Afleveringen
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À l’occasion du centenaire de Miles Davis, le bassiste Marcus Miller réunit autour de lui ses anciens partenaires de l’album We Want Miles : Mike Stern (guitare), Bill Evans (saxophone), Mino Cinelu (percussions). Ces quatre piliers de l’orchestre de Miles Davis dans les années 80 réinventent un répertoire historique sur scène durant tout l’été. Le 4 juillet 2026, lors du 45è festival Jazz à Vienne, le théâtre antique plein à craquer a vécu un moment unique ! Nous y étions…
En 1981, Miles Davis est convalescent. Lorsqu’il réapparaît sur les scènes internationales après cinq années de lutte contre ses démons et ses addictions, il entend donner l’image d’un homme neuf, d’un instrumentiste toujours inventif et d’un chef d’orchestre attentif aux goûts du public. Pour cela, il s’entoure de jeunes virtuoses capables de faire entrer son swing dans une nouvelle décennie plus pop, plus funk, plus audacieuse. Le retour de Miles Davis dans le feu des projecteurs intimide cependant ses propres colistiers car le célèbre trompettiste est devenu une légende du jazz au fil des décennies. Cela fait déjà plus de 30 ans que son nom symbolise la force créative afro-américaine.
Aujourd’hui encore, les plus fins musicologues reconnaissent que ce grand personnage a toujours su flairer l’air du temps et adapter sa musique, son look, son attitude à son époque. Il fut aussi un sacré découvreur de talents capable de déceler les aptitudes de ses contemporains. En testant la valeur de ses jeunes recrues devant un public souvent médusé par tant d’inventivité et de hardiesse, il offrait une exposition de choix à ses apprentis jazzmen dont la carrière ne pouvait que décoller rapidement. « L’expérience que nous avons eue avec Miles nous a permis de prendre différentes directions artistiques. Cependant, nous avons tous en commun une approche du jazz insufflée par Miles. C’est comme si nous avions tous un même parent. Nous avons suivi notre propre chemin, nous avons beaucoup voyagé, nous avons tenté de nouvelles expériences, mais nous avons le même père, en quelque sorte… », racontait Marcus Miller au micro de Joe Farmer, le 4 juillet 2026.
La tournée « We Want Miles » a ravivé des souvenirs mais aussi insidieusement rappelé que le répertoire de Miles Davis résiste à l’érosion du temps. Certes, les enregistrements d’époque ont un peu vieilli mais les compositions ne se sont pas flétries. En ressuscitant les œuvres d’antan, avec la maturité acquise pendant 45 ans, Marcus Miller et ses compagnons de route prouvent que le patrimoine légué par leur illustre aîné n’est pas figé dans l’histoire. Il vit et se développe à condition que de furieux improvisateurs s’en emparent et l’actualisent. Les élans percussifs de Mino Cinelu donnent aujourd’hui un nouveau relief au groove d’autrefois. Les envolées guitaristiques de Mike Stern revitalisent les saillies éclectiques d’hier. Le lyrisme du saxophoniste Bill Evans fait entrer Miles Davis dans le XXIè siècle. Et pourtant, la nostalgie n’est pas loin quand les principaux protagonistes de cette histoire acceptent de jeter un œil dans le rétroviseur. « Miles appréciait beaucoup le groupe que nous avions formé. Je me souviens de ses mots : "Vous êtes le meilleur groupe que je n’ai jamais eu !" Il était heureux de ce come-back après cinq ans d’absence. Nous avons pris ce compliment avec beaucoup d’humilité car, autrefois, il avait eu d’autres orchestres bien plus fameux que le nôtre. Pour être totalement honnête avec vous, nous n’étions pas vraiment au point musicalement parlant. Il y avait une sacrée part d’improvisation et d'hésitation, mais, lorsque l’on réécoute l’enregistrement de cette tournée de 1981, cette impréparation a une certaine saveur. On entend quelques moments épatants de création instantanée », relate Mike Stern, à Vienne, le 4 juillet 2026.
La tournée européenne « We Want Miles » s’achèvera le 30 juillet 2026 à Bari en Italie, mais cette année de célébration du centenaire de Miles Davis se poursuivra certainement encore quelques mois à travers divers projets imaginés par quelques disciples, héritiers ou admirateurs du maestro.
► Pour en savoir plus
Marcus Miller Mike Stern Bill Evans Mino Cinelu Miles DavisTitres diffusés cette semaine :
- « Jean-Pierre » par Miles Davis extrait de « We Want Miles » (1981)
- « Aïda » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
- « My man’s gone now » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
- « Jean-Pierre » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026).
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L’année 2026 est certainement et symboliquement la première manifestation palpable du centenaire du jazz. Certes, cette forme d’expression vit le jour avant 1926, mais elle ne fut réellement incarnée que par une génération d’instrumentistes nés il y a un siècle. Miles Davis et John Coltrane font partie de ces virtuoses dont on célèbre aujourd’hui avec faste l’anniversaire. Le trompettiste Terence Blanchard et le saxophoniste Ravi Coltrane ont décidé de revitaliser un répertoire historique avec la révérence qui s’impose.
Entre 1955 et 1960, deux esprits libres s’associent pour créer un univers musical inédit. L’un est trompettiste, l’autre saxophoniste, mais tous deux rivalisent d’inventivité pour que leur musique traduise l’air du temps. À cette époque, la condition des citoyens afro-américains est encore très fragile et la lutte pour l’égalité des droits n’a pas encore porté ses fruits. Le jazz représente donc une force de contestation diffuse qui défie l’académisme conservateur aux États-Unis. Marquer sa différence, c’est imposer sa place dans une société qui ne vous l’octroie pas. Ensemble ou séparément, Miles Davis et John Coltrane ont inscrit leur musicalité dans cette résilience artistique que l’on continue de saluer aujourd’hui. Ils ont identifié une génération, une humeur sonore, une expressivité, magnifiées par leur audace mélodique, rythmique et harmonique.
Certes, le swing de ces deux trublions n’avait pas la même tonalité. Certes, leur attitude et leur caractère personnel ne narraient pas forcément la même destinée mais une intention les réunissait. John Coltrane était un être tourmenté dont les longues envolées débridées au saxophone dissimulaient difficilement le tiraillement entre rage et spiritualité. Miles Davis était un chef d’orchestre peu disert, mais un trompettiste appliqué dont le lyrisme reflétait un désir de respectabilité. Que ces deux hommes si différents aient pu converser sur un album comme Kind of Blue, chef d’œuvre absolu du jazz, prouve qu’un dialogue animé par un élan commun donne du sens à un engagement.
Aujourd’hui, Terence Blanchard et Ravi Coltrane ont le devoir d’honorer la promesse de leurs aînés sans en calquer l’originalité. La relecture d’œuvres passées doit s’inscrire au XXIè siècle pour ne pas les figer dans le temps. Le défi est de taille quand l’héritage est si lourd, mais la marque des grands interprètes passe par cet exercice de style. Du 29 juin au Grand Rex à Paris au 12 juillet 2026 à Rotterdam aux Pays-Bas, en passant par le 4 juillet au théâtre antique de Vienne, près de Lyon, les centenaires Miles Davis et John Coltrane sont dignement célébrés cet été en Europe.
Pour en savoir plus
Miles Davis Terence Blanchard Ravi Coltrane John Coltrane - Explore 100 Jazz à Vienne.Titres diffusés cette semaine :
- « So What » par Miles Davis et John Coltrane extrait de l’album Kind of Blue (1959)
- « In Green Dolphin Street » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026)
- « Someday my prince will come » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026)
- « Two Bass Hit » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026).
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Zijn er afleveringen die ontbreken?
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Depuis quelques mois, le Thanda Choir, jeune formation vocale sud-africaine, vit un rêve éveillé. Invitée par la chanteuse américaine Melody Gardot en juillet 2025 pour participer à sa série de concerts à l’Olympia à Paris, cette chorale composée d’une quinzaine de chanteurs et chanteuses originaires de Kayelitsha, près de Cape Town, a fait sensation et n’en finit plus de charmer les spectateurs du monde entier. Le 11 mai 2026, grâce aux équipes du festival « Jazz sous les pommiers » à Coutances en Normandie, la force expressive de l’Afrique australe a jailli devant les micros de RFI.
Écouter le Thanda Choir, c’est se plonger dans le patrimonial sud-africain ancestral. Instantanément, l’écho de chœurs historiques résonne dans nos oreilles. Les Manhattan Brothers qui révélèrent Miriam Makeba, les Ladysmith Black Mambazo, le Soweto Gospel Choir, tous ces groupes portés par de somptueuses harmonies vocales ont accompagné en chansons la destinée d’un pays malmené par des choix politiques insensés et par une ségrégation féroce dont les stigmates restent palpables aujourd’hui. Le but du Thanda Choir est donc de chercher l’apaisement à travers des mots choisis et des notes inspirées. « Beaucoup de gens pensent encore que la politique sud-africaine est très instable mais nous ne voulons pas que cette image caricaturale nous détourne de notre but initial. Mandela s’est battu pour nous pendant des décennies et il est de notre devoir de montrer au monde entier que nous sommes un peuple libre. Notre pays n’est pas aussi divisé qu’on le dit. Nous nous soutenons les uns les autres, quelles que soient nos ethnies et nos traditions. Dans toutes les disciplines, le sport, l’art, la musique, nous cherchons à montrer l’unité du pays ». (Siviwé Nkozombi au micro de Joe Farmer)
La musique est certainement un vecteur de transmission paisible du savoir, de la connaissance et des émotions. Ressentir physiquement le message d’un interprète est possible tant que sa voix est entendue. Longtemps, l’apartheid a muselé les artistes. L’exil était la seule solution pour tenter d’exposer sa culture au-delà des frontières sud-africaines. Cet ostracisme a bâillonné un peuple pendant des décennies. L’élection de Nelson Mandela à la tête du pays en 1994 a certainement permis une ouverture démocratique mais il fallut du temps pour pouvoir savourer les trésors artistiques de cette contrée lointaine. Aujourd’hui encore, les traditions sud-africaines restent à explorer. « Le monde entier doit encore apprendre de nos traditions. Il existe beaucoup de cultures différentes en Afrique du Sud. C’est la raison pour laquelle nous essayons de montrer, à travers nos chants, la diversité de notre pays natal. Nous cherchons à faire entrer le public dans notre univers, lui donner une perspective différente à travers la musique. Nous montrons donc aux spectateurs la manière dont nous chantons, la manière dont nous dansons, afin de donner une meilleure visibilité de notre patrimoine ancestral à travers la musique ». (Zinziwé Mazotsho sur RFI)
Nul doute que les voix scintillantes du Thanda Choir révéleront progressivement les richesses musicales sud-africaines à l’échelle internationale. Le documentaire de Jack Zakrajsek et Jordan Wollman, qui leur est consacré, contribuera à donner une meilleure lecture d’une épopée, celle de jeunes gens, symboles d’une Afrique du Sud vivante, vivace et vivifiante !
►The Thanda Choir : Official documentary teaser.
Titres diffusés cette semaine :
- « Mbube » par les Ladysmith Black Mambazo (1994)
- « Ingqumbo » par le Thanda Choir (Session privée à Coutances, le 11 mai 2026)
- « Shosholoza » par les Ladysmith Black Mambazo (1999)
- « Uthando » par le Thanda Choir (Session privée à Coutances, le 11 mai 2026)
- « Pata Pata » par Miriam Makeba (1967).
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Lorsqu’en 2020, nous découvrions le premier album personnel du fantastique guitariste français, Kubix, nous percevions immédiatement son lyrisme, son implication et son intention. Six ans plus tard, le propos de ce véritable virtuose s’est encore affiné. Music Activist n’est pas qu’un manifeste contre les dérives d’un monde en tourment, c’est un appel à croire en l’avenir. La philosophie musicale du reggae sous-tend l’engagement artistique et citoyen de cet instrumentiste éclairé qu’il nous fallait rencontrer.
Depuis de nombreuses années, Xavier « Kubix » Bègue fait scintiller sa guitare au contact des grandes figures internationales du reggae. Ses ornementations mélodieuses ont dignement servi le répertoire d’artistes aussi divers que Lee « Scratch » Perry, Alpha Blondy, Clinton Fearon ou Harrison Stafford, le leader de Groundation. S’il connaît parfaitement l’idiome jamaïcain, il ne veut pas pour autant se laisser enfermer dans un registre musical exclusif. Amateur de jazz, il cite volontiers parmi ses héros, George Benson, Wes Montgomery ou Kenny Burrell. Kubix a plus d’une source d’inspiration dans ses doigts agiles. Le guitariste David Gilmour, pilier du groupe Pink Floyd, le fait également vibrer et nourrit ses propres compositions. Comme Ernest Ranglin et Monty Alexander avant lui, la diversité des couleurs sonores guide sa créativité.
La musique a mille et une vertus. Elle peut réconforter, enthousiasmer, mobiliser, questionner et, parfois, accompagner la poésie de grands orateurs. Le 10 décembre 1957, Albert Camus reçut le prix Nobel de littérature. Il prononça ce jour-là un discours historique à Stockholm, en Suède, lors d’une cérémonie fastueuse. Ses mots choisis résonnent encore avec force au XXIè siècle : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ». Frappé par le poids de cette déclaration, Kubix eut le désir de mettre en musique ce texte lu avec conviction, il y a 60 ans, par un homme libre. « 1957 » est une composition audacieuse qui scande la voix posée d’un auteur majeur dont les œuvres méritent d’être redécouvertes par une nouvelle génération d’auditeurs et de lecteurs. La pensée de Kubix est louable en ces temps de défiance généralisée. La famille d’Albert Camus a non seulement autorisé cet emprunt judicieux mais a même sollicité le guitariste pour d’autres prestations dans l’avenir.
Music Activist est donc un disque utile qui défend une vision altruiste du monde et virevolte sur les différentes tonalités de notre époque sans qu’elles paraissent désuètes. Le Ska, le Jazz, le Reggae, fusionnent joyeusement et, même si Kubix reconnaît volontiers s’enticher de genres musicaux d’antan, son toucher reste très actuel et vivifiant. « Naître en 1946 m’aurait permis de voir l’évolution de grands courants artistiques », nous a-t-il confié avec un sourire amusé. Qu’importe cette propension nostalgique que nous avons finalement en chacun de nous tant que la pertinence du propos saute aux oreilles.
► Kubix feat. Albert Camus - 1957 [Official video]
Titres diffusés cette semaine :
« Darkness & Light » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music) « 1957 » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music) « While My Guitar Gently Weeps » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music) « Stress Less » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music) « Early Morning » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music). -
Tout au long de sa vie, le pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim a cherché la sérénité. Son enfance bousculée par un apartheid cruel guidera son développement artistique et personnel vers une quête de liberté irrépressible. Les plus fins musicologues ont souvent tenté de décrire sa musicalité, pétrie de swing américain, de lyrisme européen et de traditions africaines ancestrales, mais la vérité était ailleurs. Elle s’exprimait à chacune de ses prestations, sur l’instant, car vivre intensément le présent était un acte de résilience.
S’agissait-il d’une forme d’activisme ? Abdullah Ibrahim préférait s’en remettre à la spiritualité de la musique. Trouver la paix intérieure supposait une discipline et une introspection que ses doigts sur le piano révélaient constamment. « Le processus créatif est quelque chose qui est souvent mal compris. Dans les traditions africaines, faire de la musique, c’est être en communication avec soi-même et avec l’univers. Sur le continent africain, nous ne définissons pas ce que nous faisons. D’autres s’en chargent éhontément et décrètent que nous jouons du jazz, de la musique classique ou de la musique africaine. Soyons clairs, les peuples d’Afrique ne jouent pas de la musique « africaine » ! Ils jouent de la musique ! Les Japonais ne font pas de la musique « japonaise », ils font de la musique ! On pose beaucoup trop d’étiquettes sur les différentes formes d’expression planétaires. Dans les traditions africaines, il y a les musiques que l’on interprète en public et d’autres formes musicales que vous n’entendrez jamais car elles nous sont très personnelles. Comment voulez-vous qualifier ces types de musique-là ? Ce sont vos maîtres, vos guides, qui insufflent en vous cet univers sonore spirituel. Pour moi, il n’y a qu’un son, tout le reste n’est qu’un écho. Par conséquent, quoi que vous jouiez, et même si vous pensez être profondément inspirés par Debussy, Ravel ou Chopin, vous n’êtes qu’un étudiant. J’ai personnellement passé beaucoup de temps durant ma jeunesse à travailler sur ce que l’on appelle « L’American songbook », c’est-à-dire la musique populaire américaine. Je connaissais même, par cœur, les paroles des chansons. J’écoutais aussi les pianistes de boogie boogie et un pianiste jazz nommé Herbie Nichols. De plus, j’avais à ma disposition toute la culture sud-africaine et toutes les formes d’expression régionales de mon pays, y compris les langues locales. Je me suis nourri de toute cette diversité mais je restais un étudiant ». (Abdullah Ibrahim au micro de Joe Farmer - janvier 2022)
L’humilité confondante avec laquelle Abdullah Ibrahim évoquait son apprentissage perpétuel n’avait d’égale que sa maestria. Encensé à l’échelle planétaire, il conservait pourtant cette attitude modeste certainement héritée d’une culture sud-africaine enracinée dans son être tout entier. Contemporain des grandes légendes du jazz, il n’en tirait aucune gloire et préférait laisser les commentateurs hisser sa notoriété au rang de ses homologues. « Rencontrer Ellington a la même importance que le fait de vous rencontrer car, dans les traditions africaines, un personnage comme Duke Ellington n’est pas, à nos yeux, un… Américain. Il est plutôt perçu comme un vieil homme sage, le chef du village en quelque sorte à qui l’on s’adresse lorsque l’on a un problème. Billy Strayhorn et Duke Ellington, sans oublier Thelonious Monk, sont les chefs du village. Nous ne nous intéressons pas aux nationalités des gens que nous rencontrons. Cela fait 65 ans que j’étudie les arts martiaux traditionnels japonais et j’ai compris que les nationalités n’ont pas d’importance car le son est une vibration universelle. Il faut rester humble et accepter l’anonymat. Je vous dis cela car lorsque vous écoutez la musique de John Coltrane, de Duke Ellington et, surtout, quand vous les rencontrez, vous réalisez qu’ils ne parlent pas de musique. J’étais terrifié à l’idée de converser avec des personnalités dotées d’un tel savoir mais j’avais tort. Quand j’ai rencontré Thelonious Monk pour la première fois, je lui ai dit : « Merci de nous avoir inspiré ! ». Il m’a observé quelques instants avec ce regard étrange et m’a répondu : « Vous êtes le premier à me tenir de tels propos ». J’ai alors réalisé que tout ce que l’on disait de Monk, toutes les critiques concernant son jeu si particulier, sa personnalité iconoclaste, n’étaient pas fondées. Lorsque je vivais en Afrique du Sud, j’avais perçu sans préjugés la maestria et l’identité de ce pianiste. La musique ne doit pas être un art compliqué. Ce doit être une forme d’expression accessible même pour un enfant. Ce sont nous, les adultes, qui compliquons les choses ». (Abdullah Ibrahim dans « L’épopée des Musiques Noires » sur RFI)
Abdullah Ibrahim est parti discrètement le 15 juin 2026 à l’âge de 91 ans. L’écho de sa disparition sera certainement beaucoup plus bruyant qu’il ne l’aurait souhaité. Sachons nous souvenir dans un silence respectueux de sa virtuosité délicate quand il laissait simplement parler son âme.
Titres diffusés cette semaine :
- « Excursions » par Abdullah Ibrahim extrait de Cape Town Flowers
- « In Tempo » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
- « Once upon a midnight » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
- « Signal on the hill » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
- « Thaba Bhosigo » par Abdullah Ibrahim extrait de African Magic.
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Écrire une biographie du groupe de funk américain « Earth Wind & Fire » est un sacré challenge car le rôle prégnant de son fondateur occupe nécessairement une place centrale du récit. C’est pourtant l’exercice auquel s’est livré Belkacem Meziane, conférencier et auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux musiques populaires afro-américaines. 10 ans après la disparition de Maurice White, il évoque pour nous une épopée beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît…
Si l’on connaît aujourd’hui les grands classiques du groupe Earth, Wind & Fire, « Let’s groove », « Fantasy », « September », « Shining Star » ou « Boogie Wonderland », il serait peu courtois de réduire cette formation historique à ces quelques standards incontournables. Derrière les ritournelles scintillantes de cet orchestre légendaire, originaire de Chicago, il y a la ténacité d’un homme qui, curieusement, ne cherchait pas initialement le feu des projecteurs. Maurice White, disparu le 4 février 2016 à 74 ans, fut l’artisan méticuleux d’un succès qui le dépassera certainement. Batteur, compositeur, chanteur, producteur, il bâtira pas à pas un édifice artistique et financier redoutablement efficace.
Lorsque le groupe Earth Wind & Fire voit le jour au tournant des années 70, le mouvement psychédélique transforme l’univers sonore dans lequel évolue une jeunesse américaine de plus en plus attachée au respect des valeurs humaines. L’art en général, et la musique en particulier, épousent cette idéologie naïvement progressiste. La créativité débridée des artistes accompagne les revendications sociales et l’utopie d’un monde plus juste. Le guitariste Al McKay se souvient de l’humeur du groupe à cette période précise : « Nous étions un groupe "Peace and Love". Notre message était simple : essayons de vivre ensemble dans l'harmonie. Nous voulions juste produire une musique qui touche le cœur de nos fans. Nous cherchions la paix intérieure et, en aucun cas, la rébellion. Nous n'appelions pas au meurtre, au saccage, à la violence. Moi, je voulais que le monde entier ne fasse plus qu'un. Je voulais que nous nous comprenions tous. Je ne comprenais pas que l'on puisse blesser son prochain, spirituellement, politiquement ou physiquement. Donc, je le répète, nous étions un groupe "Peace and Love". Ça peut paraître un peu puéril et désuet aujourd'hui mais c'était notre credo ». (Al McKay au micro de Joe Farmer)
À partir de 1975, le répertoire d’Earth Wind & Fire évolue. La production, les arrangements, la musicalité plus pop, l’intention générationnelle, touchent une plus large audience. Le groupe ne s’adresse plus seulement au public afro-américain. Les choix de Maurice White font mouche et installent durablement son orchestre dans un environnement musical en vogue. Les concerts se multiplient, les foules grossissent, les tournées visent l’enjeu international. Le temps de la renommée est venu et consolidera la réputation funk d’un big band imparable. Plus de 50 ans après sa naissance, Earth Wind & Fire reste le marqueur indélébile d’une époque insouciante et d’une incontestable matrice musicale. Belkacem Meziane plonge dans la bande son de nos souvenirs que son livre biographique ravive avec force et une pointe de nostalgie.
⇒ Earth wind and fire, aux éditions Le mot et le reste
⇒ Site internet Earth wind and fire
⇒ Vidéo Earth wind and fire sur HBO max.
Titres diffusés cette semaine :
- « Shining Star » par Earth Wind & Fire extrait de That’s the way of the world (1975)
- « Remember the children » par Earth Wind & Fire extrait de Last days and time (1972)
- « Mighty Mighty » par Earth Wind & Fire extrait de Open your eyes (1974)
- « Getaway » par Earth Wind & Fire extrait de Live in Rio (1980).
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Il faut croire que l’association d’un pianiste et d’un batteur nourrit l’inspiration des instrumentistes d’aujourd’hui. Après l’album LeNo du duo Leonardo Montana/Arnaud Dolmen, paru en 2024, le pianiste Hervé Celcal dialogue à son tour avec un batteur de grand talent, l’incroyable Tilo Bertholo. Le fruit de cette conversation mélodieusement percussive s’appelle Ti Piman et sera présenté au public parisien le 10 juin 2026 au Sunset-Sunside.
Lorsqu’on parle de patrimoine, on évoque souvent l’histoire, les traditions. La Martinique est un territoire dont on ressent à chaque instant la créolité ancestrale. La musique est certainement l’expression de cette essence métisse, mais il serait injuste de réduire la destinée d’une population ultramarine à ce seul idiome. Dans chacun de ses albums, Hervé Celcal soumet à notre curiosité des repères socio-culturels tout aussi vivaces et essentiels. La cuisine antillaise, par exemple, semble nourrir son inspiration. Déjà en 2018, son album Colombo jouait avec les saveurs d’un plat totémique. Ti Piman ajoute une pincée d’épices à son répertoire toujours plus goûtu. Qu’on ne s’y trompe cependant pas, l’intention n’est pas si anecdotique. Les piments qui relèvent la recette musicale du chef d’orchestre révèlent aussi des prises de position limpides.
Dans un monde pétri de doutes, bousculé par des confrontations insensées, malmené par des gouvernances hasardeuses, Hervé Celcal oppose le sourire, la résistance joyeuse et l’espoir d’un avenir radieux. Ti Piman nous invite à goûter au sel de la vie. Avec son complice Tilo Bertholo, il donne du rythme à notre existence. Le Bèlè est évidemment au cœur de ce disque généreux mais le jazz américain et les harmonies classiques européennes mâtinent cette proposition artistique d’un swing universel irrésistible. Il faut dire que nos deux compères ont maintes fois prouvé leur excellence en magnifiant les œuvres de leurs contemporains. De Mario Canonge à Richard Payne, de Michel Alibo à Sly Johnson, de Ballou Canta à Caroline Faber, ils ont tous deux brillamment exercé leur art avec talent et humilité.
Très sollicités, Hervé Celcal et Tilo Bertholo sont constamment sur la route. Les applaudir sur une même scène pour un projet commun est un petit événement dont il faudra savourer le lyrisme cadencé. Ce moment pimenté aura lieu à Paris, capitale de la gastronomie mondiale dont les effluves et les senteurs multicolores deviennent les ornementations d’une prestation très attendue. Rendez-vous le 10 juin 2026 au cœur de la ville lumière.
⇒ Hervé Celcal et Tilo Bertholo au Sunset Sunside
⇒ Le site d'Hervé Celcal
⇒ Facebook de Tilo Bertholo.
Titres diffusés cette semaine :
- « Smile » par Hervé Celcal et Tilo Bertholo extrait de Ti Piman
- « Guèryé Guèryèz » par Hervé Celcal et Tilo Bertholo extrait de Ti Piman
- « Nice Day » par Hervé Celcal et Tilo Bertholo extrait de Ti Piman
- « Voilà » par Hervé Celcal et Tilo Bertholo extrait de Ti Piman.
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Le saxophoniste américain Sonny Rollins s’est éteint le 25 mai 2026 à l’âge de 95 ans. Dernier grand représentant d’une génération de créateurs uniques, il a épousé les soubresauts stylistiques du jazz sans trahir sa musicalité délicatement fougueuse héritée de ses illustres prédécesseurs, Coleman Hawkins et Lester Young. Son imposante prestance et sa liberté d’expression le hissent aujourd’hui au rang des légendes du siècle.
Lorsque l’on interrogeait Sonny Rollins sur sa destinée, son humilité jaillissait comme un rempart à une notoriété qu’il ne voulait pas embrasser. Plongé dans une pratique intense de son art, il préférait dédier sa virtuosité au public qui l’acclamait. Un concert de Sonny Rollins était toujours une expérience inédite, une invitation à l’accompagner dans une transe sensorielle que ses balancements corporels frénétiques révélaient. Un solo de Sonny Rollins pouvait être incandescent, soyeux, frondeur, ensorcelant. De décennie en décennie, son jeu majestueusement redoutable a fasciné ses plus fervents admirateurs sans perdre sa pertinence et son originalité.
Les révolutions musicales, les modes, les tendances, les idiomes furent ses alliés pour développer une identité constante et parfaitement lisible. Il y eut des moments de doute, de remise en question, de quête personnelle, mais ces instants de réflexion ne furent jamais des renoncements. Si l’année 1956 restera comme l’étape majeure d’une boulimie productive, elle ne doit pas éluder l’ensemble d’une aventure humaine hors normes. Sonny Rollins a traversé le temps avec aplomb en bravant les obstacles les uns après les autres. Longtemps, il crut à la force spirituelle de la musique dont les bienfaits devaient apaiser une planète en souffrance. Au crépuscule de sa vie, il reconnaissait que ce désir sincère n’était qu’un vœu pieux.
Son regard sur le monde était tristement lucide. Dès 1958, à travers sa « Freedom Suite », il rappelait que le sort réservé aux Afro-Américains par une société profondément raciste était d’une patente absurdité : « L'Amérique est profondément enracinée dans la culture noire : son langage familier, son humour, sa musique. Quelle ironie que le Noir, qui plus que tout autre peut revendiquer la culture américaine comme la sienne, soit persécuté et réprimé ; que le Noir, qui a incarné l'humanité par son existence même, soit récompensé par l'inhumanité ». Derrière ces mots simples mais si puissants, une colère grondait. Son saxophone hurlait des notes que sa frustration ne pouvait réprimer.
Comme tous les esprits vifs, Sonny Rollins ne cherchait pas à s’auto-célébrer. La nostalgie ne lui seyait guère. Trop de sombres nuages avaient déséquilibré sa quiétude. Alors, il regardait constamment vers l’avenir et montrait une vraie gourmandise pour les avancées technologiques qui devaient servir la musique. Il avait conscience de ne pouvoir assister aux transformations enthousiasmantes du XXIè siècle mais il faisait la promesse d’un futur plus radieux : « En dehors de ma passion pour le sax, je m’intéresse beaucoup au multimédia. Il y a là une révolution dans la manière de traiter le son qui se poursuivra bien après ma mort. Je souhaite seulement que l’essence du jazz parviendra à se frayer un chemin à travers toutes ces nouvelles sonorités. J'espère que, dans l'avenir, le pouvoir créatif de l'homme subsistera et sera aussi puissant en 2050 qu'aujourd'hui. Ce pouvoir intime est trop attaché à l'âme humaine pour disparaître. Je ne sais pas quelle forme cela prendra mais je suis certain que cette force, que chaque être humain a en lui, résistera, et ce, quel que soit le type de musique ». (Sonny Rollins au micro de Joe Farmer)
Sonny Rollins nous coupait le souffle tant sa maestria impressionnait. Aujourd’hui, son âme nous souffle des mots de remerciements et de respect éternel.
⇒ Le site de Sonny Rollins.
Programmation musicale :
- « In a sentimental mood » par Sonny Rollins extrait de Road Shows - Vol 4
- « Saint Thomas » par Sonny Rollins extrait de Saxophone Colossus
- « Beef Stew » par Hal Singer extrait de Corn Bread – The Hal Singer Collection 1948–59
- « More than you know » par Sonny Rollins extrait de Moving out
- « Down » par Miles Davis (Feat. Sonny Rollins) extrait Miles Davis and Horns
- « Almost like being in love » par Sonny Rollins extrait de Sonny Rollins with the MJQ
- « Pantajali » par Sonny Rollins extrait de Road Shows - Vol 3
- « Biji » par Sonny Rollins extrait de Milestone Profiles
- « Global Warming » par Sonny Rollins extrait de Global Warming
- « The Moon of Manakoora » par Sonny Rollins extrait de Milestone Profiles
- « Young Roy » par Sonny Rollins extrait de Here’s to the people
- « I wish I knew » par Sonny Rollins extrait de Here’s to the people
- « Now’s the time » par Sonny Rollins extrait de Now’s the time
- « Best Wishes » par Sonny Rollins extrait de Road Shows - Vol 1
- « On green dolphin street » par Sonny Rollins extrait de On Impulse
- « Solo » par Sonny Rollins extrait de Without a Song - The 9/11 concert
- « Don’t stop the carnival » par Sonny Rollins extrait de Without a song - The 09/11 concert
- « The night has a thousand eyes » par Sonny Rollins extrait de What’s new.
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Le 26 mai 1926, le trompettiste américain Miles Davis voyait le jour. 100 ans plus tard, son aura continue d’inspirer ses héritiers et ses contemporains. Véritable caméléon, il avait su flairer les modes, les tendances, les volte-faces culturelles de son époque. Du Be Bop au Hip Hop, il fut de toutes les révolutions. Son épopée a été souvent contée mais certaines facettes du personnage restèrent confidentielles. Seuls ses proches connaissaient le vrai visage du maestro. Nous les écoutons cette semaine…
En cette année 2026, nous entrons de plain-pied dans le centenaire du jazz. Certes, avant 1926, des musiciens de renom avaient déjà insufflé un swing particulier à la musique populaire afro-américaine, notamment Louis Armstrong, King Oliver ou Jelly Roll Morton, mais 1926 marque la naissance d’une génération d’instrumentistes qui marqueront le XXè siècle : Ray Brown, Randy Weston, Lou Donaldson, Jimmy Woode, Jimmy Heath, John Coltrane, etc. L’un des plus flamboyants, imprévisibles et intrépides, fut donc Miles Davis. Ce brillant trompettiste naquit à Alton dans l’Illinois aux États-Unis il y a 100 ans et devint la figure de proue d’un jazz libre qui, de décennie en décennie, défia les normes et les conventions.
Dès les années 50, son audace surprend et interroge ses aînés. Le principal talent de Miles Davis est de réunir les virtuoses qui sauront magnifier son répertoire. Entouré de vraies personnalités, le maestro devance l’air du temps. Nombre de solistes lui doivent leur notoriété. Le pianiste Herbie Hancock reconnaît volontiers que son dialogue musical avec le chef d’orchestre a façonné ses propres choix artistiques. « Il eût une influence énorme sur moi et sur le groupe auquel j’ai participé de 1963 à 1968. Je pense que notre camaraderie a dirigé, même transformé, toute la musique que j’ai produite depuis. Il représente la base de ce que je suis aujourd’hui ! L’hommage que nous lui avions rendu, peu de temps après sa mort, avec Tony Williams, Wayne Shorter, Ron Carter et Wallace Roney, fut un moment très émouvant. Nous avions mis sur pied une tournée de 5 mois et demi, la plus longue de ma carrière, une tournée mondiale. Quel plaisir ce fut de jouer à nouveau avec ces musiciens fantastiques. Wallace Roney était le dernier arrivé, il prenait la place de Miles à la trompette. C’était comme une réunion d’anciens amis animés par la même complicité ». (Herbie Hancock au micro de Joe Farmer)
À la fin des années 60, Miles Davis regarde déjà ailleurs. Une nouvelle décennie s’annonce, il sent le vent tourner, les goûts du public évoluer, le paysage musical se transformer. Le mouvement psychédélique s’affirme, le rock, le funk, la soul-music, deviennent des formes d’expression plus politiques. L’heure est à l’engagement citoyen. La jeunesse refuse le diktat des autorités alors que la guerre du Vietnam voit l’administration américaine s’embourber dans des combats sans fin. L’appel à la liberté et à la justice devient le maître mot et la musique en est l’écho vibrant. Miles Davis se lance alors dans des expérimentations sonores audacieuses aux limites du free jazz électrique et se noie simultanément dans des excès de substances prohibées et fort décapantes. À la fin des années 70, il décroche ! Sa santé accuse le coup de ce tourbillon créatif boosté par une consommation de produits illicites et très nocifs. Il disparaîtra pendant cinq ans, le temps de se requinquer et de retrouver le goût de l’inventivité. Au début des années 80, Miles Davis, remis de ses déboires personnels, défie les puristes du jazz en s’amusant avec le répertoire pop de ses contemporains. Il joue avec les œuvres des artistes en vogue, Michael Jackson, Cindy Lauper ou Tina Turner.
Miles Davis fut l’un des plus aventureux virtuoses de « L’épopée des Musiques Noires ». Le 28 septembre 1991, il disparaît à l’âge de 65 ans. Le poète, auteur et pédagogue américain, Quincy Troupe, publie alors un ouvrage qui fera date. Miles & Me révélera l’intimité d’un personnage flamboyant qu’il eut le privilège de côtoyer suffisamment longtemps pour en dévoiler la part d’ombre. Les tractations furent intenses pour apaiser les réticences de la famille Davis, assez peu enthousiaste à l’idée de montrer un visage méconnu du grand artiste. « C’était une personne très secrète. En dehors de sa famille, rares sont ceux qui ont connu le vrai Miles. Ma femme et moi avons été autorisés à entrer dans son cercle d’amis proches. J’ai découvert ainsi ses faiblesses, son humour, sa nature humaine assez fragile. On a passé beaucoup de temps ensemble, c’est pourquoi j’affirme qu’il pouvait être généreux, et le lendemain totalement insupportable !!! Petit à petit, j’avais appris à maîtriser ses humeurs. La plupart des gens avaient peur de lui, ses musiciens, ses managers, tout le monde le craignait mais je ne me laissais pas impressionner, ma femme non plus d’ailleurs. Quand il m’agaçait, j’osais lui répondre sèchement. Il me lançait un regard noir mais je pense qu’il appréciait cette honnêteté, il pouvait avoir une relation normale avec moi… ». (Quincy Troupe sur RFI en 2009)
Plutôt que de conserver jalousement ses souvenirs dans son esprit, Quincy Troupe a choisi de les partager pour que notre perception du personnage ne soit plus jamais tronquée. Cette forme de générosité lui a coûté cher, mais quel beau geste quand l’intention première est de dire la vérité et de donner une lecture complète d’une destinée exceptionnelle.
⇒ Miles Davis.
Quelques concerts-hommage :
- Hommage à Miles Davis au Sunset Sunside
- Kind of blue avec les blakettes - Sunset Sunside
- Miles & John au New Morning le 28 mai 2026
- Miles à Paris - Le Bal Blomet, 26 mai 2026
- Miles Davis - John Coltrane celebration - Terence Blanchard & Ravi Coltrane, le 29 juin 2026 au Grand Rex
- Jazz à Vienne, Marcus Miller, Terence Blanchard & Ravi Coltrane
- Herbie Hancock celebrates Miles Davis - Hollywood Bowl
- 100 Miles for Miles Davis, au New Morning, le 20 novembre 2026.
Quelques rééditions :
- Ascenseur pour l'échafaud, Decca
- Birth of cool, Blue Note
- The-complete-plugged-nickel-live-1965-coffret cd, Sony Music.
Quelques lectures :
- Miles Davis, du Bebop au Hip-Hop
- Miles Davis, nouvelle édition, Le Mot et le Reste.
Quelques nouveautés :
- Jason Miles - 100 Miles for Miles Davis
- Site de Jultrane.
Titres diffusés cette semaine :
- « New Rhumba » par Miles Davis extrait de Miles Ahead (1957)
- « Petits Machins » par Miles Davis extrait de Filles de Kilimanjaro (1969)
- « If I Were a Bell » par Miles Davis extrait de Miles in Tokyo (1964)
- « Madness » par Miles Davis extrait de Nefertiti (1968)
- « Circle » par Miles Davis extrait de Miles Smiles (1967)
- « Human Nature » par Miles Davis extrait de Live around the World (1988)
- « Mr Pastorius » par Miles Davis extrait de Amandla (1989)
- « Blues for Pablo » par Miles Davis extrait de Miles Ahead (1957).
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Depuis plus de 20 ans, la fille du regretté bluesman Johnny « Clyde » Copeland a affirmé sa place dans l’univers des musiques populaires afro-américaines. Sa voix puissante et chaleureuse résonne sur les scènes internationales, ses albums ont été maintes fois primés aux États-Unis, ses prestations ont toujours été saluées par ses nombreux admirateurs. Shemekia Copeland, marraine de notre émission en 2002, est devenue une icône. Le 12 mai 2026, le festival « Jazz sous les pommiers » la conviait à Coutances en Normandie pour une date unique en France et nous y étions…
La soirée que les organisateurs de ce rendez-vous printanier annuel avaient concoctée pour les amateurs de blues authentique fut scintillante. La mise en bouche fut fort goûtue car la jeune Delanie Pickering a le don de jouer avec les contrastes et les couleurs sonores. Son éclectisme lui permet de nourrir son jeu guitaristique d’accents électriques convaincants hérités du Chicago Blues que ses aînés ont forgé au fil des décennies. Timide hors de scène, cette jeune femme s’affirme totalement sur scène. Avec l’humilité qui sied aux grands artistes, elle sait captiver son audience et les spectateurs avertis en furent convaincus à l’issue de sa prestation.
Certes, les fidèles du festival attendaient surtout et avec impatience le moment de savourer la voix puissante et chaleureuse de Shemekia Copeland. Ces dernières années, son engagement artistique sincère s’est doublé d’un activisme musical indiscutable. Si son dernier album, Blame it on eve, n’est pas aussi frondeur que les trois disques précédents (America’s child, Uncivil War et Done come too far), il faut savoir lire entre les lignes et déceler le propos de cette femme de caractère que la maternité semble avoir transformé. Son rôle de mère lui impose des responsabilités évidentes et sa lecture du monde actuel est d’autant plus vigilante. Elle le reconnaît elle-même dans « Tough Mother », elle a désormais du répondant. Ses parents ne sont plus de ce monde, elle doit à présent se comporter en adulte. Ce constat la pousse à prendre le taureau par les cornes alors que la tension sociale, notamment aux États-Unis où elle vit, inquiète la population.
En concert, Shemekia Copeland délivre avec ferveur des messages que les oreilles les plus affûtées savent décoder. Elle épouse progressivement la posture de narratrice que ses ancêtres ont développé pendant des siècles. Elle raconte, certes, l’épopée du peuple noir mais veut dépasser les poncifs éculés et tend la main aux humanistes de toutes origines. En interprétant, par exemple, l’histoire de Rufus « Tee Tot » Payne, elle revitalise le sentiment de générosité présent en chacun de nous car ce brave homme, né en Alabama en 1883, avait défié la ségrégation en apprenant au futur roi de la country, Hank Williams, à jouer le blues. Cet échange entre deux citoyens américains, que la société d’alors tentait d’opposer à cause de la couleur de leur peau, a inspiré une chanson que Shemekia Copeland nous invite à méditer. Lorsque nous l’avions rencontrée pour la première fois en 2002, nous n’imaginions pas que la jeune femme de 23 ans qui s’exprimait à notre micro parviendrait tant à nous émouvoir. Elle est aujourd’hui une artiste reconnue qui a même eu l’honneur de se produire à la Maison Blanche en 2012 à l’invitation du président Obama en présence de B.B King, Buddy Guy et des Rolling Stones. Quel chemin parcouru !
⇒ Shemekia Coppeland
⇒ Le festival Jazz sous les pommiers.
Titres diffusés cette semaine :
« Swing By » par Delanie Pickering (Live à Coutances – 12 mai 2026) « No Equivalency » par Delanie Pickering (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Tough Mother » par Shemekia Copeland (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Ain’t No Time For Hate » par Shemekia Copeland (Live à Coutances – 12 mai 2026) « Hit Em’ Back » par Kenny Wayne Shepherd (Feat. Shemekia Copeland) extrait de “Dirt on my diamonds » -
Installé aux États-Unis pendant 25 ans, le guitariste français Kamil Rustam a joué avec les plus grands noms, de Stevie Wonder à Youssou Ndour, de Manu Katché à Angélique Kidjo… Après des décennies de collaborations éclectiques, le virtuose fait frétiller la Soul music originelle à travers un album palpitant qui rend justice à une époque et à une humeur sonore enracinée dans les années 70. Son nouvel album, Listen Up !, est un cadeau qu’il se fait et qu’il nous fait.
Pour cette nouvelle production, Kamil Rustam a fait appel à des amis de longue date. Leurs noms ne sont pas forcément connus du grand public mais leur talent est indéniable. Ils ont tous prouvé leur valeur à travers le temps et magnifient le répertoire de leur hôte. Contrairement à Cosmopolitain, album instrumental paru en 2017, ce sont des voix rondes et chaleureuses qui bercent nos oreilles en 2026. Billy Valentine, Amy Keys, Eddie Brown, Arnold McCuller, Kudisan Kaï virevoltent sur les compositions du maître d’œuvre et ravivent une tonalité musicale afro-américaine authentique et réconfortante. La cerise sur le gâteau est la relecture inspirée du classique « Let’s stay together » immortalisé en 1971 par le révérend Al Green et revitalisé en 1983 par l’illustre et regrettée Tina Turner.
Pourquoi Kamil Rustam a-t-il choisi de nous plonger dans cet univers sonore spécifique ? Réalise-t-il un rêve de jeunesse ? Suit-il son inspiration débordante ? Il est évident que son savoir-faire, son expérience et son bon goût ont progressivement dessiné les contours de ce disque enthousiasmant. La sève soul jaillit naturellement comme s’il faisait sien le patrimoine de ses camarades de jeu. Rien ne prédestinait pourtant Kamil Rustam à embrasser cette culture héritée d’une épopée si éloignée de sa propre destinée. Né à Amsterdam, il a grandi à Paris et s’est laissé happer par les fulgurances des Beatles, des Rolling Stones, de Pink Floyd et de Jimi Hendrix. Ces piliers de l’histoire du rock ont guidé ses doigts agiles vers la guitare. Le virus de l’interprétation et de la composition l’a saisi et a décidé de son avenir.
À 64 ans, Kamil Rustam est en quête d’un plaisir simple : s’épanouir dans un art qu’il maîtrise et partager cette joie unique au plus grand nombre. Instrumentiste aguerri, il ne cherche pas la performance mais juste le bonheur de transmettre sa passion en toute confiance en compagnie de colistiers fidèles et investis. Le 10 juin 2026, il dévoilera au public parisien le fruit de sa jubilatoire expressivité en livrant une prestation unique au théâtre de l’IA.
⇒ Le théâtre de l'IA
⇒ Le site de Kamil Rustam
⇒ Kamil Rustam - I Wanna Dance (feat Billy Valentine)
⇒ Linktree Kamil Rustam.
Titres diffusés cette semaine :
- « Wanna Dance » par Kamil Rustam (feat. Billy Valentine), extrait de Listen up
- « Wade in the water » par Billy Valentine, extrait de Universal truth
- « Let’s stay together » par Kamil Rustam (feat. Eddie Brown), extrait de Listen up
- « Summer Highway » par Kamil Rustam (feat. Amy Keys), extrait de Listen up.
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Comment la musique peut-elle susciter un éveil, un engagement, une raison d’être ? Lors du 43ème Cully Jazz Festival en Suisse, plusieurs artistes ont souhaité délivrer un message citoyen porté par les valeurs éducatives de l’art. La chanteuse américaine Michelle David a livré une prestation devant des enfants de 4 à 12 ans.
De son côté, la koriste gambienne Sona Jobarteh a insisté sur le développement psychologique utile des jeunes à travers la pratique d’un instrument. Nous étions sur place pour constater les efforts de tous ces bienveillants tuteurs.
Les aléas d’un festival n’entament jamais l’enthousiasme des artistes à se produire devant un public attentif et chaleureux. Cela s’est particulièrement vérifié le 18 avril 2026 quand Michelle David, merveilleuse chanteuse de soul-music, parvint avec une bonne demi-heure de retard à Cully où l’attendaient patiemment quelques dizaines de bambins accompagnés de leurs parents. Ce rendez-vous en pleine après-midi suscita l’engouement de ces jeunes spectateurs peut-être exposés pour la première fois à une performance in vivo. Que retiendront-ils de ce moment de ferveur musicale ? Un vague souvenir ? Un sentiment d’excitation ? Des images gravées à jamais dans leur mémoire ? Il est certain que l’initiative proposée par le Cully Jazz Festival n’est pas vaine et portera ses fruits.
Cette intention fort louable est aussi devenue le sacerdoce de Sona Jobarteh. Cette brillante instrumentiste et chanteuse gambienne consacre sa vie d’artiste à l’élévation spirituelle de la jeunesse. La musique a le pouvoir de mobiliser les consciences, de nourrir l’élan volontaire, de façonner l’esprit critique, de structurer la pensée. « Il faut que les jeunes parviennent à réfléchir différemment, il faut leur apporter notre expérience de la vie et qu’ils comprennent que penser par soi-même est possible. Cela concerne tous les continents pas seulement l’Afrique. Je constate tristement que les jeunes n’ont aucun intérêt pour l’histoire et ne peuvent donc pas inscrire leur pensée dans une compréhension de leur propre cheminement. En ne permettant pas à des jeunes de connaître leur histoire, vous entretenez l’ignorance et cela mène souvent au racisme. Votre état d’esprit est alors totalement pollué par une forme de ségrégation créée par votre manque d’éducation et de connaissance. La peur de l’autre peut mener à des drames irrémédiables. Quand on ne cherche pas à connaître la vérité et que l’on se convainc d’avoir raison, la violence n’est pas loin. Nous devons donc orienter l’esprit de nos jeunes dans la bonne direction. Quand je donne mes cours d’histoire, je ne mésestime pas la colère réprimée qui anime l’esprit de mes étudiants mais je préfère de loin qu’il l’exprime en classe plutôt que dans la rue car, dans cette enceinte scolaire, je peux les guider. Je peux leur expliquer que la meilleure façon de changer le monde n’est pas de tuer son ennemi mais de changer la manière dont les gens pensent. Cela peut se faire sans armes, juste avec des notes de musique ». (Sona Jobarteh au micro de Joe Farmer)
Le concert que donna Sona Jobarteh à Cully, le 18 avril, fut l’occasion de rappeler aux spectateurs que l’éducation musicale est l’un des leviers efficaces de la transmission patrimoniale. Son fils Sidiki Jobarteh, élève de la « Gambia Academy », démontra à travers ses prouesses au balafon que les traditions ancestrales ne sont pas figées dans le passé, conservent un sens moral et une utilité sociale, sont d’une modernité trop souvent mésestimée. Les programmateurs du Cully Jazz Festival l’ont compris et ont été bien inspirés de convier toutes ces étoiles scintillantes à éclairer notre réflexion.
⇒ Cully Jazz Festival
⇒ Michelle David and The True Tones
⇒ Sona Jobarteh.
Titres diffusés cette semaine :
Brothers & Sisters par Michelle David (Live – Cully 2026) Mamamuso par Sona Jobarteh (Live – Cully 2026) Kambengwo par Sona Jobarteh (Feat. Youssou Ndour) Jarabi par Sona Jobarteh (Live – Cully 2026). -
Depuis plus de 40 ans, le Cully Jazz Festival en Suisse promeut un multiculturalisme assumé. L’éclectisme de ce rendez-vous printanier au bord du Lac Léman ne s’est jamais démenti. Du 10 au 18 avril 2026, la 43ème édition n’a pas failli à la règle en accueillant des artistes de tous horizons, de Théo Croker à Fatoumata Diawara, de Michelle David à Anouar Brahem...
Une inclinaison cubaine a notamment orienté nos micros et nos oreilles vers les prestations du duo Roberto Fonseca/Vincent Segal et du toujours surprenant Richard Bona.
Si l’esprit des musiques afro-latines nourrit depuis toujours l’inspiration du bassiste Richard Bona, son album Heritage paru en 2016 en fut une patente confirmation. Depuis l’aventure « Mandekan-Cubano », il y a 10 ans, l’humeur caribéenne de ce virtuose absolu capte notre attention tant l’authenticité de ses interprétations laisse bouche bée. Le 17 avril 2026, sa présence scénique, son humour, ses éclectiques acrobaties vocales et instrumentales ont épaté le public suisse qui ne parvenait pas à le laisser quitter la scène après 90 minutes de plaisir indicible. Richard Bona virevolte dans des univers sonores qu’il maîtrise parfaitement. Il joue avec les spectateurs, entouré d’une équipe de jeunes loups fort talentueux venus des quatre coins de la planète, Madagascar, Italie, France… Du haut de son universalisme assumé, le maestro joue sans malice avec les intonations, les accents sonores, et parvient à unir une foule de curieux et de fans invétérés dans un élan de générosité manifeste. Richard Bona le dit lui-même : il s’ennuie vite ! Alors, pour déjouer la monotonie, il se lance des défis, multiplie les projets, les expériences, les audaces. Sous le grand chapiteau de Cully, sa ferveur était communicative et profondément sincère.
Le lendemain, une proposition musicale plus intimiste ensorcelait les quelques dizaines de privilégiés venus assister, au Temple de Cully, à la prestation de deux incroyables instrumentistes. Là encore, l’intention œcuménique était évidente. Le violoniste français Vincent Segal et le pianiste cubain Roberto Fonseca présentaient le fruit savoureux de leur mélodieuse association. Là encore, le désir de faire tomber les barrières culturelles légitimait ce merveilleux dialogue porté par des notes sensibles et limpides. L’acoustique de ce lieu de recueillement invitait aussi à cet échange entre deux citoyens du monde. Qu’ils soient originellement issus de contrées, dont les traditions pourraient paraître lointaines, ne fut pas un frein à leur hardiesse rythmique et harmonique. Véritables puits de science musicologique, Vincent Segal et Roberto Fonseca n’ont pas d’œillères et savent idéalement créer des passerelles entre plusieurs idiomes hérités de leurs patrimoines ancestraux. Le répertoire de cette « Nuit Suisse à Cully » restituait magistralement la fameuse « Nuit Parisienne à La Havane », dernière production discographique d’un duo envoûtant acclamé à sa juste valeur.
⇒ Le Cully Jazz Festival
⇒ Le site de Richard Bona
⇒ Le site de Roberto Fonseca.
Titres diffusés cette semaine :
« Te Misea » par Richard Bona (Live à Cully 2026) « O Sen Sen Sen » par Richard Bona (Album : Live – Bona makes you sweat) « Rumbo a ti » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane) « Soul Kiss » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Live à Cully 2026) « Nuit parisienne » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane). -
10 ans après sa disparition, le guitariste, chanteur, producteur, acteur, afro-américain, Prince Rogers Nelson, fascine toujours. Combien de temps encore ce trublion du funk, de la soul-music, du jazz, réussira-t-il à susciter l’engouement au-delà de la mort ? Les générations futures garderont-elles en mémoire ses œuvres, ses frasques, son génie créatif ? Ses contemporains peuvent témoigner mais est-ce suffisant pour entretenir la flamme ?
À partir des années 80, Prince a régné sur toute la planète pop à coups de ritournelles minutieusement ciselées et toujours virtuoses. Certains airs sont devenus des tubes mais sont-ils intemporels ? « Purple Rain », par exemple, semble défier les effets dévastateurs d’une époque révolue mais que dire de l’ensemble du répertoire ? Les proches de l’artiste continuent, contre vents et marées, de défendre leur héros au risque de frôler l’idolâtrie. « Il existe peu de musiciens sur cette planète avec lesquels j'ai passé autant de temps qu'avec Prince. Je me contenterais donc de dire ceci… Pour moi, il n'y a eu qu'un seul Prince. Rendez-vous compte, il pouvait tenir un public en haleine pendant deux heures juste avec sa guitare et sa voix ou avec un piano seul. Je ne connais personne capable d'une telle performance. Tant que je n'aurais pas découvert un artiste à la hauteur de Prince, je continuerai à dire qu’il était le meilleur. Certes, certains musiciens sont capables de se produire en solo mais ont-ils le talent et la maestria d'un personnage comme Prince ? J'en doute… En tout cas, à ce jour, pour moi, il n'y a qu'un seul Prince ! ». (Larry Graham au micro de Joe Farmer en juin 2016)
À quoi reconnaît-on un maestro ? Cette interrogation très délicate suppose une étude approfondie de la personnalité du créateur, de ses œuvres et de son héritage patrimonial. Morris Hayes a longtemps été le pianiste et colistier fidèle de Prince. Il a eu le loisir d’observer, de converser et de comprendre son illustre partenaire de scène et de studio. Son regard, bien que révérencieux, est nuancé par les années passées au sein du groupe « New Power Generation » : « La première fois que j’ai vu Prince sur scène, c’était à l’époque de « Purple Rain ». Lorsque j’ai eu le plaisir de le rencontrer, quelques années plus tard, j’ai découvert que Prince avait plusieurs visages. Le premier, c’était celui de « Purple Rain ». Le deuxième, c’était ce perfectionniste avec lequel j’ai eu la chance de répéter. Prince ne voulait faire aucune erreur. Il était intraitable avec ses musiciens et avec lui-même. Il considérait que les spectateurs devaient assister à un spectacle irréprochable. On répétait des journées entières, des nuits entières, pour que nous soyons des instrumentistes à la hauteur de ses espoirs. Il était donc un chef d’orchestre très exigeant. Un autre visage de Prince, c’était le bon camarade blagueur avec qui on pouvait jouer au basket, avec qui on pouvait bavarder pendant des heures. Il avait aussi un visage triste parfois. S’il était de mauvaise humeur ou contrarié, cela rejaillissait sur l’état d’esprit des autres musiciens. Et puis, il y avait le Prince bienveillant. Si vous aviez des problèmes, vous pouviez compter immédiatement sur lui. J’ai donc observé ses différents visages en silence. Chaque jour, je me disais : « Quel prince allons-nous découvrir aujourd’hui ? ». Si le Prince des mauvais jours arrivait en studio, je m’en rendais compte immédiatement et je prévenais les autres musiciens : « Les gars, il va falloir vous armer de patience aujourd’hui… ». (Morris Hayes sur RFI en juillet 2022)
Quoi que l’on retienne de Prince, l’hommage sera toujours appuyé car la rectitude l’emportait sur l’attitude. Ce personnage, haut en couleurs, pouvait être imprévisible et mystérieux mais son exigence et sa rigueur ne souffraient aucune contestation. Disparu le 21 avril 2016 à 57 ans, Prince est entré dans la légende. Comme Miles Davis ou Jimi Hendrix, il a laissé une trace indélébile et ouvert un chemin. Qui saura ou osera l’emprunter ? Le guitariste Thomas Naim s’y essaiera le 21 avril 2026 au Sunset-Sunside à Paris. Serez-vous convaincus ?
⇒ Le site de Prince.
Titres diffusés cette semaine :
«Free» par Prince, Larry Graham, Chaka Khan (Sony Music) «Rest of my life» par Prince (Warner Bros) «Nothing compares to you» par Prince (Warner Bros) «Pop Life» par New Power Generation (Live Marseille 2022) «God Bless America» par New Power Generation (Live Marseille 2022) «Sexy M.F» par Prince (Warner Bros). -
Autrefois, le chanteur Cheikh Ibra Fam circonvoluait dans l’univers du rap. Ses joutes verbales cadencées rythmaient son quotidien jusqu’à l’opportunité de participer à l’aventure d’une formation sénégalaise historique, l’Orchestra Baobab. Cette étape prestigieuse de son épopée le fit instantanément grandir. Il est aujourd’hui un artiste plus aguerri qui affine consciencieusement son répertoire et dévoile une musicalité ciselée. Adouna, son nouvel album, en est une preuve éclatante !
Pour parvenir à une véritable exigence artistique, Cheikh Ibra Fam dut apprendre à canaliser son énergie. La tempérance lui fut inculquée par ses aînés et, notamment, le regretté Balla Sidibé, pilier de l’Orchestra Baobab. Lors de prestations enflammées, le patriarche n’hésitait pas à corriger l’attitude de son jeune partenaire de scène pour que son interprétation mûrisse et le guide vers la sagesse. Progressivement, Cheikh Ibra Fam a apprivoisé le contrôle et la retenue. Adouna est certainement le fruit de ces années de perfectionnement accéléré.
Notons, par ailleurs, que dans la maison familiale résonnaient les voix soul d'Otis Redding, Marvin Gaye, Aretha Franklin mais aussi les accents latins de l’Orquestra Aragón ou de Johnny Pacheco dont les disques rythmaient le quotidien du jeune chanteur en herbe. À cette époque, le répertoire de Bob Marley inspirait également de nombreux instrumentistes et il n’était pas rare que Coly Cissé, l’oncle de Cheikh Ibra Fam, sorte sa guitare acoustique pour revitaliser quelques standards historiques. Cet univers multiculturel nourrissait donc insidieusement l’esprit créatif du petit Cheikh Ibrahima Ousmane Fame.
Les valeurs humaines que défend aujourd’hui ce brillant artiste sont servies par une tonalité pétrie de sources sonores maîtrisées et assumées. Installé sur l’île de La Réunion, Cheikh Ibra Fam continue d’explorer la richesse de contrées lointaines que son âme d’enfant n’aurait pas envisagée. Au contact du Maloya, l’une des formes d’expression matrices de l’océan Indien, il se réinvente et poursuit sa quête de diversité. Il avait d’ailleurs œuvré en 2024 avec la chanteuse Christine Salem pour la reconnaissance de la princesse Naïma, esclave affranchie dont la destinée au XVIIIè siècle narre les affres de l’oppression dans les terres australes.
Qu’il est loin le temps où un fougueux jeune rappeur surnommé « Freestyle » se produisait dans les écoles du Sénégal dans l’espoir de se faire un nom. 20 ans ont passé et l’expérience a joué son rôle. Cheikh Ibra Fam a fait paraître deux albums, Peace in Africa et Adouna, s’est vu honoré d’un prix décerné par l’Académie Charles-Cros en France en 2023 pour sa chanson « Cosaan » et apprivoise désormais le saxophone. Cette évolution prodigieuse est la récompense d’un travail acharné qu’il n’a finalement pas négligé et lui apporte à présent la crédibilité à laquelle il aspire.
⇒ Le site de Cheikh Ibra Fam.
Titres diffusés cette semaine :
« Wahktane » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha music) « The future » par Cheikh Ibra Fam extrait de Peace in Africa (Cumbancha music) « Amoul Solo » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha Music) « Redemption Song » par Bob Marley extrait de Uprising (Island Records) « Oubil Sa Khol » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha music). -
Depuis 15 ans, le batteur et percussionniste guadeloupéen Sonny Troupé façonne un univers sonore qu’il peaufine à chacune de ses brillantes apparitions scéniques et à travers ses fastueuses productions discographiques. Evy Danse reflète parfaitement cette intention artistique dont on perçoit désormais la signature. Dernier volet d’un triptyque entamé en 2013, cet album est un conte dont la poésie lyrique vous ensorcèlera.
Insatiable rythmicien, Sonny Troupé a, de longue date, mis son talent au service de ses contemporains dont Lisa Simone ou le collectif « Black Lives », pour ne citer que ces deux exemples, mais son jeu est aussi l’écho d’une identité qu’il entend imprimer dans ses propres créations. Lorsqu’il fit paraître Voyages et Rêves, au début des années 2010, l’intention était déjà limpide : faire jaillir une culture ancestrale, celui du Gwoka, dans l’universalisme de la musique, hisser l’héritage patrimonial de ses aînés au-delà des limites ultramarines. En convoquant les voix de Bob Marley ou de Martin Luther King, sur ce premier disque, son espoir d’un monde débarrassé de préjugés, de discriminations, de chapelles culturelles, semblait guider son inspiration.
Il confirma brillamment cette volonté farouche d’affirmer un idéal dans Reflets Denses en 2017. Cette deuxième audacieuse invitation à reconsidérer notre définition souvent réductrice de la créolité fut un coup de maître, porté par la frappe mélodieusement incisive d’un sage agitateur. Sonny Troupé, aguerri par des dizaines de prestations à travers la planète, augmentait son quartet d’invités prestigieux, deux saxophonistes émérites, Thomas Koenig et Raphaël Philibert. Que devions-nous comprendre alors ? Que nous disait-il ? Quelles interrogations devions-nous nous poser ? Il faut croire que cette subtile évocation de nos différences et de nos ressemblances continuait d’agiter l’esprit vif de notre trublion.
2026 marque la dernière étape de ce cheminement spirituel qui a mené Sonny Troupé jusqu’à ce désir irrépressible de louer la diversité et l’humanité en chacun de nous. Pourquoi devrions-nous résister aux tentations d’embrasser les traditions de contrées lointaines ? Pourquoi devrions-nous craindre la fusion métisse des mots et des notes ? L’unité est un si joli concept. Pourquoi résister à cette généreuse tentation qui pousse les instrumentistes à s’apprivoiser, se connaître et dialoguer ensemble dans une forme d’espéranto musical ? Sonny Troupé milite depuis longtemps pour que les modes d’expression, les rites et codes, trouvent l’harmonie. En invitant un quatuor à cordes à magnifier son propos, il invite l’auditeur à suivre l’histoire d‘Evy, tout au long d’une vie. Ce personnage-clé n’est peut-être pas qu’une allégorie de notre parcours de vie. À nous de déceler et de nous approprier le message de l’auteur dont le tempo multi-directionnel nous convie à la danse. Laissez-vous prendre par la main le 9 avril 2026 au Studio de l’Ermitage à Paris.
⇒ Le site de Sonny Troupé
⇒ Le site du Studio de l'Ermitage.
Titres diffusés cette semaine :
- « Limyè » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse »
- « An Bwa Matouba » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse »
- « San Mélé » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse »
- « Vibes a Péyi là » par Jocelyn Ménard (Feat. Sonny Troupé) extrait de « Vibes a Péyi là »
- « Evy Danse » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse »
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Le 30 mars 2026, le célèbre pianiste congolais Ray Lema fêtera son 80è anniversaire ! À cette occasion, nous lui donnons « carte blanche » pour concocter le programme de son choix lors de cette émission spéciale. À quelques jours de son concert au Studio de l’Ermitage à Paris où il présentera Passion Congo, son nouvel album réalisé avec le concours d’une formation classique européenne, le maestro révélera une part de sa vérité à travers ses goûts musicaux toujours éclectiques.
Au fil des décennies, Ray Lema a consciencieusement brouillé les pistes pour ne pas se laisser enfermer dans un genre, un idiome, un patrimoine. Sa jeunesse à Kinshasa l’a confronté à une myriade de couleurs sonores dont il se nourrissait sans envisager, alors, qu’elle lui apporterait l’inspiration nécessaire pour se distinguer de ses homologues. Les soubresauts de la vie d’artiste l’ont finalement conduit à se renouveler sans cesse. Le cheminement audacieux de cet universaliste convaincu a inscrit son nom parmi les grands créateurs de notre temps. En duo pianistique ou en grande formation symphonique, Ray Lema exige la rigueur et espère le partage.
Passion Congo traduit cette ouverture d’esprit qui lui permet de jouer avec les codes culturels. La témérité avec laquelle le maître d’œuvre marie les différentes sources de son univers artistique est prodigieuse. L’intention est limpide : créer le dialogue entre les modes d’expression et narrer une épopée aussi riche que virtuose. L’ensemble « Partage », composé de six musiciens italiens, nuance la cadence, patine les harmonies européennes, éveille les saveurs africaines, tandis que le chef d’orchestre laisse parler son âme. À 80 ans, il est temps de suivre son instinct, semble-t-il nous confier…
Le 3 avril 2026, au Studio de L’ermitage à Paris, nous pourrons savourer le fruit de son inventivité débridée et, peut-être aussi, lui souhaiter un merveilleux anniversaire. Les festivités auront débuté à notre micro à l’écoute de ses fulgurances musicales. Merci Ray Lema !
⇒ Ray Lema
Titres diffusés cette semaine :
« Salsa Gombo » par Ray Lema et l’ensemble Partage « Aï Du » par Ali Farka Touré et Ry Cooder « Manic Depression » par Jeff Beck et Seal « Hysteria » par Ray Lema et l’ensemble Partage « Tailleur » Par Franco Luambo « Sonate au clair de lune » de Beethoven par Friedrich Gulda « Partage » par Ray Lema et l’ensemble Partage. -
Acrobate de l’art vocal, Gino Sitson joue avec la musicalité des langues depuis le milieu des années 1990. Après trois décennies de créativité débridée, il prend le temps de se retourner sur le chemin parcouru à travers un livre intitulé « The colors in my head » et un disque nommé VoCe. Depuis son Cameroun natal jusqu’aux scènes américaines, l’épopée de cet artiste inspiré mérite d’être contée.
Pas à pas, Gino Sitson a tracé sa route en ne se détournant jamais de ses convictions artistiques. Certes, cette intégrité farouche fut une épreuve d’endurance dans un monde musical où la facilité l’emporte souvent sur l’exigence et la ténacité mais, depuis 1996, les intonations vocales de cet interprète singulier ont résonné dans notre oreille au point d’y imprimer des ritournelles fameuses comme « Makalapati » ou « Suite for John ». Au-delà de cet indéniable talent mélodieux, Gino Sitson a toujours montré un goût pour les croisements culturels. Ces dernières années, les Caraïbes l’ont passionné et, plus précisément, le Gwoka de Guadeloupe. Cette propension à s’immerger dans les idiomes de ses contemporains n’est pas feinte. Son ouverture d’esprit le pousse irrémédiablement à étudier, analyser, comprendre les modes de communication. Sa science musicologique nourrit ses différents ouvrages mais aussi son irrésistible expressivité.
Cet insatiable chercheur est curieux de tout. Après avoir apprivoisé quelques accents autochtones, il lui fallait tendre la main à une culture académique tout aussi riche et passionnante. La musique classique est un art à part entière qui requiert beaucoup de maîtrise et de précision. Indécrottable universaliste, Gino Sitson ne pouvait se soustraire à ce vocabulaire harmonieux dont son répertoire se délecte depuis plusieurs années. VoiStrings, Echo Chamber et aujourd’hui VoCe font appel à la symphonie des cordes, des violons et des violoncelles. Cette approche généreuse d’un vaste patrimoine a magnifié les œuvres de cet interprète dont l’imprévisible lyrisme nous enchante depuis 30 ans.
Gino Sitson pourrait s’enorgueillir d’avoir créé un idiolecte mais il préfère conserver son statut d’éternel étudiant et, sans fanfaronner, transmettre son savoir à travers la pédagogie spectaculaire de ses prestations. VoCe est certainement le plus éclatant reflet de sa personnalité plurielle et pluridisciplinaire. Ce disque, pétri de sources multicolores (africaines, cubaines, européennes), fera date et accompagnera avec pertinence votre découverte du livre biographique « The colors in my head », bref survol d’une destinée qui n’est pas écrite… Elle est chantée !
⇒ Le site de Gino Sitson.
Titres diffusés cette semaine :
« Boh » par Gino Sitson extrait de VoCe « Makalapati » par Gino Sitson extrait de Vocal Deliria « Dibombari » par Gino Sitson extrait de VoCe « Suite for John » par Gino Sitson extrait de VoiStrings « Vox » par Gino Sitson extrait de VoCe. -
Lorsqu’ils firent paraître Double Skyline en 2023, le pianiste français Olivier Hutman et le koriste sénégalais Lamine Cissokho ne pouvaient imaginer à quel point la lumineuse unité de leurs cordes allait susciter un tel engouement. Trois ans plus tard, l’irrésistible envie de poursuivre cette aventure sensible et délicate ravive le frisson.
The following, comme son nom l’indique, est un second souffle de vie, inspirant et revigorant. Laissons cette musique nous envelopper et notre esprit vagabonder…
Conjuguer deux vocabulaires, deux identités culturelles, deux visions artistiques du XXIè siècle, est toujours un défi. Pour apprivoiser les codes et traditions de son interlocuteur, le langage universel de la musique est une bonne clé de compréhension instantanée mais elle est parfois incomplète. Il est souvent nécessaire de se plonger dans l’histoire autochtone des peuples pour en déceler l’expressivité. Olivier Hutman se passionne depuis 50 ans pour les modes de communication afro-planétaires. Ses études de jeunesse en ethnomusicologie l’ont poussé à approfondir, par exemple, ses connaissances des musiques urbaines ghanéennes. Son mémoire de maîtrise intitulé « Musiques Noires, acculturation et rupture – Negro-africanisme et afro-américanisme » a certainement nourri sa réflexion sur les enjeux de transmission et de partage du savoir. Pour autant, se confronter directement aux réalités sociales de la diaspora africaine dans le monde est une exigence. Il paraissait finalement logique qu’il entame un dialogue mélodieux avec son homologue Lamine Cissokho.
Virtuose de la Kora, Lamine Cissokho est un griot dont le devoir est justement de porter le message de ses aînés à travers le temps. Il fait don de sa personne pour susciter les rencontres et ouvrir l’esprit de ses contemporains. Qu’il se produise avec la formidable chanteuse et danseuse guinéenne Fanta Yayo, avec le maître de la slide guitare indienne Manish Pingle ou avec le merveilleux balafoniste ivoirien Aly Keita, son rôle de passeur est le même et lui impose une véritable constance dans le respect de chaque individualité. Le lyrisme de son duo avec Olivier Hutman est un manifeste délicat pour une entente cordiale et sincère à l’échelle planétaire. Il ne manquait que la poésie subtile d’un invité de marque, le génial bluesman Eric Bibb, pour sublimer cet élan de générosité harmonieuse.
Après les concerts des 13 et 14 mars 2026 à Paris au Sunside, nul doute que l’aventure commune de messieurs Hutman et Cissokho se poursuivra sur les routes internationales tant leur propos est limpide, utile et essentiel.
⇒ Olivier Hutman
⇒ Lamine Cissokho
⇒ Les éditions Frémeaux.
Titres diffusés cette semaine :
- « Streets of Dakar » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following
- « Folon » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de Double Skyline
- « Rocking Chair » par Lamine Cissokho, Olivier Hutman et Eric Bibb extrait de The Following
- « Simaya » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following.
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Le 7 mars 2006, Ali Farka Touré disparaissait à l’âge de 66 ans. Quelle empreinte culturelle a-t-il laissée à la postérité ? Son aura nourrit-elle toujours la créativité de ses héritiers ? Depuis Niafunke au Mali, le célèbre guitariste avait défendu et bâti tout au long de sa vie un patrimoine révéré par nombre de ses contemporains.
De Ry Cooper à Martin Scorsese, de Taj Mahal à Toumani Diabaté, de Corey Harris à Lobi Traoré, les louanges n’ont jamais cessé. Retour sur une épopée majestueusement blues.
Ali Farka Touré avait réussi à donner de l’éclat à une culture ancestrale que ses nombreux disques exposaient aux oreilles d’auditeurs attentifs, curieux et ouverts aux matrices musicales africaines. Ali Farka Touré fut un pionnier, l’ambassadeur d’un blues enraciné dans le terreau originel du Sahel. Symbole universel d’un patrimoine sonore ouest-africain, sa prestance et son rôle dans la diffusion d’un héritage séculaire sont indéniables. Son fils, Vieux Farka Touré, a aujourd’hui la lourde responsabilité de porter à bout de bras le message et le discours de son illustre aîné. L’album Les Racines, qu’il fit paraître en 2002, fut sa contribution à la préservation d’un son immédiatement identifiable.
Le répertoire d’Ali Farka Touré est, sans nul doute, devenu intemporel et parfaitement adapté à notre XXIè siècle. Lorsqu’il participa à l’album Talkin’ Timbuktu, en 1994 aux côtés du guitariste américain Ry Cooder, les amateurs de blues eurent le sentiment de découvrir l’un des leurs. Pourtant, même s’il écoutait le blues américain, Ali Farka Touré ne se voyait pas bluesman. On peut cependant trouver des liens entre les traditions musicales africaines et américaines. Longtemps, on a comparé le jeu d’Ali Farka Touré à celui de son homologue américain John Lee Hooker. Qui s’inspirait de l’autre ? Il est clair que le blues est originellement l’émanation d’un idiome culturel africain transporté outre-Atlantique durant des siècles d’esclavage. Ce que jouait John Lee Hooker était un écho d’un lointain passé africain. Ali Farka Touré était le gardien des traditions et même si sa texture sonore ressemblait au blues, elle restait profondément attachée à la terre de ses ancêtres.
L’un des témoignages vibrants du lien invisible mais palpable qui existe entre les continents africain et américain fut le fameux film de Martin Scorsese, « From Mali to Mississippi », qui suit le périple du bluesman Corey Harris en Afrique de l’Ouest et, notamment au Mali, où il rencontre le patriarche Ali Farka Touré. Ce documentaire passionnant, sorti en 2003 dans la série « The Blues », permit aussi l’enregistrement d’un album de Corey Harris en présence de son héros Ali Farka Touré. Corey Harris reconnaissait volontiers avoir éprouvé beaucoup d’émotion en présence d’une légende. « J’avais beaucoup plus à apprendre de lui que lui de moi, tout simplement, parce qu’il était mon aîné et je respecte cela au plus haut point. C’est grâce à lui que j’ai progressé et que j’ai acquis une certaine crédibilité sur le continent africain. Ce n’était pas mon but au départ mais, par la suite, lorsque je me rendais au Mali et que je croisais Djelimady Tounkara, Salif Keita, Cheick Hamala Diabaté, Abdoulaye Diabaté, ils m’accueillaient sincèrement car ils me connaissaient grâce à Ali Farka Touré. Ses contemporains me respectaient. Il y avait un lien fort entre nous ». (Corey Harris au micro de Joe Farmer)
Comparer le blues américain et les tonalités songhaï ou tamasheq nourrit un interminable débat. Notons seulement que l’influence culturelle d’Ali Farka Touré sur les artistes d’aujourd’hui est incontestable. La musique du guitariste et chanteur Cédric Burnside rappelle, à son grand étonnement, les intonations d’Ali Farka Touré. « L’un de mes bons amis est originaire de Gambie. Dans sa discothèque, j’ai découvert un disque d’Ali Farka Touré. Je n’avais jamais entendu parler du personnage. De toute façon, je n’écoutais pas vraiment de musique africaine. Avant même qu’il ne me parle de ce musicien malien, j’ai été interpellé par la sonorité de sa guitare qui me rappelait celle de Junior Kimbrough, une légende du blues dans le Mississippi. J’ai d’ailleurs cru qu’il s’agissait d’un disque de ce vétéran du blues mais, lorsque Ali Farka Touré s’est mis à chanter, j’ai immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas de Junior Kimbrough. Et cette voix du désert malien m’a immédiatement conquis ». (Cédric Burnside sur RFI - Mai 2022)
Sur le continent africain aussi, les héritiers du maestro tentent ou ont tenté de perpétuer son message et sa musicalité si spécifiques. Ce fut le cas du regretté guitariste malien Lobi Traoré. En 2004, il eut l’honneur d’être épaulé par son mentor, Ali Farka Touré, et ce coup de pouce décisif lui permît d’enregistrer l’album Mali Blues. « Au début, j’écoutais Ali Farka Touré sans le connaître, puis je l’ai rencontré et je fus impressionné par son jeu à la guitare sèche. Progressivement, nous nous sommes trouvé des passions communes, jusqu’au jour où Ali Farka Touré m’a indiqué qu’il aimait ma sonorité, qu’il appréciait le fait que j’étais autodidacte comme lui. Son intérêt pour ma musique a attisé son envie de produire un de mes albums. Ali Farka Touré est un joyau de la culture malienne ». (Lobi Traoré – Juin 2004)
20 ans après la disparition d‘Ali Farka Touré, les hommages sont unanimes. Ce grand personnage ne cessera de susciter l’admiration tant son aura irrigue toujours l’inspiration des instrumentistes actuels. Le festival « Ali Farka Touré » le célébrera d’ailleurs du 27 au 29 mars 2026 à Lafiabougou et Niafunké au Mali !
⇒ La Fondation Ali Farka Touré.
Titres diffusés cette semaine :
- « Sambadio » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Voyageur
- « Hani » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali
- « Seygalare » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Radio Mali
- « Diaraby » par Vieux Farka Touré et Kruangbin, extrait de l’album Ali
- « Diaraby » par Ali Farka Touré et Ry Cooder, extrait de l’album Talkin’ Timbuktu
- « Khafolé » par Eric Bibb et Habib Koité, extrait de l’album Brothers in Bamako
- « Ruby » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album Ali & Toumani
- « Kadi Kadi » par Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, extrait de l’album In the Heart of the Moon
- « 44 Blues » par Corey Harris, extrait de l’album Mississippi to Mali
- « Call on me » par Cedric Burnside, extrait de l’album Benton County Relic
- « Dunya » par Lobi Traoré, extrait de l’album Mali Blue
- « Penda Yoro » par Ali Farka Touré, extrait de l’album Savane
- « Mahini Me » par Ali Farka Touré et Taj Mahal, extrait de l’album The Source.
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