon ou Disney.

    David Mignot insiste sur la complémentarité géographique entre Canal+ et Multichoice. Selon lui, l’objectif est de construire un groupe capable d’investir massivement dans les contenus et les technologies. Le patron de Canal+ Afrique rappelle que le groupe emploie déjà plusieurs milliers d’ingénieurs et investit plus d’un milliard d’euros dans les infrastructures technologiques.

    Le piratage présenté comme la principale menace

    Contrairement aux idées reçues, David Mignot estime que le principal concurrent de Canal+ ne sont pas les grandes plateformes de diffusion mais le piratage. Selon lui, les nouvelles formes de diffusion illégale via les réseaux internet haut débit représentent un danger majeur pour toute l’industrie audiovisuelle. Le dirigeant explique que sans protection de la propriété intellectuelle, il devient impossible de financer durablement les productions locales et les grands événements sportifs.

    Miser sur les contenus africains

    Canal+ revendique aujourd’hui plus de 10 000 heures de contenus produits chaque année sur le continent africain dans une trentaine de langues. Séries ivoiriennes, productions nigérianes, contenus malgaches ou programmes en wolof, bambara ou peul : le groupe veut renforcer sa présence locale et développer des récits africains capables de séduire un public international.

    David Mignot compare cette stratégie à celle de la Turquie ou de la Corée du Sud, devenues de grands exportateurs de contenus audiovisuels. Selon lui, la taille du marché africain pourrait permettre à terme l’émergence de productions capables de rayonner à l’échelle mondiale.

    Des productions adaptées aux marchés locaux

    Le patron de Canal+ Afrique assure que les contenus locaux peuvent devenir rentables grâce à des coûts de production adaptés aux réalités économiques de chaque pays. Canal+ mise également sur la formation des talents locaux grâce à Canal+ University et à la Talent Factory de Multichoice. Plusieurs milliers de professionnels auraient déjà été formés aux métiers de la production audiovisuelle.

    Football, sport et diversification des contenus

    Le football reste un pilier majeur de l’offre de Canal+, notamment grâce à la Ligue des champions et aux grandes compétitions internationales. Mais David Mignot insiste sur la nécessité de ne pas dépendre uniquement des droits sportifs. Le groupe cherche à diversifier ses contenus avec des séries, des documentaires, des programmes jeunesse ou encore du basket africain et les sports de combat. Selon lui, la force de Canal+ repose avant tout sur sa capacité à agréger des contenus variés destinés à l’ensemble des membres d’un foyer.

    Une stratégie tournée vers les nouveaux usages

    Face à l’explosion du smartphone et des plateformes numériques, Canal+ veut adapter ses formats et ses outils de diffusion. David Mignot estime que le métier du groupe consiste désormais à occuper le temps libre des consommateurs, quel que soit l’écran utilisé. Le dirigeant reconnaît la montée en puissance de YouTube, TikTok ou Instagram, mais considère que les grands contenus premium conservent une place essentielle dans les usages audiovisuels.

    Canal+ veut devenir un acteur africain de référence

    Présent dans l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne, Canal+ revendique plus de 35 000 points de vente et des centaines de chaînes africaines diffusées sur ses bouquets. David Mignot affirme que le groupe est aujourd’hui perçu comme un acteur profondément africain malgré ses origines françaises. Le patron de Canal+ Afrique insiste enfin sur l’idée d’une « Afrique terre de croissance », devenue selon lui un axe stratégique majeur pour le groupe depuis plusieurs années.

  • Éco d’ici, éco d’ailleurs explore cette semaine les transformations majeures de l'économie mondiale à travers trois secteurs stratégiques : les infrastructures numériques, l’innovation technologique liée au climat et la conquête spatiale. Trois entrepreneurs européens livrent leur vision de ces nouveaux champs de compétition où se jouent souveraineté, innovation et croissance. Une bataille qui se joue désormais autant sur Terre… que dans l’espace.

    Immersion dans les data centers : la souveraineté numérique en action Invité : Louis Blanchot, CEO d'Etix Everywhere

    L’émission débute par une visite immersive dans un data center, infrastructure clé de l’économie numérique. Louis Blanchot présente les enjeux techniques et stratégiques de ces installations.

    Un pilier invisible de l’économie numérique

    Les data centers assurent le stockage et le traitement des données, indispensables au fonctionnement d’Internet, du cloud et de l’intelligence artificielle. Leur fonctionnement repose sur quatre piliers essentiels :

    une alimentation électrique continue un système de refroidissement performant une sécurité renforcée une connectivité optimale

    La gestion thermique est cruciale : les serveurs doivent fonctionner dans une plage de température précise pour éviter toute défaillance.

    Un secteur en pleine expansion

    Porté par l’essor de l’IA, le marché des data centers connaît une croissance rapide. Etix s’est spécialisé dans les « data centers de proximité » (edge), permettant de rapprocher les infrastructures des utilisateurs finaux et d’améliorer la performance des services.

    L’entreprise a connu une forte croissance, passant de quelques sites à un réseau national couvrant plusieurs régions françaises, avec des ambitions européennes.

    L’enjeu clé : la souveraineté des données

    Au-delà de la performance technique, Louis Blanchot insiste sur un enjeu stratégique majeur : la souveraineté numérique.

    Dans un contexte géopolitique tendu, la maîtrise des données devient essentielle, notamment pour les secteurs sensibles comme :

    la défense l’aéronautique la recherche et développement

    L’idée n’est pas de tout localiser, mais de protéger les données stratégiques. Le choix d’un opérateur de data center devient ainsi un acte politique autant qu’économique.

    Transformer la recherche en business : le modèle du startup studio Invité : Olivier Thirifays, cofondateur de BXVentures

    Deuxième étape de l’émission : la Belgique pour découvrir le modèle du startup studio avec BXVentures

    Un pont entre laboratoire et marché

    Le constat de départ est simple : l’Europe regorge de technologies innovantes issues de la recherche, mais celles-ci peinent souvent à atteindre le marché.

    Le startup studio propose une approche différente :

    collaboration étroite avec les chercheurs co-création de startups financement initial accompagnement stratégique

    Contrairement aux incubateurs classiques, le studio s’implique directement dans la création des entreprises et partage les risques.

    Focus sur les climate tech

    BX Ventures se concentre sur les technologies liées au climat, avec une double exigence :

    impact environnemental positif viabilité économique

    L’objectif est de développer des innovations capables de répondre à des besoins industriels concrets, sans dépendre uniquement de réglementations ou de subventions.

    Un écosystème à construire

    Le modèle repose sur une collaboration étroite avec les industriels dès les premières phases. Cela permet :

    d’évaluer la pertinence des technologies d’ajuster leur développement de sécuriser leur débouché commercial

    Un exemple emblématique est le projet Chipswin, qui vise à structurer un écosystème européen dans la microélectronique en mutualisant infrastructures, compétences et ressources.

    Un enjeu européen majeur

    Pour Olivier Thirifays, l’Europe doit accélérer la mise sur le marché de ses innovations. Trop souvent, les technologies restent bloquées au stade du prototype, alors que d’autres régions du monde avancent plus vite. L’enjeu est clair : renforcer la souveraineté industrielle en densifiant l’écosystème technologique.

    Le NewSpace : l’économie à la conquête du cosmos Invité : Charles Beigbeder, entrepreneur et investisseur, président du fonds Audacia, auteur NewSpace, l'économie à la conquête du cosmos (Eyrolles)

    L'entretien est à découvrir en vidéo ici

    L’émission s’ouvre sur un horizon encore plus vaste : l’espace. Charles Beigbeder, investisseur passionné, décrypte les nouvelles opportunités économiques du secteur spatial.

    Une révolution en cours

    Le spatial n’est plus réservé aux États. Grâce à la baisse des coûts :

    fabrication de satellites lancements en orbite

    de nouveaux acteurs privés investissent massivement ce secteur.

    Le « new space » devient ainsi un terrain de compétition économique majeur, avec des applications multiples :

    connectivité mondiale observation de la Terre exploitation future de ressources extraterrestre Trois phases historiques

    Charles Beigbeder distingue trois grandes étapes :

    une phase géopolitique dominée par la guerre froide une phase industrielle contrôlée par de grands groupes une phase actuelle marquée par l’arrivée d’acteurs privés

    Aujourd’hui, l’espace devient un domaine économique « normal », accessible aux entreprises et aux investisseurs.

    Un enjeu stratégique pour l’Europe

    Face à la domination des États-Unis et de la Chine, l’Europe doit structurer son écosystème spatial pour rester compétitive.

    Le NewSpace représente à la fois :

    une opportunité économique majeure un enjeu de souveraineté technologique

    Réalisation de l'émission : Lauren Némausat

    Choix musical : « Miss Yo » – Danitsa feat. Béesau

  • Vieillissement accéléré en Europe, chute de la natalité en Chine, explosion démographique en Afrique : la démographie est-elle en train de redessiner l’économie mondiale ? Elle n’est plus une simple variable statistique mais déterminant central de la puissance d'un pays. Retraites, productivité, immobilier, croissance, travail, intelligence artificielle : autant de sujets abordés avec deux économistes aux approches parfois convergentes, parfois opposées.

    Nos invités

    🎤 Thibault Prébay, économiste, auteur de Démographie, la bombe tranquille (Éditions du Rocher)

    Ancien professionnel de la finance et analyste économique, Thibault Prébay défend l’idée que le choc démographique est sous-estimé car il agit lentement, presque silencieusement, avant de produire des effets brutaux. Son expression de « bombe tranquille » résume sa thèse : la crise démographique n’explose pas comme une crise financière, elle fragilise progressivement les sociétés jusqu’au moment où les systèmes sociaux, le marché du travail et les équilibres économiques commencent à se déchirer.

    💬 « Le plus gros impact a quelque chose de très sourd, très lent, dont on a tendance à ne se rendre compte que quand c’est trop tard. »

    Thibault Prébay interroge aussi la capacité réelle des gains de productivité et de l’intelligence artificielle à compenser durablement la raréfaction du travail humain.

    💬 « On passe d’un monde qui ne savait pas comment occuper ses enfants à un monde qui ne sait pas comment occuper les postes. »

    🎤 David Duhamel, professeur d'économie à Sciences Po, auteur du livre et du podcast Un monde sans enfants

    Son point de départ : la chute mondiale de la fécondité est un phénomène inédit dans l’histoire humaine.

    💬 « Le choc démographique est absolument inédit, global, universel et compliqué à comprendre. »

    Selon lui, l’événement majeur n’est pas seulement économique, il est civilisationnel. Il insiste notamment sur le rôle des transformations culturelles, du rapport à la parentalité et des rapports femmes-hommes.

    💬 « La maternité est devenue un choix pour les femmes. Cela change tout. »

    David Duhamel invite à repenser les catégories avec lesquelles on mesure le progrès, en remettant notamment en question l’idée selon laquelle la croissance démographique ou le PIB seraient les seuls horizons du bien-être collectif.

    Un débat central : l’exemple chinois

    La Chine occupe une place centrale dans cette émission comme illustration spectaculaire du basculement démographique mondial. Après des décennies marquées par la politique de l’enfant unique, le pays affronte aujourd’hui une chute des naissances, un vieillissement accéléré et des tensions croissantes sur son modèle économique. Les invités soulignent que cette transition fragilise plusieurs piliers du développement chinois : la main-d’œuvre abondante, la croissance tirée par l’investissement et la dynamique immobilière.

    Cléa Broadhurst, correspondante permanente de RFI en Chine insiste sur le fait que le recul de la natalité ne s’explique pas seulement par l’héritage des politiques publiques passées, mais aussi par des facteurs sociaux profonds : coût du logement, pression éducative, précarité de l’emploi des jeunes et transformation des aspirations familiales. Elle souligne que les politiques natalistes lancées par Pékin peinent à inverser la tendance, car le problème relève moins d’un déficit d’incitations que d’un changement structurel des comportements. Elle met aussi en avant les conséquences géopolitiques possibles de cette contraction démographique pour la puissance chinoise.

    L’Afrique, l’autre versant du basculement mondial

    L’Afrique apparaît dans l’émission comme le contrepoint démographique des sociétés vieillissantes. Alors que l’Europe et une partie de l’Asie connaissent le ralentissement ou le recul de leur population, le continent africain concentre une part croissante de la jeunesse mondiale et pourrait représenter un habitant sur quatre d’ici 2050. Les échanges soulignent que cette dynamique peut devenir un puissant levier économique — à travers le marché du travail, l’innovation, l’urbanisation et la consommation — mais seulement si elle s’accompagne d’investissements massifs dans l’éducation, l’emploi et les infrastructures. Les invités rappellent ainsi que la croissance démographique n’est pas automatiquement un dividende économique : sans politiques adaptées, elle peut aussi accentuer les déséquilibres. L’Afrique est donc présentée moins comme un simple réservoir démographique que comme l’un des lieux où se jouera une part du futur économique mondial.

    Réalisation : Lauren Némausat

    Choix musicaux :

    Na Lingi Yo - Sly Johnson

    Fais des bébés - Jean-Jacques Goldman.

  • À l'occasion du Gitex Africa Morocco 2026 à Marrakech, Eco d'ici Eco d'ailleurs dresse un état des lieux de la tech et du développement de l'IA sur le continent — souveraineté des données, financement, inclusion rurale, langues africaines et modèles propres à l'Afrique. Au micro de Bruno Faure (RFI), un florilège d'invités venus de différents horizons pour décrypter les enjeux de cette bataille stratégique.

    GITEX Africa, organisé par le Dubai World Trade Centre, est un événement annuel combinant exposition et conférences organisé à Marrakech (Maroc). L’événement réunit des leaders technologiques, des innovateurs, des start-up et des décideurs politiques pour faire progresser la transformation numérique à travers le continent africain.

    LES INVITÉS

    🎤 Amal El Fellah Seghrouchni — Ministre marocaine de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration

    "Les Africains vont créer leur modèle de langage. Il ne s'agit pas de copier, il s'agit de trouver la troisième voie africaine de l'intelligence artificielle."

    L'entretien est à découvrir en vidéo et en intégralité ici

    🎤 Yasmine Ndassa — PDG de Noor, consultante en stratégie data et IA (Atlanta / Maroc / Cameroun)

    💬 "L'IA est un catalyseur qui va faire la différence entre de petits sauts ou des Quantum Leap. L'Afrique aura beaucoup à montrer au reste du monde."

    🎤 Khalil Al Americani — Directeur général de Vodacom RDC

    💬 "L'intelligence artificielle est un outil d'accélération incroyable, mais c'est comme l'énergie nucléaire — on peut bien s'en servir ou mal s'en servir."

    🎤 Saad Jittou — Cofondateur de Weego, startup de mobilité intelligente (Maroc / Sénégal)

    💬 "En Afrique, on ne parle pas de licornes, on parle de gazelles ou de chameaux — un modèle qui pousse à la croissance, mais surtout à la rentabilité rapide pour résister aux obstacles du continent."

    🎤 Steven Bedi — Fondateur de Tylimmo, marketplace immobilière digitale (Côte d'Ivoire)

    💬 "L'Afrique n'a pas forcément besoin d'une transformation digitale. Elle a besoin d'une digitalisation. Quand les besoins de base sont résolus, on fait un bond qui dépasse les technologies qu'on voulait rattraper."

    L'émission est à découvrir en vidéo et en intégralité ici

    🎤 Yongkil Lee — Directeur de la Korea Africa Foundation, société spéciale relevant du ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud qui a été lancée en 2018.

    💬 "Si nous regardons le présent, l'Afrique n'est pas encore là où nous voyons l'avenir — dans dix ans, dans vingt ans. Nous n'avons pas besoin d'être les premiers, nous devons coopérer."

    LES POINTS-CLÉS

    👉 Souveraineté numérique et modèle africain de l'IA

    Le Maroc ambitionne de ne pas simplement reproduire les modèles américain, chinois ou européen. La ministre Amal El Fellah Seghrouchni plaide pour un hub arabo-africain du numérique — l'équivalent d'une Commission européenne à l'échelle du continent — et pour des modèles de langage travaillant sur des langues jusqu'ici ignorées comme le darija ou l'amazigh. La coopération avec Mistral AI porte ainsi sur des petits modèles de langage adaptés aux réalités locales.

    👉 Langues africaines et biais des données

    L'IA mondiale est bâtie sur les grandes langues dominantes. Les dialectes africains — bambara, duala, wolof, darija — y sont quasi absents, ce qui crée des biais profonds et exclut des communautés entières des bénéfices de la technologie. Des startups africaines commencent à entraîner des modèles sur ces langues, une responsabilité que les grandes plateformes étrangères n'assumeront pas d'elles-mêmes.

    👉 Inclusion rurale et besoins fondamentaux

    La RDC doit encore connecter 40 à 50 millions de personnes. Pour Steven Bedi, le vrai levier n'est pas la transformation digitale spectaculaire mais la digitalisation des besoins élémentaires : payer, se loger, se déplacer. L'exemple du mobile money — inventé en Afrique, aujourd'hui envié par l'Europe pour l'instantanéité de ses transferts — illustre ce que produit une innovation ancrée dans le quotidien. En RDC, 26 milliards de dollars circulent annuellement sur la plateforme M-Pesa.

    👉 Financement et écosystème startup

    Le financement reste le nerf de la guerre. Les banques africaines demeurent frileuses, et contrairement à la Silicon Valley, les startups du continent doivent souvent afficher clients et revenus avant même de lever des fonds. Vodacom joue un rôle de catalyseur en ouvrant ses API, en finançant des incubateurs et en accompagnant les jeunes entrepreneurs. Weego a quant à lui bouclé une levée de plus d'un million de dollars pour s'étendre au Maroc, au Sénégal et en Côte d'Ivoire.

    👉 Modèles à l'international : Corée du Sud, États-Unis, Europe

    La Corée du Sud est perçue comme un modèle inspirant pour la jeunesse africaine. La Korea Africa Foundation mise sur la climate tech et l'agritech, deux secteurs où la technologie coréenne est avancée et où la demande africaine est forte. Du côté américain, c'est la culture de collaboration d'écosystème — accepter l'échec, partager les connaissances — qui retient l'attention, plus que les licornes elles-mêmes.

    👉 Coopération continentale : promesse ou réalité ?

    Malgré les disparités réglementaires et d'infrastructures, des convergences profondes existent. Weego a transposé son modèle du Sénégal au Maroc avec peu d'adaptations. La ministre marocaine a incubé 350 femmes africaines issues de 28 pays sur des projets technologiques communs. Pour tous les intervenants, la clé tient en quatre impératifs : former, financer, réguler et, surtout, coopérer.

    🎵 Choix musicaux :

    Second Line - Lyre le temps (feat. Original Pinettes Brass Band)

    Djekafo -Mamani Keita, Nicolas Repac

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

  • Grand invité de l’économie RFI-Jeune Afrique, Moussa Batraki, secrétaire général de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), revient sur les grands défis économiques et géopolitiques qui redéfinissent les équilibres mondiaux. À la tête d’une organisation qui rassemble 79 pays, il évoque sa volonté de transformer l’ACP en une plateforme plus influente dans les négociations internationales, notamment sur les questions de financement, de climat et de commerce.

    Le sommet de Malabo (Guinée Équatoriale), organisé à l’occasion du 50è anniversaire de l’organisation, marque une étape-clé dans ce repositionnement stratégique. Face à la crise énergétique mondiale, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient, Moussa Batraki souligne la double réalité des pays africains : une forte dépendance aux importations, mais aussi un potentiel important en matière de production et de transformation locale. La transition énergétique, entre énergies renouvelables et nucléaire, pose la question centrale des financements et des partenariats internationaux.

    Au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique), il aborde également la vulnérabilité alimentaire du continent, confronté à une hausse des importations et à des chocs extérieurs répétés. Autant d’enjeux qui appellent, selon lui, à une réflexion de long terme pour permettre aux pays ACP de s’affirmer comme des acteurs à part entière dans la recomposition du système économique mondial.

    💻 Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.

    🎵 Choix musicaux :

    Naika - One Track Mind

    Jocelyn Balu - Borumba Song

  • Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient autour du détroit d’Ormuz et du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, les marchés financiers mondiaux sont sous pression. Hausse du pétrole, incertitudes économiques, volatilité accrue : dans ce contexte instable, une question s’impose à tous — investisseurs, États, entreprises : qui va gagner de l’argent, et qui va en perdre ? Pour y répondre, Eco d’ici Eco d’ailleurs réunit plusieurs spécialistes de la finance et des marchés afin d’analyser les risques… mais aussi les opportunités.

    Des marchés sous tension permanente

    L’émission met en lumière un changement profond : les marchés sont désormais influencés en temps réel par les déclarations politiques, les réseaux sociaux et les algorithmes de trading. Une simple déclaration peut provoquer des réactions instantanées sur les marchés mondiaux.

    Dans ce contexte, deux scénarios se dessinent :

    Les risques choc énergétique durable ralentissement économique, hausse de l'inflation et des taux d'intérêt instabilité financière accrue Les opportunités secteurs énergétiques et matières premières stratégies d’investissement opportunistes arbitrages rapides pour les investisseurs avertis NOS INVITÉS

    🎙️ Clémentine Gallès - cheffe économiste chez Société Générale Private Banking, accompagne des clients dans la gestion de leur patrimoine financier à l’échelle internationale.

    Elle souligne une évolution notable du comportement des investisseurs :

    une meilleure résistance au stress

    une habitude croissante de la volatilité

    une approche plus rationnelle face aux crises

    « Sur les marchés actions, le choc jusqu'à présent reste plutôt contenu quand on regarde l'indicateur de volatilité, l'indicateur de la peur. »

    🎙️ Omar Dibo - cofondateur de Finneko. Basé à Monaco, il développe une approche d’éducation financière visant à rendre les investisseurs autonomes.

    Sa méthode repose sur une analyse dite « top-down », inspirée des grands investisseurs internationaux :

    partir de la géopolitique et de la macroéconomie

    identifier les tendances globales

    en déduire les secteurs porteurs

    « Les taux augmentent parce qu'il y a une certaine spéculation, cela reflète une certaine prime de risque sur les dettes européennes et américaines. Mais si on a une accalmie du conflit dans les prochaines semaines, je ne serai pas étonné de voir les taux revenir sur un pricing normal. »

    🎙️ Alexandre Baradez - analyste marchés chez IG France, observe en temps réel les réactions des actifs aux événements mondiaux.

    Dans un environnement dominé par la géopolitique, il met en lumière les mécanismes en chaîne :

    tensions → hausse du pétrole

    hausse du pétrole → hausse des taux

    hausse des taux → pression sur les marchés

    Mais, son analyse se veut nuancée : la situation actuelle pourrait ressembler davantage à un choc économique qu’à une inflation durable.

    « Le risque aujourd’hui, c’est plutôt un scénario type 2008 : une flambée de l’énergie suivie d’un retournement brutal plutôt qu'une vraie vague inflationniste comme celle post-Covid. »

    🎙️ Laurent Fontaine, designer de profession, représente ces investisseurs individuels de plus en plus nombreux à intervenir sur les marchés.

    Son parcours illustre l’apprentissage progressif nécessaire :

    premières pertes dès ses débuts

    importance de la diversification

    nécessité de comprendre ses investissements

    « J’ai compris assez vite qu’il fallait diversifier ses investissements, conserver des poches de liquidité et profiter des creux de marché. »

    En fin d'émission, notre entretien avec Yassine El Yattioui

    Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sont multiples : énergétiques, commerciales, géopolitiques, y compris en Afrique. Nous avons reçu le chercheur Yassine El Yattioui, docteur en science politique et relations internationales à l'université de Salamanque (Espagne). Un entretien à découvrir en vidéo et en intégralité sur la chaîne Youtube de RFI.

    🖥️ Réalisation de l'émission : Guillaume Munier / Yann Bourdelas

    🎵 Choix musical : You know I'm down - Juls ft. Tyler Daley

  • De Sousse à Bizerte, de Sfax à Tunis, ce numéro d’« Éco d’ici, Éco d’ailleurs » vous emmène en Tunisie à la rencontre de celles et ceux qui transforment l’économie réelle : entrepreneures rurales, start-upers de la tech et de la « green tech », chercheurs et accompagnateurs de projets. Une immersion au plus près des initiatives qui misent sur l’agriculture durable, la transition écologique et l’innovation numérique pour créer des emplois et ouvrir de nouveaux marchés.

    👉 Son de Blé, la biscuiterie artisanale qui fait bouger la filière healthy

    À Sousse, la biscuiterie « Son de Blé » propose des biscuits 100% naturels, riches en fibres, sans additifs ni conservateurs, pensés pour la santé des consommateurs – sportifs, personnes diabétiques ou en recherche d’une alimentation plus équilibrée. Derrière cette petite usine à taille humaine, une fondatrice passée de l’informatique à la gastronomie, entourée d’une équipe majoritairement féminine.

    🎤 Wissal Fehmi, fondatrice de Son de Blé : « Je rêve d’un peu de stabilité pour que les petites entreprises puissent fixer des prix justes et se développer sans craindre chaque hausse brutale des matières premières. »

    👉 Femmes rurales, climat et autonomie économique

    À Bizerte, un consortium d’associations, de centres de recherche tunisiens et français travaille sur l’impact du changement climatique sur les femmes rurales, très exposées à la sécheresse, à la pénurie d’eau et à la précarité de l’emploi agricole. L’objectif : co-construire avec elles des solutions concrètes pour renforcer leurs droits, leur pouvoir de négociation et leur accès aux marchés.

    🎤 Najoua Bouraoui, présidente de l’Association pour la protection de l’environnement et le développement durable de Bizerte (APEDDUB) : « Ces femmes vivent dans des sociétés plutôt masculines. C’est l’homme qui commande, qui autorise, qui ordonne… Nous les aidons à surmonter cela, petit à petit, sans entrer en conflit avec leur contexte social. »

    🎤 Anissa Hanafi, enseignante-chercheure à l'INAT (Institut national agronomique de Tunisie) : « L'ouvrière agricole fait face à différents problèmes - mauvaises conditions de travail, de transport, faible rémunération, etc... »

    🎤 Mazhoud Houda, chercheure à l'INRAT (Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie) : « Les femmes représentent 70% de la main-d’œuvre agricole en Tunisie, mais leur statut d’ouvrière agricole n’est même pas reconnu officiellement. »

    🎤 Nicolas Faysse, socio-économiste au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) : « Notre travail avec les associations, c’est de produire des connaissances avec les femmes rurales elles‑mêmes, puis de transformer ces connaissances en propositions très concrètes de politiques publiques. »

    👉 Agro Sahteen, l’hydroponie au service de l’agriculture africaine

    La société Agro Sahteen, fondée par Mohamed Dahmani, développe des systèmes de culture hors-sol en hydroponie, dans des serres où l’environnement est entièrement contrôlé (eau, nutriments, lumière, hygrométrie). L’objectif : produire des cultures « intelligentes », résilientes à la sécheresse et exportables dans d’autres régions du monde confrontées à la rareté de l’eau.

    🎤 Mohamed Dahmani, fondateur d’Agro Sahteen : « L’hydroponie permet d’économiser jusqu’à 95% d’eau. Pour produire un kilo de quinoa, j’utiliserai 95% d’eau en moins que dans un champ classique. »

    Pour soutenir l’export de cette technologie, Agro Sahteen a été accompagnée par le cabinet Stecia International dans le cadre du programme Qawafel, financé par l’AFD et mis en œuvre par Expertise France. Une mission de prospection au Sénégal a permis de confronter les solutions tunisiennes aux besoins d’agriculteurs sénégalais et d’institutions publiques.

    🎤 Walid Gaddas, directeur général de Stecia International (sélection de start-up tunisiennes, étude de marché, mise en relation avec des partenaires, institutions et bailleurs de fonds) : « Contrairement à ce que beaucoup pensent, il y a énormément de points communs entre la Tunisie et le Sénégal : manque d’eau, petits agriculteurs, difficultés d’accès à la technologie… Avec quelques ajustements, les mêmes solutions peuvent fonctionner. »

    👉 Sfax : un écosystème entrepreneurial en mouvement

    Le Centre d’affaires de Sfax accompagne depuis 2005 les TPE, PME et start-up de la région, dans un contexte de transition de l’entrepreneuriat « classique » vers l’entrepreneuriat innovant et l’économie verte. Malgré les crises politiques et la pandémie de Covid-19, la ville conserve un fort esprit entrepreneurial, notamment chez les jeunes.

    🎤 Abir Hosni, directrice du Centre d’affaires de Sfax : « À Sfax, l’esprit entrepreneurial est très élevé chez les jeunes. Nous avons créé le premier réseau de business angels de la région, Syphax Angels, pour les aider à lever des fonds. »

    Artiste multidisciplinaire, Yassine Sellami a créé avec ses associés une entreprise de création de vidéos, bandes dessinées et figurines, accompagnée par le Centre d’affaires de Sfax. Formations à la gestion, à la propriété intellectuelle et aux études de financement lui ont permis de structurer son projet et de clarifier ses objectifs :

    🎤 « Créer une start-up en Tunisie, c’est possible, mais ce n’est pas facile. Nous visons d’abord la reconnaissance à l’international, puis nous reviendrons ici pour donner la même chance à d’autres talents. »

    👉 ProVerdy, l’IA au service du climat

    À Tunis, la start-up ProVerdy utilise l’intelligence artificielle pour aider les entreprises à calculer, réduire et reporter leurs émissions de gaz à effet de serre. Elle s’adresse en priorité aux entreprises d’Afrique et du Moyen-Orient, souvent sous-représentées dans les outils de reporting internationaux.

    🎤 Souha Bejaoui, fondatrice et CEO de ProVerdy : « Avec ProVerdy, nous voulons démocratiser le bilan carbone en Afrique : une plateforme simple, accessible, qui transforme les données en actions concrètes pour le climat. »

    👉 PigmentOCO, teindre sans eau et sans rejets chimiques

    La start-up PigmentOCO développe un procédé de teinture « sèche » pour l’industrie textile, sans utilisation d’eau et sans rejets chimiques dans l’environnement. L’ambition : réduire fortement les ressources utilisées dans la teinture des fibres naturelles, tout en coupant les coûts opérationnels pour les industriels.

    🎤 Amal Chebbi, cofondatrice de PigmentOCO : « Nous offrons un procédé de teinture qui n’utilise pas d’eau, sans rejets chimiques, et qui réduit les coûts opérationnels de 50%. »

    👉 Savoirs éco, Qawafel, Greenov'i, des programmes pour changer d’échelle

    ➡️ Savoirs Éco, financé par l’UE (4,5 M€ sur 3 ans) et mis en œuvre par Expertise France, renforce les structures productrices de savoirs économiques tunisiennes (think tanks, universités) via formations, mentorat et production de policy briefs sur développement durable et économie verte.

    ➡️ Qawafel, soutenu par l’AFD via Expertise France, cible l’internationalisation des startups/PME tunisiennes (agritech, healthtech, climatetech) avec subventions jusqu’à 120 000 € pour conquérir l’Afrique (Sénégal, RDC, Kenya…) – comme Agro Sahteen au Sénégal.

    ➡️ Greenov’i (12 M€, 2023-2028), également UE/Expertise France avec CITET, débloque subventions et vouchers verts pour éco-entreprises et clusters artisanaux, avec 1,3 M€ déjà accordés à 4 projets phares (Lead4Green).

    💻 Réalisation : Guillaume Munier.

    🎵 Choix musicaux :

    Ghali - Bayna

    Sabry Mosbah - Mansit

  • Intelligence artificielle, cybersécurité, données : les technologies sont désormais au cœur des conflits contemporains. De l’Ukraine au Moyen-Orient en passant par Pékin et la Silicon Valley, une nouvelle guerre se joue, invisible mais stratégique. La tech devient à la fois un outil militaire, un levier économique et un enjeu de souveraineté. Décryptage avec nos invités réunis au Printemps de l’économie à Paris.

    Retrouvez ici toutes les conférences du 14ème Printemps de l'économie.

    NOS INVITÉS

    🎤 Damien Douani, responsable de l'innovation à l'école Narratiiv, fondateur de Topos, cocréateur du podcast "Les Éclaireurs du Numérique"

    🎤 Julien Pillot, économiste, enseignant à Inseec grande école (groupe OMNES Education)

    🎤 Yrieix Denis, consultant en cybersécurité & business intelligence au sein du cabinet Alyghieri

    🎤 Nicolas Arpagian, directeur de la stratégie de Jizô AI.

    Une guerre technologique déjà bien réelle

    Pour Damien Douani, expert du numérique, la transformation est déjà visible sur le terrain. Mais au-delà du matériel, la guerre se déplace vers des dimensions immatérielles :

    « Il y a des guerres qu’on pourrait qualifier de cognitives, de vol de données ».

    Cette mutation marque une rupture : l’information, l’opinion et les systèmes numériques deviennent des cibles stratégiques.

    Des marchés colossaux et une économie de la guerre

    L’essor de ces conflits technologiques génère une économie massive. L’économiste Julien Pillot explique que « les montants sont tellement colossaux qu’ils sont impossibles à mesurer ».

    La cybersécurité et la cyberdéfense sont devenues des secteurs-clé, allant de la protection des entreprises jusqu’aux opérations de renseignement et de déstabilisation.

    Cybersécurité : un pilier stratégique

    Pour Yrieix Denis, spécialiste en cyberdéfense, les enjeux sont aussi organisationnels que technologiques. Il rappelle que la cybersécurité repose sur trois piliers : gouvernance, outils, usages.

    Et les investissements peuvent être massifs, notamment dans les secteurs sensibles : « il y a une domination énorme du secteur par les États-Unis et Israël ».

    Silicon Valley et armée : une alliance assumée

    Jusque-là parfois réticentes, les entreprises technologiques américaines collaborent désormais ouvertement avec le secteur militaire. Damien Douani résume ce basculement : « il y avait des réflexions éthiques […], le fait que Donald Trump dynamite les lignes a décomplexé certains acteurs ». Les logiques économiques et géopolitiques prennent souvent le dessus sur les considérations morales.

    Une guerre globale entre puissances

    La rivalité entre les États-Unis et la Chine structure largement cette nouvelle guerre technologique. Yrieix Denis rappelle l’ampleur du rattrapage chinois : « Pékin a réussi le plus grand transfert technologique de l’histoire […] grâce à l’espionnage informatique ».

    La cyberguerre, arme totale

    Pour Nicolas Arpagian, la cyberguerre est devenue incontournable : « toutes les dimensions sont activées dans le cadre de la cyberguerre ». Elle permet de cibler les infrastructures critiques, paralyser des économies, influencer les opinions publiques. Il insiste sur un point-clé : « les équipements numériques sont des cibles à part entière ».

    Une vulnérabilité humaine persistante

    Malgré les technologies avancées, le facteur humain reste le maillon faible. Julien Pillot le résume ainsi : « Beaucoup de cybermenaces passent par la capacité à se faire remettre les clés ». Damien Douani ajoute : « On dit souvent entre geeks que le chaînon manquant en informatique, il est entre le fauteuil et le clavier ».

    🎼 Choix musical : Moonchild - Fear (Hey Friend) ft. PJ Morton.

    🖥️ Réalisation : Guillaume Munier.

  • La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël provoque un effet fulgurant sur les marchés énergétiques mondiaux. Blocage du détroit d’Ormuz, envolée des prix du pétrole, conséquences pour les pays producteurs et importateurs, repositionnement des grandes puissances : Éco d’ici Éco d’ailleurs analyse les effets économiques d’une crise qui pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier mondial, y compris sur le continent africain.

    Les impacts pétroliers et géoéconomiques

    Notre invité : Homayoun Falakshahi, analyste des marchés pétroliers chez Kpler, société spécialisée dans l’analyse des flux maritimes de matières premières. Son travail consiste à suivre les déplacements des navires transportant du pétrole afin de comprendre les dynamiques du commerce mondial.

    « On sait quasiment exactement ce qui est transporté, d’où les navires partent et où ils arrivent. »

    👉 Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise

    Depuis le début du conflit, la navigation dans le détroit d’Ormuz est fortement perturbée. Cette voie maritime stratégique, située entre l’Iran et Oman, constitue l’un des principaux passages du commerce pétrolier mondial.

    En temps normal, près d’une centaine de navires y transitent chaque jour. Mais depuis les menaces iraniennes visant les navires occidentaux et les risques militaires dans la zone, seuls quelques pétroliers continuent d’emprunter ce passage.

    Résultat : une partie considérable du pétrole produit dans le Golfe ne peut plus être acheminée vers les marchés internationaux. Les estimations évoquées dans l’émission indiquent qu’environ 12,5 millions de barils par jour sont aujourd’hui bloqués, soit près de 12,5% de la demande mondiale.

    Conséquence immédiate : la tension sur les prix du pétrole. Ce niveau rappelle les épisodes de forte tension énergétique observés ces dernières années.

    « Si on a davantage de signaux montrant que la guerre pourrait durer plus longtemps, rien n’est impossible et on pourrait voir les prix vraiment exploser. »

    👉 Du pétrole immobilisé

    Selon Homayoun Falakshahi, environ 100 pétroliers chargés de brut seraient immobilisés dans la zone du détroit d’Ormuz. À cela, s’ajoutent 150 autres navires qui attendent dans le golfe d’Oman avant de pouvoir franchir le passage.

    Pour les pays producteurs, cette situation devient critique : certains États du Golfe disposent de capacités de stockage limitées et pourraient être contraints de réduire leur production si la situation se prolonge.

    👉 Des routes alternatives ?

    Face aux tensions dans le détroit d’Ormuz, certains pays du Golfe ont développé des oléoducs permettant de contourner partiellement ce passage stratégique. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent ainsi d’infrastructures reliant leurs champs pétroliers directement à des ports situés hors du Golfe persique.

    « Les pays de la région ont construit des oléoducs pour contourner le détroit, mais ces deux oléoducs ne permettent pas de contourner à 100 %. »

    👉 Le pétrole iranien continue de circuler vers la Chine

    Paradoxalement, malgré les tensions militaires et les sanctions occidentales, l’Iran continue d’exporter du pétrole.

    Les cargaisons partent principalement de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien dans le Golfe persique. Les pétroliers quittent le port, parfois en désactivant temporairement leurs systèmes de localisation, puis reprennent leur route.

    « Les systèmes d’exportation restent très opaques : les bateaux arrivent près de l’île de Kharg, éteignent leur signal, chargent le pétrole et traversent ensuite le détroit comme des navires normaux. »

    Aujourd’hui, la Chine est devenue l’unique acheteur du pétrole iranien. Cette situation illustre la transformation des relations énergétiques internationales et la montée en puissance de Pékin dans le commerce pétrolier mondial.

    👉 La Chine teste sa stratégie énergétique

    De Pékin, la correspondante de RFI Cléa Broadhurst explique que cette crise constitue un véritable test pour la stratégie énergétique chinoise. La Chine a constitué d’importantes réserves stratégiques de pétrole, estimées à plus d’un milliard de barils. Ces stocks permettent au pays d’amortir temporairement les chocs d’approvisionnement. Par ailleurs, Pékin a progressivement diversifié ses sources d’importation en se tournant davantage vers la Russie. Cette stratégie s’inscrit dans une politique plus large visant à réduire la dépendance au pétrole grâce au développement des véhicules électriques et des énergies alternatives.

    👉 La Russie, gagnante indirecte de la crise ?

    La crise actuelle pourrait aussi profiter à la Russie. Les perturbations dans le Golfe pourraient pousser certains pays asiatiques à augmenter leurs achats de pétrole russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou vend son pétrole à prix réduit pour contourner les sanctions occidentales.

    « Le régime de Vladimir Poutine est un des grands gagnants de ce qui se passe actuellement. »

    Dans le même temps, les États-Unis ont temporairement assoupli certaines sanctions afin de faciliter l’écoulement de certains stocks et limiter la flambée des prix.

    👉 Les réserves stratégiques pour éviter un choc énergétique

    Face aux tensions sur le marché, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé une mobilisation exceptionnelle des réserves stratégiques des pays membres. Au total, 400 millions de barils de pétrole pourraient être injectés sur le marché afin de compenser les perturbations d’approvisionnement. Cependant, selon les analystes, cette quantité ne couvrirait qu’un mois à un mois et demi de déficit si le blocage du détroit d’Ormuz devait se prolonger.

    « 400 millions de barils, ça représente à peu près entre un mois et un mois et demi d’approvisionnement si on perd 9 millions de barils par jour. »

    👉 Une crise révélatrice des dépendances énergétiques mondiales

    Cette situation pourrait accélérer certaines transformations déjà engagées : diversification des sources d’énergie, développement des véhicules électriques ou renforcement des réserves stratégiques.

    « Cette crise va aussi inciter les économies mondiales, notamment en Europe, à aller vers les voitures électriques. Mais d'abord, la priorité sera de constituer davantage de réserves stratégiques en prévision de futurs chocs. »

    L’Afrique face à la hausse du prix de l’énergie

    La seconde partie de l’émission s’intéresse aux conséquences de cette crise pour deux économies africaines.

    🇨🇮 Côte d’Ivoire : la question de la souveraineté énergétique

    Basé à Abidjan, Kamel Koné, directeur général de la société Hydrodrill SA et président du groupement des entreprises pétrolières et gazières ivoiriennes, souligne les fragilités énergétiques du continent. De nombreux pays africains exportent du pétrole brut mais doivent importer des carburants raffinés.

    « L’Afrique dispose de ressources importantes mais dépend encore largement de l’extérieur pour les transformer et les consommer. »

    La hausse du prix du pétrole risque donc d’alourdir les factures énergétiques et d’alimenter l’inflation.

    Kamel Koné souligne également la nécessité de renforcer les financements pour les entreprises énergétiques locales et d’encourager les banques africaines à mieux accompagner ce secteur stratégique. Enfin, il plaide pour une coopération régionale accrue, avec la constitution de stocks stratégiques communs et l’interconnexion des infrastructures énergétiques, comme les pipelines et les réseaux logistiques, afin de mieux résister aux chocs internationaux.

    🇹🇳 Tunisie : une économie particulièrement vulnérable

    L’économiste Ridha Chkoundali, professeur à l’Université de Carthage, explique que l’impact sur la Tunisie dépendra largement de l’évolution des prix du pétrole.

    Plusieurs scénarios sont envisagés :

    un baril à 85 dollars avec un impact modéré

    un baril à 100 dollars entraînant un coût budgétaire de plusieurs milliards de dinars

    un baril à 120 dollars provoquant une forte inflation

    un baril à 150 dollars avec des conséquences très graves pour l’économie tunisienne

    La dépendance énergétique du pays reste importante : la balance énergétique représente environ la moitié de la balance commerciale tunisienne. Dans ces conditions, toute hausse du prix du pétrole se répercute directement sur l’économie nationale, en aggravant le déficit commercial et en pesant sur les finances publiques. Cette dépendance limite également la marge de manœuvre du gouvernement. Les importations énergétiques, comme celles d’équipements ou de matières premières, sont difficiles à réduire sans affecter la production nationale et la croissance économique.

    L’économiste Rim Tekaya, enseignante universitaire, insiste elle aussi sur la vulnérabilité énergétique de la Tunisie dans le contexte actuel. Pour réduire cette dépendance, elle souligne l’importance de développer les énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’éolien, dont le potentiel reste encore largement sous-exploité en Tunisie malgré un ensoleillement exceptionnel.

    👉 GI4T (Global Institute For Transitions) : réfléchir aux transitions économiques en Tunisie

    Pour Khalil Ben Cherif, directeur exécutif du Global Institute for Transitions, think tank indépendant issu du projet Savoirs éco financé par l'Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, l’un des enjeux majeurs consiste à nourrir le débat public sur les questions économiques en Tunisie. Rassemblant économistes et experts, il produit des analyses et des propositions concrètes destinées aux décideurs politiques. À travers ses publications et ses conférences, l’institut cherche à éclairer les politiques publiques et à diffuser la réflexion économique auprès d’un public plus large. Dans ce travail collectif, les contributions portent à la fois sur la conjoncture économique et sur les transformations.

    📖 À lire : L'économie tunisienne 2025 (éditions Nirvana)

    📻 Éco d’ici Éco d’ailleurs est à retrouver sur le site de RFI et sur toutes les plateformes de podcast.

  • Ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation du Gabon, Marc-Alexandre Doumba fait partie de la nouvelle génération de responsables africains qui misent sur la technologie pour accélérer le développement économique. Grand invité de l'économie RFI / Jeune Afrique, il revient au micro de Bruno Faure et Quentin Velluet sur sa vision du numérique comme levier stratégique de croissance pour l’Afrique, les enjeux de régulation des plateformes et le potentiel de l’intelligence artificielle dans les économies émergentes.

    Les principales thématiques de l’entretien Les conséquences de la guerre au Moyen-Orient

    💬 « Le commerce qui passe par le détroit d’Ormuz va être perturbé : cela peut créer un choc énergétique, avec une hausse du prix du pétrole. Pour un pays exportateur comme le Gabon, cela peut être positif, mais pour les pays importateurs, ce sera un renchérissement du coût de l’énergie. »

    Le style de gouvernance de Brice Oligui Nguema

    💬 « Le président a une vision souverainiste, progressive et d’ouverture du Gabon vers le monde, avec une forte préoccupation pour les enjeux sociaux, le développement et un attachement à la démocratie. »

    La transformation numérique du Gabon

    💬 « Le numérique fait partie des enjeux majeurs aujourd’hui, liés à la donnée, aux minerais critiques et à la gouvernance numérique de demain. »

    💬 « Nous devons comprendre les tendances du monde pour les insérer dans nos politiques publiques et attirer des investissements dans le numérique. »

    Numérique et diversification économique

    💬 « Il y a une volonté d’accélérer la croissance et de rattraper les retards accumulés sur les sujets qui préoccupent les populations gabonaises. »

    La régulation des réseaux sociaux

    Sujet sensible au Gabon : la suspension temporaire de certaines plateformes. Marc-Alexandre Doumba défend la responsabilité de l’État face aux risques de désinformation.

    💬 « La responsabilité première de l’État est d’assurer la sécurité de ses populations et de ses institutions. »

    Il souligne aussi le manque d’éducation aux médias chez les jeunes utilisateurs.

    💬 « Quand vous consommez une information sur les réseaux sociaux, il est très probable qu’elle ne soit pas vraie. »

    Les relations avec les géants du numérique

    L’entretien aborde également la relation entre États africains et grandes plateformes technologiques mondiales, ainsi que les questions de cybersécurité et de souveraineté numérique.

    💬 « Le Gabon seul n’arrivera pas à infléchir une dynamique mondiale. Il faut que les pays africains se mettent d’accord sur des référentiels juridiques communs pour dialoguer avec les GAFAM et protéger nos populations. »

    Le passage du privé au public

    Ancien entrepreneur, le ministre estime que les profils issus de l’entreprise seront de plus en plus nombreux à rejoindre la Fonction publique.

    💬 « De plus en plus d’Africains du secteur privé veulent participer à l’effort collectif et apporter leur expertise au service public. »

    📻 Réalisation : Steven Helsly / Guillaume Munier

    🎶 Choix musical : Ayayé / Créol - L'oiseau rare.