Afleveringen
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Début octobre, la Commission européenne a dévoilé une liste de quatre secteurs stratégiques qui devront être mieux défendus face à des puissances rivales. C'est le cas des semi-conducteurs. Les Pays-Bas sont aujourd'hui le seul pays européen à produire ces puces électroniques. Mais une nouvelle usine sera construite à Dresde, en Allemagne, et l’université de la ville formera ses futurs cadres en partenariat avec le géant taïwanais TSMC.
L’image est restée dans les mémoires : des chaînes de production à l’arrêt dans l’industrie automobile lors de la pandémie de la Covid. La cause : la rupture des stocks de semi-conducteurs venant de Taïwan via la Chine. Pour l’Union européenne, ce fut un électrochoc, mais un choc salvateur, si l’on en croit Angela Stanzel de la Fondation allemande pour la science et la politique. « Ça a commencé avec la pandémie, et la guerre en Ukraine a enfoncé le clou. À Bruxelles et dans les capitales européennes, on s’est rendu compte qu’il fallait agir de façon plus géostratégique, diversifier nos relations économiques avec la Chine et ainsi réduire nos risques », explique-t-elle.
La construction d’une usine de semi-conducteurs au cœur de l’Europe vient donc à point nommé. Le géant taïwanais des puces électroniques TSMC, qui contrôle plus de la moitié de la production mondiale, investira près de 4 milliards d’euros dans l’État fédéral allemand de la Saxe, avec à la clé la création de 2000 emplois.
Problème : il manque du personnel qualifié. « Ce manque de personnel qualifié dans l’industrie des semi-conducteurs se fait sentir partout dans le monde, et même à Taïwan. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle TSMC s’installe à Dresde, son expansion à Taïwan est aujourd’hui compromise. À Dresde, nous formons déjà des étudiants, mais ils ne sont pas assez nombreux pour répondre aux besoins de l’industrie à l’avenir », précise Josef Goldberger, coordinateur d’un tout nouveau programme d’échange entre l’université technique de Dresde et Taïwan.
L'Allemagne, précurseur mondial du marché des semi-conducteursD’où l’idée du projet de l’université technique de Dresde et de l’entreprise TSMC. À moyen terme, une centaine d’étudiants allemands y participeront chaque année. Sur le bureau de Josef Goldberger à Taipei, les candidatures s’accumulent déjà. « Les proportions de cette coopération avec TSMC feront de l’Allemagne le précurseur mondial. Les étudiants viendront à Taïwan à partir de février 2024. Ils seront formés en deux phases : d’abord, ils passeront quatre mois à l’université, ensuite, ils iront pendant deux mois dans le centre de formation de TSMC et puis dans leur usine de Taichung, semblable à celle qui sera construite à Dresde », énonce-t-il.
De tels partenariats internationaux font d’ailleurs partie de la boîte à outil proposée par l’Union européenne. L’idée étant de mieux armer le continent pour défendre ses intérêts face à la Chine. « Cela veut dire que nous ne miserons plus exclusivement sur la Chine. Taïwan produit les semi-conducteurs, mais pour l’acheminement de ces puces vers l’Europe, nous dépendons des routes et des ports chinois. Par ailleurs, Taïwan est menacé par la Chine et nous envisageons l’éventualité d’une guerre. Dans ce cas, le commerce maritime s’écroulerait. Nous devons donc devenir plus indépendants. Cela passe par une relation directe et plus étroite avec Taïwan, mais aussi par notre volonté de prendre pied dans cette technologie d’avenir », assure Angela Stanzel.
Comme l’a expliqué le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, il s’agit de « mettre fin à l’ère de la naïveté et d’agir comme une véritable puissance géopolitique ». Les étudiants de Dresde doivent devenir les nouvelles têtes de pont de cette stratégie.
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La guerre entre Israël et le Hamas et ses résonances en Asie du sud-est… L'Indonésie, le plus grand pays musulman de l'Asie du Sud-Est, n'a jamais établi de relations formelles avec l'État hébreu et s'est toujours montrée solidaire de la cause palestinienne. Quelques mois avant l'élection présidentielle prévue en février 2024, les autorités indonésiennes sont de nouveau confrontées à cette question brûlante : faut-il, comme certaines voix le réclamaient encore, il y a quelques mois, engager un rapprochement Israël ?
Entretien avec Delphine Allès, vice-présidente de l'Inalco et spécialiste de l'Indonésie.
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Zijn er afleveringen die ontbreken?
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Les Aborigènes australiens seront-ils enfin reconnus dans la Constitution ? Auront-ils « une voix » au Parlement ? Verdict le 14 octobre prochain à l’issue d’un vote historique. Mais l’amendement à la Constitution, qui devrait réparer en partie des siècles d’injustice, fait l’objet d’un vif débat. Retour sur le long processus de reconnaissance des populations autochtones sur l’île-continent avec l’anthropologue Martin Préaud.
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Le Kazakhstan viole-t-il les sanctions occidentales imposées à la Russie depuis la guerre en Ukraine ? Le gouvernement, officiellement neutre dans ce conflit, le dément. Mais comment expliquer que le commerce entre la plus grande économie d’Asie centrale et son alliée historique russe est en plein essor ? Que des lave-linges, des imprimantes ou des drones continuent de passer par la frontière longue de plus de 7 000 kilomètres ? À Almaty, la capitale économique du Kazakhstan, des entrepreneurs en témoignent.
De notre envoyée spéciale à Almaty,
Assis dans le jardin d’un hôtel international, Askar tripote un mouchoir dans sa main. Il est nerveux. Trentenaire en t-shirt et baskets, ce patron d’un fonds d’investissement ne s’appelle pas vraiment Askar. Mais ce n’est qu’à condition de rester anonyme que ce jeune entrepreneur est prêt à se confier à RFI :« Le gouvernement essaie de respecter les sanctions, mais pour nous, entrepreneurs, les affaires sont les affaires. Bien sûr qu’il existe des importations parallèles. Il y a notamment une grande demande de nos voisins russes pour des marchandises à double utilisation. On retire certaines pièces pour les réutiliser ensuite dans le secteur militaire. »
Un exemple : depuis la guerre en Ukraine, le Kazakhstan a multiplié par quatre ses importations de lave-linges depuis l’Union européenne. Bruxelles soupçonne la Russie d’en extraire les précieux semi-conducteurs, sous embargo, pour réparer par exemple ses chars.
Des lave-linges pour la guerre de Poutine ?Des lave-linges pour la guerre de Poutine ? « Personnellement, je n’ai jamais entendu parler de lave-linges, mais c’est vrai, le transport de produits pouvant servir pour la guerre a nettement augmenté », nous explique la responsable d’une entreprise de transport international d’Almaty, qui préfère, elle aussi, rester anonyme. « Des sacs de couchage, des vêtements militaires, tout cela vient directement de Chine. Je le reconnais : trop de nos concurrents ferment les yeux et transportent des produits interdits. Mais nous, non, on préfère rester honnêtes. »
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) parle d’un véritable « carrousel eurasiatique » : en 2022, les exportations vers le Kazakhstan depuis l’Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni ont augmenté de 80%. Pendant cette même période, celles du Kazakhstan vers la Russie ont augmenté de 22%.
Récemment encore, les douanes ont intercepté des drones destinés à la Russie, affirme le politologue Dosym Satpayev : « Il n’y a pas de doute : la Russie utilise le Kazakhstan comme pays de transit pour ses importations grises. L’an dernier, au 1ᵉʳ septembre, 15 000 nouvelles sociétés russes s’étaient déjà implantées chez nous. Quand on l’a découvert, le gouvernement a rétorqué qu’il respectait les sanctions. Mais comment contrôler 7 000 km de frontière commune ? Il n’y a pas que les Russes qui en profitent, des Kazakhstanais aussi ! C’est lorsque les Américains et les Ukrainiens ont évoqué des sanctions secondaires que le Kazakhstan a enfin commencé à renforcer ses contrôles. »
« Nous sommes devenus un pont entre la Russie et le monde occidental »Depuis, un système de traçage a été établi, mais il reste des trous dans la raquette. D’autant que l’élite au pouvoir est connue pour être notoirement corrompue. Comme beaucoup d’autres, le jeune entrepreneur Askar sait en tirer bénéfice : « Je ne vous cache pas que notre fonds d’investissement a gagné beaucoup d’argent. De nombreux Russes qui se trouvent sur la liste des personnes sanctionnées et qui veulent acheter des actions d’entreprises cotées en Bourse passent par nous. Comme nous ne figurons pas sur la liste, nous achetons les titres pour eux. Nous sommes devenus un véritable pont entre la Russie et le monde occidental. »
Des hommes d’affaires kazakhstanais aident leurs ex-frères russes à contourner les sanctions, sous les yeux de Bruxelles et de Washington qui n’osent pas sanctionner durement les pays d’Asie centrale, par crainte de les pousser encore plus dans les bras de Moscou.
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À la tête du Move Forward, son parti progressiste, Pita Limjaroenrat a raflé le vote populaire aux dernières législatives thaïlandaises et a failli renverser la table en devenant Premier ministre. Il a raté la nomination d'un cheveu face au poids des élites conservatrices. Cependant, son programme infuse déjà la société et pourrait déboucher sur une mini révolution politique d'ici à quelques années.
Démilitariser, démonopoliser, décentraliser. En trois mots, il a décapé la campagne des législatives. La jeunesse thaïlandaise a bien sûr voté pour lui. Tous les étudiants qui ont grandi avec la junte militaire et qui n'en peuvent plus d'un système corseté par les généraux ont cru jusqu'au bout en ce député de 42 ans, formé dans les meilleures universités thaïlandaises, intello diplômé d'Harvard et du MIT. Mais Pita a séduit au-delà de son électorat naturel. Son parti, le Move Forward, est allé gratter des voix à Bangkok et dans le nord du pays. Avec 151 sièges sur 500, une coalition progressiste semblait possible et l'ancien monde tout près de disparaître, jusqu'à ce qu'il se réveille.
« La Constitution telle qu'elle est actuellement a justement été faite pour pouvoir bloquer les propositions jugées inacceptables et il n'a pas eu suffisamment de soutien au Sénat pour passer », affirme Marie-Sybille de Vienne, professeure émérite à l'Inalco et spécialiste de la Thaïlande. « Lorsque le Move Forward, un parti d'une réforme constitutionnelle, a voulu toucher à ce qui tournait autour de la monarchie, d'abord abolir l'article 112 sur le lèse-majesté, a été une ligne rouge. C'était radical, alors que ce qu'il fallait, c'était en modifier l'application, en la restreignant de manière considérable, sans la supprimer », ajoute-t-elle.
Par deux fois, Pita se heurte au mur du réel. Il a besoin des sénateurs pour devenir Premier ministre, mais ces derniers, aux ordres de l'armée, ne le laisseront jamais passer. Deux votes, deux échecs, et pas le temps de respirer. La Cour constitutionnelle thaïlandaise l'accuse très opportunément d'avoir violé la loi électorale et ordonne la suspension de son mandat de député. Il ne sera pas chef du gouvernement. En tout cas, pas cette fois-ci.
Pita l'étoile filante a-t-il fait tout cela pour rien ?« Quand vous lisez le programme déposé et lu par l'actuel Premier ministre devant l'Assemblée, il a bien annoncé une réforme constitutionnelle et il a annoncé une réforme majeure de l'armée en reprenant une des grandes revendications du mouvement roi qui était la suppression du service militaire, qui est par conscription et par tirage au sort et qui dure deux ans. Donc, on ne peut pas dire que le Move Forward ait perdu son audience, tant s'en faut. Et la réforme constitutionnelle avec un comité d'experts juridiques qui va travailler dessus, il est évident qu'elle va supprimer la désignation du Premier ministre par les deux chambres réunies. À la limite, je dirais que la composition de Sénat est secondaire. Ce qui est essentiel, c'est qu'il soit dégagé du choix d'un Premier ministre que le choix du Premier ministre repose exclusivement sur une Chambre des députés élus. Et c'est bien ça qui est sous le coude dans la réforme constitutionnelle », explique Marie-Sybille de Vienne.
On verra d'ici à la fin de la mandature si le progressisme à la Pita a de l'avenir, lui n'a que 42 ans et reste très populaire. Il n'a pas dit son dernier mot.
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Direction Okinawa, réputée pour sa gastronomie, ses centenaires et ses plages de sable blanc. Située entre l’océan Pacifique et la mer de Chine, l'île la plus méridionale du Japon abrite encore 32 bases militaires américaines plus de 50 ans après la rétrocession au Japon. Pour comprendre la colère des Okinawais et le rôle géostratégique de l’archipel, Emilie Guyonnet, autrice de Okinawa, une île au cœur de la géopolitique asiatique (Éditions Géorama), répond aux questions de RFI.
RFI : Votre livre est une mine d’informations, en particulier sur l’histoire récente et tourmentée de l’île. Le destin d’Okinawa, ancien royaume Ryukyu, bascule de manière irrévocable en 1945. Que s’est-il passé ?
Emilie Guyonnet : En 1945, Okinawa est le site d’une terrible bataille entre les Américains et les Japonais. C'est la bataille d’Okinawa. Les combats durent trois mois d’avril à juin 1945. Les soldats japonais se battent avec beaucoup d’acharnement, plus que d’habitude, parce que c’est la première bataille sur le sol japonais. Les Japonais finissent par perdre.
La bataille fait 240 000 morts, parmi lesquels 123 000 civils, et elle marque le début de la construction des bases américaines à Okinawa. En effet, les Américains avaient prévu un débarquement sur les îles principales du Japon pour novembre 1945 et Okinawa devait servir de tête de pont à ce débarquement. Finalement, au vu de la résistance acharnée des Japonais, les Américains choisissent d’utiliser la bombe atomique et les civils de l’île, qui n’avaient pas pu être évacués à temps, se sont retrouvés pris sous les bombes et c’est ce qui explique le nombre très élevé de victimes civiles.
Autre date clé, 1972, lorsque Okinawa retrouve enfin son indépendance de l’occupant américain, et ce, deux décennies après le reste du Japon. Un événement qui n’aura pourtant que peu d’incidence sur la présence des bases américaines. Pourquoi ?
Les habitants de l’île ont l’habitude de dire qu’elle a été sacrifiée trois fois. Une première fois en 1945 avec la bataille d’Okinawa, une deuxième fois en 1951 lors de la signature du traité de San Francisco qui met fin à l’occupation américaine du Japon, mais qui prolonge celle d’Okinawa sans limite dans le temps, et une troisième fois en 1972. En effet, en 1972, les locaux tiennent la rétrocession de l’île au Japon et ils s’attendent au minimum à une réduction des bases américaines, mais en fait, il n’en est rien. La rétrocession a pour conséquence la fermeture de nombreuses bases américaines sur les îles principales du Japon qui sont redéployées partiellement à Okinawa. Donc la présence américaine à Okinawa augmente après 1972.
Du fait de cette volonté de concentrer les bases à Okinawa, les locaux se sentent discriminés par rapport au reste du territoire japonais. C’est difficile de savoir s’ils ont raison parce que les dirigeants japonais ne diront bien sûr jamais la vérité sur cette question. Il semble toutefois que ces bases soient surtout concentrées à Okinawa pour des raisons stratégiques. D’après les experts, Okinawa est mieux placée, parce qu’elle est plus centrale par rapport aux pays asiatiques et aux différentes zones de tension. L’autre explication, c’est la nécessité de regrouper les forces sur un seul site pour des raisons d’organisation, de coordination ou pour des raisons stratégiques.
Dans votre ouvrage, vous donnez la parole aux Okinawais. Quels sont les témoignages qui vous ont le plus marqué ?
C’est le témoignage du deuxième chapitre, celui de Monsieur Uehara qui a perdu presque toute sa famille pendant la bataille d’Okinawa. Ce Monsieur est un véritable exemple de résilience. Il raconte tout cela avec beaucoup de patience et de calme, il est très apaisé. Il explique notamment qu’il n’a pas pu faire d’études, alors qu’il aurait aimé devenir professeur. Il a fondé une famille et a attendu que ses trois enfants terminent leurs études pour reprendre les siennes à l’âge de 48 ans.
L’autre témoignage qui constitue le chapitre cinq, c’est celui de Madame Takazato, une militante féministe et travailleuse sociale qui raconte l’état de santé très grave dans lequel se trouvaient les prostituées en 1972, lors de la rétrocession d’Okinawa au Japon, puisqu’en effet, il y avait beaucoup de prostitution aux abords des bases américaines. En 1972, la loi japonaise de prévention de la prostitution est entrée en vigueur à Okinawa, donc les maisons closes ont fermé et Mme Takazato raconte que de nombreuses prostituées ont dû être hospitalisées, car elles étaient très malades physiquement et psychologiquement. Ces deux témoignages m’ont le plus marqué.
Dans quel état d’esprit est la population aujourd’hui, dans un contexte géopolitique tendu, notamment en raison des rivalités sino-américaines ?
Les Okinawais et les Japonais sont conscients que le Japon a besoin des États-Unis, face à la Chine surtout, mais aussi face à la Corée du Nord. L’opinion publique japonaise a une perception très négative de la Chine et a conscience des risques qui pèsent sur l’archipel. La guerre en Ukraine n’a fait que renforcer cette perception. Ils dressent le parallèle avec la situation en Europe et en Asie, avec les visées chinoises à Taïwan, et les Okinawais spécifiquement ont conscience pour la plupart que le Japon a besoin des États-Unis et ne souhaitent donc pas forcément que les bases américaines quittent Okinawa ou le Japon.
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Ce qu’ils souhaitent, c'est une meilleure répartition des bases sur le territoire japonais, que certaines bases à Okinawa soient transférées ailleurs au Japon, ou qu’elles quittent complètement Okinawa. C'est leur rêve, mais cela paraît difficile. Malheureusement personne ne veut des bases et le commandement militaire américain préfère qu’elles soient regroupées à Okinawa pour éviter des pertes de temps et avoir une meilleure coordination des moyens.
Ces bases provoquent aussi un rejet de la population en raison de leur impact néfaste sur l’environnement.
Effectivement, il y a eu beaucoup de problèmes environnementaux, notamment pendant la guerre du Vietnam avec le stockage à Okinawa de barils d’agent Orange, qui ont été retrouvés plus tard et qui ont contaminé les sols et l’eau. Les dernières manifestations à Okinawa sont axées aussi sur la défense de l’environnement, puisqu’une base qui est située au centre d’une grande ville de près de 100 000 habitants va être transférée ailleurs dans l’île, dans le nord, qui est une région très sauvage. Donc deux nouvelles bases vont être construites sur la mer, ce qui pose des problèmes, car les derniers récifs de corail se trouvent dans cette baie.
Et il y a des dugongs qui sont de grands mammifères marins en voie d’extinction qui viennent se nourrir dans cette baie et sur ces coraux, donc cela pose des problèmes. Mais les Américains et les Japonais n’en ont pas tenu compte puisque les travaux de construction de la base ont commencé malgré les très nombreuses oppositions. L’autre site de construction d’une nouvelle base, Takae, qui se situe dans la montagne, abrite une forêt primaire où l’on trouve énormément d’espèces, notamment d’oiseaux rares. Donc là aussi, on se dit, c'est affreux, ne peuvent-ils pas trouver un autre site pour leurs bases ?
Comment voyez-vous les années à venir, la population a-t-elle les moyens d’échapper à un nouveau conflit ?
La stratégie américaine évolue globalement vers un maintien d’un nombre réduit de grandes bases, dont Okinawa fera vraisemblablement partie. Et en complément de ces grandes bases, les Américains veulent pouvoir compter sur de nombreuses bases plus petites, disséminées un peu partout dans le monde, avec l’objectif de pouvoir intervenir plus rapidement. C’est lié à la nature des nouvelles menaces, par exemple le terrorisme, et non plus seulement des menaces d’un État à un autre.
La concentration des bases à Okinawa, leur proximité avec les points chauds en Asie, c’est aussi un inconvénient parce que cela en fait une cible potentielle à portée des tirs de missiles. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les habitants voudraient transférer les bases ailleurs au Japon. Mais ce n’est pas la direction que prennent les gouvernements américains et japonais.
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Une autre évolution, c’est la tendance du Japon à aller vers plus d’autonomie en matière de défense, à la fois parce que les Américains le leur demande et parce qu’au sein du Parti Libéral-Démocrate (PLD), le parti au pouvoir, c’est ce que souhaitent les hommes politiques japonais. Certaines bases américaines pourraient donc être remplacées par des bases japonaises, c’est aussi une possibilité.
En tout cas, les risques de conflits en Asie existent vraiment, même si ce n’est dans l’intérêt d’aucune des parties. Ce qui est sûr, c'est que s’il y a un conflit, la population d’Okinawa sera aux avant-postes, comme elle l’a été pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cela sera certainement très différent, mais il y a un vrai risque pour la population.
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Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais le ton monte entre les Philippines et la Chine. Des tensions renouvelées ces dernières semaines autour du navire que les autorités philippines ont fait échouer il y a deux décennies sur un atoll disputé en mer de Chine méridionale. La Chine se montre de plus en plus présente dans l’espace maritime, entrant en conflit avec plusieurs nations dans la région. Jusqu’où cela pourrait-il aller ?
La Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et Taïwan revendiquent des parties de la mer de Chine méridionale, où transitent chaque année, selon les estimations, 3,37 milliards de dollars, soit 21 % du commerce mondial.
La Chine se montre de plus en plus revendicatrice dans la région : « Cette partie de l'océan Pacifique est extrêmement riche en ressources naturelles diverses : pétrole, gaz, nourriture et tant d’autres choses », souligne Mats Engman, ancien haut gradé de la marine suédoise, expert à l'institut du développement et la sécurité.
C'est aussi une voie maritime très importante qui traverse cette région. Si vous étendez votre contrôle à cette partie de l'océan, vous pouvez également contrôler des lignes de communication vitales pour la paix et la sécurité et pour le commerce international.
Mats Engman poursuit en expliquant qu’il y a aussi la volonté d'isoler davantage Taïwan en essayant de réduire le nombre de pays qui entretiennent actuellement des relations diplomatiques avec cet archipel, tenter de persuader certains pays de changer leur reconnaissance diplomatique de Taipei : « Il y a ensuite les aspects militaires et stratégiques : en étendant son contrôle aux eaux profondes, récifs et îles artificiels, la Chine peut alors créer des infrastructures militaires, déployer des forces. Le rayon d'action de l'armée chinoise s’étend et, de ce fait, rend beaucoup plus difficile et dangereux pour les forces américaines d'opérer dans cette zone. »
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Vers une possible fragmentation de l'Asean ?Pour lui, l’un des risques que cette conquête de l’espace maritime fait courir, c’est une possible fragmentation de l’Asean, car d’un côté se trouve un groupe de nations qui sont politiquement et économiquement dépendantes de la Chine, et de l’autre, un autre groupe de nations qui, de la même manière, sont tournées vers l'Occident et les États-Unis. L'Asean dans son ensemble s'efforce vraiment de s'affirmer en tant qu'organisation indépendante dans le contexte actuel de tensions entre les États-Unis et la Chine. Il s’agit, selon l’expert, d’y trouver son équilibre.
Pékin cherche indéniablement à étendre son influence mondiale, mais il s’agit également de réaffirmer son pouvoir au sein de la Chine continentale. L'analyse de Gregory Poling, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales :
Pékin s'est laissée séduire par son propre conte de fées, pensant que ces eaux, l'espace aérien et les fonds marins ont toujours été chinois et qu'ils ont été volés à la Chine par ses voisins d'Asie du Sud-Est au cours de la période que la Chine qualifie de "siècle d'humiliation".
« C’est devenu un récit politiquement plus saillant sous la direction de Xi Jinping. Il s'agit donc d'une question de légitimité politique et de nationalisme à l'intérieur du pays. Peu importe si cette Histoire est fausse. Peu importe qu'elle soit illégale. Ce qui compte, c'est que le parti s'est convaincu et a convaincu son public que c'était vrai », souligne encore le chercheur.
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Intimidation chinoiseGregory Poling rappelle que beaucoup de gens en Asie du Sud aiment se remémorer une anecdote révélatrice de l’attitude de la Chine. « Il y a une dizaine d'années, lors d'un des forums régionaux de l'Asean, plus particulièrement lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, la mer de Chine méridionale a été longuement débattue. La délégation chinoise, alors dirigée par Yang Jiechi, aujourd'hui directeur de la commission centrale des Affaires étrangères du Parti communiste chinois, s'est mis en colère, a fait irruption dans la salle et a pointé du doigt tous les pays d'Asie du Sud-Est, et en particulier George Yeo, le ministre des Affaires étrangères de Singapour, la plus petite ville-État et a crié : “Certains pays sont de grands pays, d'autres sont petits. Ce qui sous-entend que la Chine a un ensemble de règles et que tous les autres en ont un autre." »
Selon l’expert, cela en dit long sur la façon dont la Chine voit l'avenir de la région, que ces pays vont vivre dans l'orbite de la Chine et qu'ils feraient mieux de s'y habituer. « Ce que cela implique, c'est que la Chine pense qu'il y a des règles pour elle et d’autres pour le reste du monde. Et cela peut être considéré comme un analogue de la façon dont le Parti communiste chinois considère la loi dans son pays. »
La loi est une chose avec laquelle on gouverne. Ce n'est pas une chose par laquelle on est gouvernés. La loi ne s'applique pas aux puissants. Elle ne s'applique qu'aux faibles.
Greg Poling estime que la Chine ne cherche en aucun cas le conflit armé, mais que Pékin veut cependant utiliser tous les outils de coercition et d'intimidation dont elle dispose, à l'exception de la force militaire, pour convaincre ses voisins d’aller dans telle ou telle direction.
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La température de l’air a augmenté de plus d’un degré depuis le début du XXe siècle, ce qui provoque une fonte des glaciers dont les conséquences pourraient être dantesques d’ici la fin du siècle. Échange avec Patrick Wagnon, glaciologue à l'Institut des géosciences de l'environnement de Grenoble.
(Rediffusion du 30 avril 2023)
Les deux tiers des glaciers de l'Himalaya et de l'Hindou Kouch pourraient fondre d'ici 2100 si la planète restait sur la même trajectoire d'émissions de gaz à effet de serre, avec des conséquences dramatiques pour les millions d’habitants qui dépendent des ressources en eau jusqu’ici fiables. Près de 60 millions de personnes vivant autour de l'Himalaya souffriront de pénuries alimentaires dans les décennies à venir, alors que les glaciers rétrécissent et que les sources d'eau dont ils dépendent pour arroser leurs cultures se tarissent.
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Comment vit-on sous une surveillance permanente, sans le droit de s’exprimer librement et avec la peur d’être dénoncé à tout moment ? Zhang Zhulin en témoigne. Dans son livre La société de surveillance made in China, ce journaliste français d’origine chinoise dénonce une mainmise autoritaire qui ne s’arrête pas aux frontières chinoises et dont est aussi victime la diaspora des Chinois de France.(Rediffusion du 7 mai 2023)
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Élévation du niveau de la mer, réchauffement de l’océan, acidification de l’océan, inondations, sécheresses, catastrophes naturelles à répétition… Les nations du Pacifique sont en danger de disparition totale. Milika Sobey, scientifique marine, est directrice de programme pour les îles du Pacifique au sein de l'Asia Foundation. Elle a décidé de contribuer à sa manière à l’éducation des plus jeunes aux Fidji. Elle est à l’initiative de la publication de dix livres pour enfants qui visent à les éclairer sur les grands thèmes du réchauffement climatique.
(Rediffusion du 20 novembre 2022)
RFI : Quels sont les thèmes des 10 livres que vous avez publiés ?
Milika Sobey : Nous avons commencé avec Seachange, qui parle de l'élévation du niveau de la mer, un sujet très actuel. Les gens du Pacifique savent très bien ce qu’implique la montée des eaux. Quelqu'un d’autre a décidé d'écrire sur les mangroves, parce que c’est souvent un écosystème sous-estimé, mais qui joue un rôle critique dans l'atténuation du changement climatique. On a écrit sur l'acidification des océans, un autre sujet d'actualité, car l'absorption par l'océan d'une plus grande quantité de dioxyde de carbone entraîne l'acidification des océans, qui entraîne à son tour un manque de calcium dans certaines structures marines. C'est aussi crucial. Un autre a décidé d'écrire sur les forêts, parce que les forêts sont tout aussi importantes et connectées à l'océan.
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Pourquoi est-ce important de parler dès le plus jeune âge du réchauffement climatique ?
Parce que nous vivons dans une région où nous contribuons le moins aux émissions de carbone, mais où nous sommes probablement confrontés aux impacts les plus importants du changement climatique. Les enfants du Pacifique sont confrontés à des cyclones violents. Nous en avons eu plusieurs au cours des six dernières années. Des cyclones de catégorie 5. Ces événements très intenses sont tellement ravageurs pour les communautés dans tout le pays, pas seulement ceux de la côte… à l'intérieur des terres aussi. Donc, il est nécessaire que les enfants soient informés. Comment tout cela est-il lié au changement climatique ? Nous allons voir davantage de ces phénomènes météorologiques violents. Nous avons de graves inondations entre les cyclones. Ce n'est pas seulement les îles, c'est le monde entier.
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Le monde entier subit le réchauffement climatique, mais les pays insulaires demeurent en première ligne ?
Les gens qui vivent sur le continent européen supposent que tous les enfants qui vivent dans les îles connaissent les récifs par exemple, mais pas nécessairement. Les enfants qui vivent en ville ne vont pas vraiment sur le récif, c’est donc important de leur expliquer. Ils doivent connaître l'importance des mangroves. Ils doivent savoir comment le changement climatique a des conséquences sur les systèmes naturels qui les protègent. C'est pourquoi il est important que les enfants des îles du Pacifique soient informés sur ces sujets. Je pense qu'il suffit de se rendre dans nos communautés côtières pour se rendre compte de l’urgence de la situation. Il n’y a pas un jour qui passe sans que l’on lise dans les journaux que telle communauté sur la côte vient d’avoir une intrusion d'eau salée dans son village. Et, en gros, on parle tout le temps de la perte de terres au détriment de la mer.
Et par ailleurs, les personnages des livres sont fidjiens et ils ont tous été écrits et illustrés par des locaux…
Les enfants peuvent s'y identifier parce que les personnages ont des noms qu'ils peuvent reconnaître. Ils leur ressemblent. Ils ont des décors et des thèmes qui leur sont familiers. C'est ce qui fait la particularité de ces livres et c'est pourquoi nous avons demandé à des créatifs locaux de les produire. Vous savez, j’ai grandi en lisant des histoires de Raiponce, de Blanche Neige et de la Belle au bois dormant et en lisant des histoires de neige et d'ours. Nous ne savons pas ce qu'ils sont parce que nous vivons sous les tropiques ! C'est tellement rafraîchissant que les enfants puissent maintenant lire des livres auxquels ils peuvent s'identifier. Ils peuvent s'y reconnaître, et l'un des objectifs de ces livres est de susciter l'amour de la lecture chez les enfants. Donc si vous pouvez les faire commencer à aimer la lecture dès leur plus jeune âge, c'est un amour qu'ils auront pour le reste de leur vie.
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Le sanskrit, c'est la langue des érudits indiens, celle des textes religieux. Elle est de moins en moins parlée, mais sa grammaire continue de fasciner. Elle repose sur l'ouvrage d'un savant génial nommé Panini, qui a mis au point dans l'Antiquité des règles qui intriguent encore la communauté scientifique. Mais un étudiant de Cambridge pourrait avoir levé une partie de son mystère. (Rediffusion du 15 janvier 2023)
La grammaire de Panini, c'est la naissance de la linguistique moderne. Un chef-d'œuvre de précision et de sophistication qui n'a jamais été égalé... Comment fonctionne-t-elle ? À la manière d'un architecte, Panini invente ce que l'on appelle une métalangue : près de 4 000 règles, les sutras, qui organisent le bon usage du sanskrit.
Cette construction intellectuelle, vieille de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, est si fine qu'elle fascine encore les grammairiens modernes. « Ce qui a beaucoup frappé nos contemporains à partir du XIXe siècle, c'est la qualité de la métalangue, explique le philologue et traducteur Michel Angot, spécialiste de la littérature sanskrite. Une métalangue qui, dans une large mesure, nous apparaît comme étant scientifique. Avec le souci, par exemple, de l'économie de volume. La grammaire de Panini était apprise par cœur, il fallait économiser de la mémoire et pour économiser de la mémoire, Panini et ses amis ont poussé le principe d'économie extrêmement loin en créant un lexique très concis, très scientifique, où les mots ne signifient qu'une chose. »
Un système extrêmement complexeProblème, Panini pousse la concision à l'extrême. Il pose les règles sur la table, mais ne donne pas le mode d'emploi. Ce que l'on peut trouver dans les grammaires anciennes de latin ou de grec – les déclinaisons, les conjugaisons verbales – n'a pas d'équivalent dans son traité. Et depuis des siècles, c'est un casse-tête pour les locuteurs de sanskrit.
« Ce sont de toutes petites formules, souvent de quelques syllabes, parfaitement absconses. C'est une sorte de pelote de laine : dès que vous touchez à une formule, il faut voir comment la formule raisonne dans l'ensemble de 3 992 formules qui constituent l'œuvre. Et Panini ne dit pas comment des règles qui sont parfaitement contradictoires peuvent s'arranger, observe encore le philologue et traducteur Michel Angot.
« Par exemple, ajoute-t-il, si je vous dis dans une salle : "Tout le monde sort, Pierre reste", vous avez deux règles : une qui dit que tout le monde sort, et l'autre qui dit que Pierre, qui est pourtant dans tout le monde, reste. Il y a donc deux règles contradictoires et instinctivement, on va comprendre que la règle particulière s'impose à la règle générale. Ça se fait tout seul. Mais quand on est dans la grammaire de Panini, vous avez des règles grammaticales et ça ne se fait pas tout seul. Il faut ensuite trouver les métarègles qui organisent les règles, parce que ces règles sont mutuellement contradictoires. »
Une nouvelle méthode plus préciseC'est là qu'intervient Rishi Rajpopat. Cet étudiant de Cambridge revendique d'avoir enfin cerné l'une de ces métarègles, mal comprise depuis très longtemps. Sa théorie se résume ainsi : en cas de conflit, lorsque l'une des formules de Panini peut s'appliquer aussi bien à droite ou à gauche d'un même mot, il faut choisir la règle qui s'applique au côté droit. Ça n'a l'air de rien, mais c'est sans doute une avancée majeure dans la compréhension du système de Panini.
« Si vous appliquez l'interprétation des commentateurs traditionnels, celle qui faisait foi jusqu'à ce jour, il vous arrivera de tomber sur le mauvais résultat. En appliquant la sienne, vous tomberez juste dans plus de 90% des cas, assure Vincenzo Vergiani, le professeur de thèse de Rishi Rajpopat à Cambridge. C'est un peu comme en mathématiques : il peut y avoir plusieurs méthodes qui permettent de résoudre un problème. Mais les mathématiciens vous diront qu'il n'y a qu'une manière de parvenir à ce résultat de façon courte et élégante. C'est ce qu'a fait Rishi. Les anciens, eux aussi, avaient trouvé un chemin vers la bonne réponse. Mais la méthode de Rishi est bien plus économe et élégante. »
Les critiques vous diront qu'il n'y a pas matière à se vanter. Et que, rapporté à la pensée complexe de Panini, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Certes, mais l'équipe de Cambridge espère fédérer les bonnes volontés. « J'espère, conclut Vincenzo Vergiani, que les spécialistes du sanskrit vont se pencher sur la question et venir bousculer nos certitudes. »
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Deux ans et demi après le coup d’État militaire en Birmanie, la population tout entière continue de se mobiliser contre la junte. Aux avant-postes de la lutte : la génération Z, ces jeunes ultra-connectés, en tête des manifestations et du mouvement de désobéissance civile. Ils agissent aujourd’hui dans l’ombre, pour retrouver leur liberté. Kristen est l’un des visages de cette jeunesse révolutionnaire. (Rediffusion du 5 février 2023)
« Ce coup d’État a bouleversé ma vie. Du jour au lendemain, mon avenir s’est assombri. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’engager dans la révolution. » Kristen a 27 ans. Cette jeune ingénieure est issue de la Génération Z, ces moins de 30 ans, nés avec la révolution numérique, se sont investis corps et âme, il y a deux ans, pour reconquérir leur liberté. Kristen est devenue un maillon indispensable du mouvement révolutionnaire. Malgré la contestation muselée avec une incroyable brutalité, les jeunes continuent de s’engager dans la clandestinité.
« Dès le 6 février 2021, j’ai commencé à manifester en prenant la tête d’un groupe de grévistes, raconte Kristen. Mais lorsque la junte a durement réprimé les manifestants, on a vite compris que les militaires n’allaient pas s’arrêter là et qu’il fallait s’organiser autrement. Avec deux camarades, nous avons créé un réseau d’information de la société civile. Le CIN collecte et diffuse les informations sur les mouvements de l’armée. »
Leur travail consiste à contrôler, répertorier, signaler tout mouvement et activité de l’armée birmane. Ces informations sont compilées puis distribuées aux guérillas ethniques et au ministère de la Défense du gouvernement d’unité nationale en exil. Ce rapport permet entre autres de réévaluer la stratégie révolutionnaire et de collecter les preuves des crimes de guerre commis par la junte. Kristen participe à une multitude d’autres groupes et organismes qui coordonnent les actions anti-junte dans une quarantaine de villes partout dans le pays.
« Min Aung Hlaing gouverne uniquement pour son intérêt personnel »Que pense la militante du chef de la junte et du gouvernement Parallèle d’Unité Nationale (NUG), composés d’anciens élus renversés par la junte ? « Min Aung Hlaing gouverne uniquement pour son intérêt personnel et celui de sa famille. Il se fiche de la population, explique Kristen. Il tue, il réprime, arrête les gens, brûle des villages pour son propre intérêt, il n’a aucune compétence pour gouverner. Concernant le gouvernement d’unité nationale, je trouve qu’il est trop lent pour un groupe qui dirige un mouvement révolutionnaire. Mais nous n’avons pas le choix et je suis convaincue qu’ils font de leur mieux pour diriger le pays et ne plus être un gouvernement fantôme. Ce gouvernement à notre plein soutien, car nous poursuivons le même objectif. Nous devons mener ce combat ensemble main dans la main. »
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Mais ce combat exige de nombreux sacrifices : « Cela fait deux ans que j’ai quitté mon domicile, c’était juste après l’arrestation de mes camarades. Depuis, je passe mon temps à fuir et à vivre dans la clandestinité. Je donne tout mon temps et ma vie entière à cette révolution, et c’est pour garder ma dignité, déclare la militante. Ces deux dernières années, des millions de personnes ont perdu leurs droits fondamentaux, se sont retrouvées sans toit, sans soins, sans éducation. Les militaires vendent tout : les ressources naturelles, le gaz, le pétrole, les pierres précieuses et même l’Irrawaddy que la Chine veut racheter pour y construire un barrage. La Thaïlande rachète aussi à la junte nos ressources naturelles, du pétrole notamment. Et ils font ça pour leur propre profit. »
Dans cette révolution, Kristen s’est fait de nouveaux amis, des camarades, des compagnons le lutte, car ses amis d’enfance et de l’université, en tout cas la plupart d’entre eux, ont choisi l’exil. Kristen, elle, a décidé de rester pour combattre ce régime tyrannique et autoritaire qui a brisé net tous ses rêves. « Je dois tenir et continuer à me battre. Je construis l’avenir de notre pays et c’est la seule chose qui me fasse aller de l’avant. »
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Le « greenwashing » a le vent en poupe. Les entreprises vantent leurs actions climatiques, mais leurs promesses sont souvent loin de la réalité. Parmi les 50 plus grands émetteurs de CO2 mondiaux, le cimentier suisse Holcim est ciblé par une plainte inédite en Indonésie. Quatre habitants de l’île Pulau Pari accusent le géant du béton de mettre leur vie en péril. Une affaire qui pourrait devenir un cas d’école, car Holcim, qui a cédé ses activités en Indonésie en 2019, est visé pour ses dégâts causés dans le monde entier.
(Rediffusion du 26 février 2023)
C’est un combat dans la veine de David contre Goliath. Une petite île défie le numéro un mondial du béton. Selon Edi, l’un des quatre plaignants, Holcim est responsable de la montée des eaux qui menace les 1 500 habitants de Pulau Pari : « Nous serons forcés de quitter notre île. À cause des inondations récurrentes, nous avons peur de rester ici avec nos enfants. Notre vie est en danger. Qu’allons-nous devenir si les eaux continuent à monter ? »
L’année dernière, Pari, qui vit de la pêche et du tourisme, a été inondée cinq fois. L’eau a déjà grignoté 11 % de la surface de l’île et détruit petit à petit les terres de Pak Arif : « J’ai subi d’importants dégâts. L’eau est arrivée dans la cour de ma maison et elle a détruit le mur d’enceinte. L’eau potable est de plus en plus dure à trouver, car l’eau salée a pollué nos puits. Beaucoup d’arbres fruitiers sont déjà morts, et il n’y a déjà presque plus de papayes et de bananes. Le sel fait aussi rouiller nos motos. »
« 7 milliards de tonnes de CO2 rejetées depuis 1950 »À long terme, Pulau Pari risque de disparaître. Une conséquence directe des émissions de CO2 du cimentier Holcim, selon Yvan Maillard, le responsable « justice climatique » de l’ONG Entraide protestante suisse. Elle défend les plaignants, aux côtés de deux autres ONG.
« Holcim est coresponsable du changement climatique. Il fait partie des 50 plus gros pollueurs du monde. Holcim a rejeté 7 milliards de tonnes de CO2 depuis 1950, cela correspond à 0,5 % de toutes les émissions industrielles de CO2. Et cela fait de Holcim l’un des plus grands pollueurs au niveau mondial. »
Les plaignants réclament une indemnisation de 14 000 euros pour les dommages causés. Ils veulent aussi planter des mangroves et des murs protégeant les rivages. Une somme certes dérisoire pour une multinationale, mais une somme qui créerait un précédent… et ça, le cimentier suisse veut l’éviter.
Sollicitée, l’entreprise nous a répondu : « Nous ne pensons pas que des poursuites en justice ciblant des entreprises individuellement soient un mécanisme efficace pour s’attaquer à la complexité globale de l’action pour le climat. »
Holcim, deuxième entreprise attaquée en justice par des victimes du changement climatiqueHolcim dit vouloir devenir une entreprise à zéro émission nette de CO2 à l’horizon 2050. Trop tard, estiment les habitants de Pulau Pari. Il faut demander des comptes aux grands pollueurs dès à présent, estime aussi Yvan Maillard, une façon d’ouvrir la voie à d’autres victimes du dérèglement climatique :
« Nous soutenons cette action de quatre Indonésiens et Indonésiennes. L’objectif est bien sûr de créer un précédent. L’objectif est aussi d’avoir des tribunaux qui se penchent sur cette question des dommages qui sont causés par le changement climatique… et qui doit payer pour ces dommages. Ce qui est aussi très important, c'est que les tribunaux se prononcent sur cette question : à quelle vitesse ces grands pollueurs doivent-ils réduire leurs émissions en CO2 ? »
Holcim est seulement la deuxième entreprise dans le monde à être attaquée en justice par des victimes du changement climatique. L’autre est le géant allemand de l’énergie RWE, poursuivie par un paysan péruvien dont les terres risquent d’être englouties par le lac Palcacocha, gonflé par la fonte des glaces.
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Direction Taïwan : Stellina Chen est une caricaturiste qui fait partie du collectif Cartooning for Peace. Cartooning for Peace permet de faire dialoguer les dessinateurs entre eux et de confronter leurs différentes nuances idéologiques. Son réseau donne une visibilité et un appui à ceux qui sont empêchés d’exercer librement leur métier ou dont la liberté est menacé. Avec sa plume, ou plutôt son coup de crayon, elle relate avec humour l’actualité mondiale.
(Rediffusion du 2 octobre 2022)
Stellina Chen : J’ai rejoint l’organisation Cartooning for Peace en 2018, et j’ai commencé à dessiner en 2017. Donc, au bout d’un an, j'ai postulé pour rejoindre l’organisation basée à Paris, créée par Plantu, le caricaturiste français. Ils nous aident à entrer en contact avec des médias français, mais leur but, c'est d’aider des caricaturistes dans le monde, dans des pays menacés par la dictature. Et maintenant, à cause de sa proximité avec la Chine, Taïwan est en haut de leur liste !
RFI : Comment procédez-vous pour trouver votre inspiration ?
Je regarde l’actualité et je cherche pendant une heure quelque chose qui va m’intéresser, jusqu’à ce que je trouve un angle, une idée ou une petite phrase sur lesquels je puisse travailler. Le procédé est compliqué à expliquer : par exemple, lorsque que Nancy Pelosi est venue à Taïwan, tout le monde se rappelle son tailleur rose et ses chaussures blanches à talons hauts assez emblématiques. Donc, je me suis demandée comment je pourrais utiliser ça comme symbole, ce costume, que tout le monde pourrait reconnaître immédiatement, et comment je pourrais le transformer. Puis, j’ai pensé à la forme de Taïwan, quand on regarde, ça ressemble à un talon. Et comme elle utilisait cette excuse de visite à Taïwan pour marcher sur une ligne rouge, pour voir jusqu’où cette ligne allait d’ailleurs pour la Chine, je me suis dit que j’allais transformer le talon en forme de Taïwan en train de s’appuyer sur les doigts de pied de Xi Jinping, c’était parfait. C’était un point de rupture que je pouvais exploiter.
En faisant ce genre de dessin, tout en étant taïwanaise, n’êtes-vous pas inquiète pour votre sécurité ?
Pour être honnête, en vivant à Taïwan, je ne me sens pas menacée, on est toujours en sécurité à Taïwan, il n’y a pas de censure, et nous sommes bien protégés par notre gouvernement. Nous avons notre liberté. Mais oui, je ne me sentirai pas autant en sécurité en voyageant en Chine, ou même à Hong Kong maintenant. Je m’inquiète de la sécurité de manière générale. Mais il y a bien sûr une sorte de cyber-armée en ligne, sur Instagram, sur Twitter, je reçois une multitude de commentaires me disant de retourner dans mon pays, et c’est souvent à propos de dessins sur la Chine. Je ne pense même pas que ce soit des humains derrière tout ça, juste des messages générés automatiquement ! Donc parfois, je ne regarde même pas, je laisse couler.
Pourquoi pensez-vous qu’il est important de mettre de l’humour dans des contextes qui sont parfois tragiques ?
Le monde est plein d’actualités tragiques, constamment, et si l’on ne peut pas rire de certaines choses de temps en temps, ce serait vraiment triste. Par ailleurs, je pense que l’humour est une bonne façon pour les gens d’absorber de nouvelles informations, lorsque l’on rit de quelque chose, on l’intègre aussi, parfois sans s’en rendre compte. Par exemple, lorsque l’on lit un article, c’est au moins 1 000 mots, il faut se mettre dedans et peut-être qu’on laisse tomber en plein milieu, en se disant qu’on n’a pas le temps, ou bien que c’est trop de blabla… Mais un dessin, c’est très puissant. En cinq secondes, on perçoit l’humour, le sarcasme, ça s’imprime dans votre mémoire. Et cela vous prend cinq secondes pour dire « ah oui, tiens, on peut le voir comme ça ».
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Il y aurait plus de 900 caméras chinoises installées dans tous les lieux de pouvoir australiens : ministères régaliens, au Parlement, dans les administrations... Des technologies qui font craindre un système d'espionnage à grande échelle. Car ces produits sont fabriqués par des entreprises liées au gouvernement de Pékin. L'Australie va-t-elle, à l'image des États-Unis, interdire purement et simplement le commerce de ces produits sur son territoire ?
(Rediffusion du 19 février 2023)
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Comment encourager ses parents à témoigner et raconter l’indicible, avant qu’il ne soit trop tard ? Comment recoller les morceaux des histoires familiales fragmentées des survivants, pour reconstituer la mémoire collective et la transmettre aux générations futures ?
Sun Lay Tan, journaliste et militant associatif, lance un appel à témoins. Il est l’initiateur de Fragments KH50, un projet ambitieux à caractère scientifique, culturel et mémoriel, basé sur trois piliers : une plateforme web, un film documentaire et un monument érigé en hommage aux victimes des Khmers rouges.
(Rediffusion du 21 mai 2023)
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Jakarta renouvelle à marche forcée son matériel de défense et n'hésite plus à mettre sur la table des milliards de dollars pour s'équiper de Rafale français, mais aussi, fidèle à sa politique de non-alignement, de F-15 américains ou d'équipement turc. Une véritable course à l'armement que notre journaliste décrypte avec Alban Sciascia directeur de la société de conseil stratégique Semar Sentinel.
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Le 16 juin dernier, un rapport de Google révélait la plus large campagne de cyberespionnage depuis 2021 par un acteur malveillant lié à la Chine. Un groupe de cyberattaquants, visiblement lié à l'État chinois, qui visait notamment des agences gouvernementales de plusieurs pays représentant un intérêt stratégique pour Pékin. Que sait-on exactement du cyberespionnage chinois ? Paul Charon, directeur du domaine « Renseignement, anticipation et stratégies d'influence » de l’Institut de recherche stratégique de l'école militaire à Paris (IRSEM), répond aux questions de Joris Zylberman.
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La guerre en Ukraine a relégué au second plan d’autres crises comme le terrible sort de la minorité musulmane des Rohingyas. En août prochain, cette communauté apatride commémorera la sixième année de son exode massif de Birmanie. Près d’un million de Rohingyas vivent, depuis, dans une prison à ciel ouvert, des camps tentaculaires et insalubres au sud du Bangladesh. Mayyu Ali, originaire de l’État de Rakhine, rescapé des massacres de 2017 et victime de persécution dans les camps de réfugiés au Bangladesh, a pu finalement s’exiler au Canada. Ce poète, écrivain et militant nous livre son histoire qui est aussi celle de son peuple.
Mayyu Ali a été le témoin des pires violences et injustices contre sa famille et sa communauté, une minorité musulmane parmi les plus opprimées au monde. Il est né en 1991 à Maungdaw dans l’État de Rakhine à l’ouest de la Birmanie. En août 2017, la junte militaire mène une politique de la terre brûlée qui forcera plus de 700 000 personnes à l’exil.
« À l’époque, je vivais dans le centre-ville de Maungdaw, mes parents étaient dans notre village », raconte Mayyu Ali. « J’ai reçu un appel de ma mère en pleurs. Elle me disait que notre maison et tout le village avaient été brûlés et qu’ils ont dû fuir dans un village voisin. Ensuite, les forces de sécurité sont arrivées à Maungdaw. Elles ont commencé à incendier les maisons, à tuer de manière indiscriminée, hommes, femmes, enfants et personnes âgées. »
Mayyu Ali décide de suivre ses parents qui ont finalement dû fuir de l’autre côté de la frontière, à Kutupalong, au Bangladesh.
« En prenant la fuite, j’ai vu un père Rohingya et sa petite fille abattus en pleine rue, leurs corps gisaient sur le sol », se souvient-il. « J’ai réussi à me frayer un chemin jusqu’au bois, puis le 6 septembre au soir, avec 14 autres personnes dont de nombreuses femmes et enfants, on est monté à bord d’un canot à rames, une toute petite embarcation. Pendant la traversée, il y avait beaucoup de vent, il faisait nuit noire. On a réussi à rejoindre l’autre rive le lendemain. Et j’ai pu retrouver mes parents dans le camp de réfugiés de Kutupalong. »
L'écriture, entre exutoire et acte de rébellion pour MayyuIl y restera 4 ans. Le camp est surchargé. Il y règne un climat de peur et d’insécurité. Viols, trafics, meurtres, enlèvements. Mayyu travaille avec des ONG, des journalistes, son activisme dérange.
« J’ai été la cible de groupes de militants, car je dénonçais des violations des droits humains, j’écrivais aussi et j’enseignais l’écriture aux jeunes réfugiés et comment défendre leurs droits. J’ai dû partir et je me suis longtemps caché dans la région pour échapper aux gangs qui étaient à mes trousses. Jusqu’à ce que, deux ans plus tard, j’obtienne un visa pour émigrer au Canada depuis 2021, avec mon épouse, en Ontario. »
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L’écriture est pour Mayyu un exutoire, un acte de rébellion aussi. À l’heure où, faute de dons suffisants, les rations alimentaires des réfugiés ont été réduites et où la région a été récemment durement frappée par un cyclone, Mayyu continue de témoigner, sans relâche, pour aider sa communauté, pour qu’elle ne soit pas oubliée.
« Même avant les violences de 2012, nous subissions des restrictions et la discrimination. Je n’ai connu que ça, quasiment toute ma vie, des violences, des meurtres, des arrestations. Cela m’a poussé à écrire, car les médias étrangers ne sont pas autorisés à entrer dans l’État de Rakhine, le monde ignore ce que vit ma communauté. Écrire permet d’informer la communauté internationale pour qu’elle nous aide à juger les responsables afin qu’ils répondent de leurs crimes. C’est devenu pour moi un acte de résistance », affirme Mayyu Ali.
« Je continuerai à élever la voix pour mon peuple »Puis il poursuit : « Aujourd’hui, je suis libre ici au Canada pour la première fois de ma vie. Mais je ne pourrai pas jouir de cette liberté, tant que mes frères et sœurs vivront dans les camps de réfugiés à Cox’s Bazar ou dans des camps de déplacés internes dans l’État de Rakhine où ils risquent d’être massacrés par la junte birmane. Nous sommes les rescapés d’un génocide. Je continuerai à élever la voix pour mon peuple ».
Mayyu Ali appelle la France et les autres pays européens à se joindre à la plainte de la Gambie contre la Birmanie, pour génocide contre les Rohingyas, devant la Cour Internationale de Justice. Pendant ce temps, sur le terrain, rien n’a changé. Les Rohingyas continuent de vivre dans la peur et l’insécurité, privés de droits, de liberté de mouvement et de citoyenneté.
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Il y a cinq ans, le 12 juin 2018, Kim Jong-un acceptait de rencontrer Donald Trump. Et, l'espace de quelques mois, la communauté internationale s'est autorisée à penser que la Corée du Nord allait enfin sortir de son isolement, renoncer à l'arme nucléaire et revenir dans le concert des nations. Cinq plus tard, la réalité a repris le dessus. L'Occident ne sait pas parler avec Pyongyang et le régime nord-coréen ne renoncera jamais à son programme nucléaire.
Au soir du 12 juin 2018, Donald Trump se présente devant les journalistes du monde entier réunis à Singapour. Il vient de s'entretenir en tête-à-tête avec Kim Jong-un, et pour lui, c’est une certitude, tous les voyants sont au vert : « Cette rencontre sans précédent, la première entre un président américain et un dirigeant nord-coréen prouve qu'un réel changement est possible. Nous venons de signer une déclaration commune par laquelle le président Kim réaffirme son engagement inébranlable en faveur d'une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. Nous nous sommes aussi mis d'accord pour engager des négociations vigoureuses afin de mettre en œuvre cet accord le plus vite possible. Et il veut le faire. »
C'est vrai, symboliquement, cette rencontre marque un premier pas. Mais en réalité, cet accord ne prévoit aucun calendrier précis, il ne dit pas non plus quels seraient les mécanismes de vérification, et surtout, la Maison-Blanche commet une magistrale erreur d'interprétation, car, à Pyongyang, la dénucléarisation de la péninsule coréenne n'a pas du tout le même sens qu'à Washington. « Les Nord-coréens ne reconnaissent pas la Corée du Sud comme un État souverain en tant que tel, pour eux la péninsule coréenne est occupée au sud par des forces coloniales qui seraient américaines, rappelle la spécialiste Raphaëlle Pierre. À leurs yeux, la dénucléarisation totale implique que les États-Unis ne doivent plus être présents sur la péninsule pour que cela puisse se réaliser. »
Kim Jong Un fait tout de même un premier geste, il annonce la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye-ri, dans le nord-est du pays, mais pas question d'aller plus loin. C'est donnant-donnant, martèle les Nord-Coréens : si les États-Unis veulent que ce dossier avance, il faut qu'ils lèvent, au moins partiellement, leurs sanctions économiques. C’est le sens de l’allocution rarissime prononcée par Ri Yong Ho, le patron de la diplomatie nord-coréenne, qui acte l’échec du sommet de Hanoï, au Vietnam, le 28 février 2019. « À ce jour, dit-il, 11 résolutions de l'ONU visent la Corée du Nord. Nous avons demandé le retrait de cinq d'entre elles, qui entravent le bon fonctionnement de l'économie civile et les conditions de vie de notre peuple. En échange, nous nous tenions prêts à démanteler l'ensemble des installations de production nucléaire de Yongbyon, incluant le plutonium et l'uranium, en présence d'experts américains. Mais lorsque les États-Unis ont exigé une concession supplémentaire, il est devenu évident que cette proposition n'avait plus de raison d'être. »
En d'autres termes, la Corée du Nord a le sentiment de faire son maximum, et il apparaît très vite qu'elle ne comprend plus le logiciel américain, car Washington se montre incapable, souligne Raphaëlle Pierre, de proposer un contre-scénario crédible : « Le mot-clé, c’est la réciprocité. Pour les Coréens, par rapport à ce qu’ils ont mis eux sur la table, la délégation américaine et l’administration Trump, que ce soit lors des sommets ou hors des sommets, n’a pas réussi à leur proposer quelque chose de substantiel ».
Un an et demi après la poignée de main de Singapour, la rupture est consommée. Le 1er janvier 2020, Kim Jong-un annonce la fin du moratoire sur les essais de missiles balistiques et la remontée en puissance du programme nord-coréen. Il n'y aura plus de retour en arrière, car l'an dernier (), la Corée du Nord a réinscrit dans sa loi ce que tout le monde avait compris : nous sommes un État nucléaire, c'est irréversible, il va falloir faire avec.
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