Afleveringen
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Doctorant en sciences cognitives sociales à l'Institut Jean-Nicod, Grégoire Darcy publie La désinformation (Repères, La Découverte), une synthèse de dix ans de littérature scientifique sur le sujet. À rebours du discours ambiant, il refuse d'y voir un épiphénomène marginal autant qu'un instrument tout-puissant. Il décrit un phénomène statistiquement rare mais socialement concentré, qui prospère sur des vulnérabilités bien réelles.
Darcy s'attache au cours de l'entretient à donner les chiffres de la prévalence réelle de la désinformation, à démonter l'idée que le faux circulerait toujours plus vite que le vrai, et à séparer des effets directs difficilement prouvés des effets indirects sur la confiance.
Au programme :
— Comment mesure-t-on réellement la prévalence de la désinformation, et pourquoi les sondages déclaratifs ne disent pas ce qu'on croit ?
— Le faux circule-t-il vraiment six fois plus vite que le vrai ? Ce que l'étude Vosoughi (Science, 2018) établit, et ce que ses lecteurs lui ont fait dire.
— Sommes-nous crédules ? Une méta-analyse sur plus de 190 000 individus suggère que nous péchons surtout par excès de scepticisme.
— Pourquoi adhérer au faux peut être rationnel socialement, quand ça ne l'est pas épistémiquement.
— Le cadrage dominant de la « crédulité » : pourquoi il est incomplet, et pourquoi il résiste aux données (étude Darcy & Altay sur les professionnels du secteur).
— Que ferait Darcy avec 5 milliards d'euros sur cinq ans ? Une stratégie « en portefeuille » : fact-checking positif, refinancement de la presse régionale, observatoire interministériel.
Ce que vous pourrez entendre :
« Ce qui est irrationnel épistémiquement peut, en revanche, être rationnel socialement. »
« On peut écoper par du fact-checking autant qu'on veut le bateau qui coule, mais il faut aussi colmater la brèche. »
Retrouvez ici la bibliographie constituée par Grégroire Darcy
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Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
Graphisme : Gautier Gevrey
Générique : Martin Commandeur
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Pour son forum annuel, Viginum a ouvert ses portes à celles et ceux dont le métier est de douter de l'État : journalistes, ONG, chercheurs, fact-checkers. Propagation(s) y était. Marc-Antoine Brillant, chef du service de lutte contre les ingérences numériques étrangères, dresse le bilan de cinq ans d'existence ; en marge, des praticiens du contre-jeu informationnel prolongent la conversation. L'angle : ce que dit cette ouverture du déplacement de la frontière entre menace étrangère et reprise domestique.
Le mandat de Viginum s'arrête à ce qui vient de l'étranger. Mais un narratif forgé à Moscou ne s'arrête pas à cette frontière : il est repris, reformulé, blanchi par des acteurs nationaux que rien n'oblige à dire d'où ils tiennent leurs récits. Que met en place une démocratie pour traiter cet espace que personne n'occupe en propre, sans toucher à la liberté de la presse qu'elle prétend défendre ?
Au programme :
Viginum, cinq ans : bilan du service rattaché au SGDSN, placé sous l'autorité du Premier ministre, par son chef Marc-Antoine Brillant : six scrutins protégés, aucun épargné par des tentatives de déstabilisationLe mandat et sa frontière Le blanchiment des narratifs : comment des récits forgés à l'étranger sont relégitimés par des acteurs nationaux, dans un système médiatique concentré (Hervé Letoqueux, Check First, ancien chef des opérations de Viginum)La méthode OSINT : remonter les infrastructures —plutôt que vérifier les contenus, pour établir inauthenticité et extranéité et reprendre l'avance sur le narratifMédias, cibles et partenaires : usurpation d'identité, faux sites d'actualité (Doppelganger, Matriochka), conventions et formations conjointes avec les rédactions et écoles de journalismePlateformes et régulation : le défaut de diligence des réseaux sociaux, la convention VIGINUM-ARCOM et le levier du DSA (Léa Perruchon, Forbidden Stories ; William Audureau, Le Monde)2027 en ligne de mire : la stratégie nationale, l'approche « whole of society » scandinave et le citoyen comme premier rempartCe que vous pourrez entendre :
« Pour eux, ces acteurs étrangers malveillants, la confiance est une cible. Pour nous, c'est notre trésor à défendre. » — Marc-Antoine Brillant
« D'abord, il y a la récupération des narratifs étrangers par des acteurs et le blanchiment de ces narratifs par des acteurs nationaux. » — Hervé Letoqueux
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Zijn er afleveringen die ontbreken?
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Nadia Guerouaou, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicienne, a mené sa thèse à l'IRCAM, au CNRS et à Sorbonne Université sur les filtres vocaux émotionnels. Elle publie Notre cerveau sous influence aux éditions Eyrolles, une enquête systémique sur les IA génératives comme technologies affectives qui paramètrent en temps réel l'expression de nos émotions et reconfigurent le paysage moral de nos sociétés.
Que devient la confiance lorsqu'un sourire se synthétise et qu'une voix se clone en quelques secondes d'audio ? Quels acteurs détiennent ces capacités de façonnement et selon quelle logique ? Et que reste-t-il de la délibération démocratique si nos affects, devenus paramétrables, se voient neutralisés au nom du bien-être collectif ?
Au programme :
Filtres vocaux émotionnels : du dispositif Emotion Cancelling Voice de SoftBank au Smart Face du chercheur japonais Shigeo Yoshida, ces technologies qui modifient en temps réel l'expression des émotions sur les visages et dans les voixIA-affectivité : le concept proposé par Nadia Guerouaou pour saisir la reconfiguration progressive de nos émotions et de notre paysage moral par la médiation des IA générativesThéorie des émotions construites : les travaux de la neuroscientifique Lisa Feldman Barrett qui défont l'idée d'émotions universelles et innées au profit d'une fabrique cérébrale ancrée dans nos environnementsHyperpersonnalisation affective : comment le profilage des données comportementales, des capteurs biométriques et des réseaux sociaux ouvre un terrain inédit aux opérations d'influence et aux deepfakes ciblésAI Action Plan de la Maison Blanche (juillet 2025) : la bataille culturelle pour définir la "neutralité" des LLM et la question, jamais innocente, de savoir qui encode les valeurs dans ces modèlesFailles de l'AI Act européen sur la reconnaissance émotionnelle : pourquoi l'autorisation de catégoriser une voix ouvre mécaniquement la voie à sa transformationDomestication émotionnelle et passions publiques : ce que la neutralisation algorithmique des affects, sous couvert de débat apaisé, coûterait à nos démocratiesCe que vous pourrez entendre :
« Avec cette technologie-là, de plus en plus, on va déléguer à la fois l'expression, mais aussi l'interprétation, la reconnaissance émotionnelle. »
« En appliquant ce mute algorithmique sur certains discours d'insatisfaction qui peuvent être véhiculés par de la colère, on se prive aussi de l'accès à des informations qui sont importantes pour notre société. »
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Historienne spécialiste des États-Unis et chercheuse associée à l'Université Sorbonne Nouvelle (CREW), Maya Kandel suit le mouvement national-conservateur américain depuis 2016. Auteure d'Une première histoire du trumpisme (Gallimard, 2025) et de la série Les sombres mages de la Maison Blanche pour Mediapart, elle décortique l'appareil de propagande para-médiatique du second mandat Trump et la stratégie de pourrissement du débat public qui en constitue le moteur.
Comment une administration en vient-elle à gouverner par memes, posts sur Truth Social et vidéos générées par IA ? Pourquoi la Maison Blanche s'est-elle muée en entreprise médiatique sélectionnant ses propres journalistes, effaçant 150 000 pages gouvernementales et licenciant les producteurs de statistiques officielles ? Que reste-t-il du réel quand un État en fait l'adversaire ?
Au programme :
L'expertise médiatique de Trump : 14 saisons de The Apprentice, codes de la téléréalité et maîtrise précoce des réseaux sociaux comme matrice politiqueLe trauma de la déplatformisation post-Capitole : naissance d'un écosystème parallèle (Truth Social, Rumble, X racheté par Musk) et instrumentalisation de la liberté d'expressionLa Maison Blanche comme média de combat : équipe de réactions rapides, vidéo « Riviera Gaza », codes de jeux vidéo appliqués à la frappe sur la frégate iranienneLes influenceurs au pouvoir : Kash Patel au FBI, Pete Hegseth au Pentagone, Jack Posobiec en mission diplomatique, Laura Loomer pilotant la purge du Conseil de sécurité nationaleLa fabrique d'une ignorance structurelle : effacement de bases de données fédérales, mise au pas des Smithsonian, casse des « thermomètres statistiques » (Bureau of Labor Statistics)Le soft power MAGA en Europe : hub hongrois d'Orbán, déclinaison du MNC à Bruxelles, importation des récits par Zemmour, Le Pen et les extrêmes droites européennesViginum, French Response, modèle brésilien : peut-on répondre sans s'aligner sur les armes de l'adversaire ?Ce que vous pourrez entendre :
« Je pense qu'il y a vraiment une stratégie délibérée de pourrissement du débat public. (...) Là, oui, c'est une guerre contre le réel. »
« Le grand succès du trumpisme, c'est de proposer une forme de synthèse des deux récits dominants qu'on a depuis l'après attentat du 11 septembre 2001 : ce récit civilisationniste (...) et du récit complotiste. »
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Marie-Doha Besancenot, conseillère en communication stratégique au cabinet du ministre Barrot et ex-secrétaire générale adjointe de l'OTAN pour la diplomatie publique, et Paul Charon, directeur du domaine renseignement, anticipation et stratégie d'influence à l'IRSEM et sinologue, incarnent deux postes d'observation rares. De l'immuabilité doctrinale otanienne à l'agilité réactive du Quai d'Orsay, ils interrogent une question qui traverse tout le podcast : qui fabrique les récits, et comment riposter sans les subir.
Si le récit est le soubassement de presque toute opération d'influence, comment l'analyser pour mieux le démonter ? La narratologie peut-elle armer la contre-influence ? Et pourquoi le répertoire d'action chinois, massif et largement physique, échoue-t-il à Taïwan là où il prospère ailleurs ?
Au programme :
La Stratcom otanienne : un récit de la constance, adossé au traité de l'Atlantique Nord, dont la force et la limite résident dans son refus d'évoluer.Le pivot du Quai d'Orsay : création d'un poste de communication stratégique, importation de la planification militaire dans une culture diplomatique de la réaction à chaud.La greffe narratologique : Charon hybride Genette, théorie de la sérialité et narratologie factuelle (Fludernik, Ryan) pour comprendre des récits que le fact-checking ne suffit pas à neutraliser.French Response et les comptes de riposte : un modèle inspiré des dispositifs américains, où l'on répond à la provocation russe (comptes Dmitriev, Medvedev) par l'ironie plutôt que par le communiqué.Taïwan, laboratoire : l'entièreté du répertoire chinois observable en un lieu — fermes de contenu, réseaux d'anciens officiers, triades, temples — pour un résultat globalement inefficace, du dénigrement à la satire.L'influence invisible : pression économique, relais humains, autocensure (l'affaire Tibet/Xizang au musée Guimet), ces canaux classiques plus dommageables que le numérique.Ce qui manque en France : moyens, coordination interministérielle, et un développement de l'approche narratologique comme clé de lecture opérationnelle.Ce que vous pourrez entendre :
« Avant, là où on allait argumenter directement, aujourd'hui, on raconte une histoire. »
« C'est le seul endroit où on peut observer l'entièreté du répertoire d'action chinois. »
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Chloé Debiève a passé deux ans et demi au Centre interarmées de concepts, de doctrines et d'expérimentations (CICDE) à participer à la doctrine française d'influence et de lutte informationnelle. Désormais consultante, elle déchiffre ce qui se joue quand l'inondation de l'espace public devient une stratégie en soi, et non plus un simple effet de bord des plateformes. De la Roumanie à la Hongrie, des chaînes d'info en continu à TikTok, elle déplace le regard du « faux » vers le « trop ».
L'enjeu n'est plus seulement la fake news qui circule, mais le milieu dans lequel elle trouve les bonnes conditions pour se propager. Comment lutter contre une manipulation qui ne s'appuie pas sur le mensonge, mais sur l'épuisement, la perte de repères et la confusion entre vrai et faux ? Et que reste-t-il de l'espace public habermassien à l'heure du flood the zone with shit ? Autant de passionnantes questions qu'on aborde avec elle.
Au programme :
Le cas roumain comme laboratoire : 27 000 comptes inauthentiques, une centaine d'influenceurs TikTok activés, et la première élection annulée pour ingérence numérique dans l'histoire de l'UEDoctrine et architecture française : du CICDE à Viginum, en passant par le SGDSN et le rapport Pouzyreff-Récalde sur la fonction stratégique influenceLa manipulation par le « trop » : pourquoi l'inondation informationnelle vise l'épuisement et la perte de repères plutôt que la convictionL'angle mort des chaînes d'info en continu : un vecteur de saturation aussi puissant que les plateformes, mais bien moins étudiéHyperpersonnalisation algorithmique vs médias de masse : le précédent néerlandais et le bras de fer engagé contre Meta pour rétablir le fil chronologiqueStratégie nationale 2026-2030, DSA, sanctions à 6 % du chiffre d'affaires : ce que l'architecture européenne peut faire et ce qu'elle ne pourra pasAu-delà de la lutte : pourquoi la réponse passe par l'accompagnement, l'éducation aux mécanismes (astroturfing, gaslighting, saturation) et la reconquête des espaces de débat hors-ligneCe que vous pourrez entendre :
« C'est grâce au trop qu'on a le faux. »
« On a créé des réseaux pour se rapprocher, on s'éloigne. »
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Anne-Sophie Dhiver, directrice adjointe de VIGINUM, et Jean Cattan, rapporteur de la Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l'information, viennent déchiffrer au micro (et à la caméra) le premier document de doctrine français sur les ingérences numériques étrangères. Une plongée dans un plan de bataille qui mise sur l'intelligence collective plutôt que sur la centralisation étatique.
Comment l'État peut-il armer les citoyens face aux manipulations sans s'ingérer lui-même dans le débat démocratique ? Quels leviers structurels mobiliser quand la menace s'industrialise et se monétise ? Comment articuler souveraineté nationale et action distribuée ?
Au programme :
La fabrique d'une doctrine : 10 000 contributions citoyennes, consultation publique, travail interministériel inédit réunissant DGSE et Éducation nationale autour d'une même tableLes quatre critères de l'INE : extranéité, contenu trompeur, diffusion inauthentique, atteinte aux intérêts fondamentaux. Ce que Viginum traque, et ce qu'il ne traque pasLa pression narrative : importation en Europe d'une vision absolutiste de la liberté d'expression portée par la sphère Maga, instrumentalisée contre la régulation européenneL'économie de la manipulation : programmes de monétisation des plateformes, publicité programmatique, et émergence d'une interférence numérique étrangère à vocation lucrative: l'exemple de la vidéo IA burkinabée à 17 millions de vuesL'angle structurel : agir sur l'architecture des plateformes (interopérabilité verticale, algorithmes alternatifs) plutôt que sur les contenus, en s'appuyant sur le DMABâtir le capacitaire : Académie de lutte contre les manipulations chez VIGINUM (juin 2026), centre d'excellence IA, et logique distribuée inspirée des Cafés IACe que vous pourrez entendre :
« Cette résilience nationale, c'est le prix à payer pour défendre notre souveraineté. » — Anne-Sophie Dhiver
« On va intervenir sur la structure qui est très largement déterminante pour assurer la nature démocratique, ouverte, pluraliste des échanges. » — Jean Cattan
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Maxime Audinet, spécialiste de la politique étrangère de la Russie, Professeur junior et titulaire de la chaire dédiée aux stratégies d'influence et de contre-influence en contexte numérique à l'INALCO. Au-delà de la polémique, on se penche dessus en tant que cas d'école pour disséquer le fonctionnement de la propagande russe contemporaine et la porosité d'une partie de l'écosystème médiatique français à cette dernière.
Pourquoi nos médias peinent-ils à équiper leurs dispositifs face à des propagandistes aguerris ? Comment un ministre des Affaires étrangères russe peut-il dérouler son récit stratégique à 20h sans contradiction suffisante ? Et que faire, dans une démocratie libérale, d'une parole propagandiste qui n'est pas, en tant que telle, interdite ?
Au programme :Le trophée Lavrov : pourquoi accéder au JT de France 2, deuxième programme le plus regardé du pays, constitue l'un des principaux succès de la propagande russe en France ces dernières annéesL'arsenalisation du relativisme : au-delà des mensonges grossiers, le whataboutism hérité de la rhétorique soviétique comme procédé central du discours de Lavrov et ZakharovaLa comparaision Deranque / Navalny : l'équivalence manipulatoire qui révèle une connaissance fine des écosystèmes locaux et leur instrumentalisation dans des récits stratégiques adaptésTrois facteurs de porosité médiatique : déficit de contextualisation lié à la temporalité de l'info continue, convergences idéologiques (écosystème Bolloré, recrutement des anciens de RT France), fascination française pour les « éminences grises » russesRécits stratégiques vs désinformation : pourquoi se concentrer uniquement sur les fake news occulte le cœur du dispositif: la production d'histoires à forte élasticité discursive (conservatrice en Europe, anticoloniale dans les Suds)Le paradoxe sécuritaire français : un des meilleurs dispositifs européens de détection des ingérences numériques coexiste avec des brèches béantes dans l'espace audiovisuel domestiqueLe chantier de la contre-influence : sortir du paradigme purement défensif pour investir le terrain des récits sans trahir les principes de la démocratie libérale
Ce que vous pourrez entendre :« Ce n'est pas simplement de la désinformation au sens classique du terme. C'est aussi une forme de relativisme arsenalisé. Et c'est précisément pour ça que c'est difficile à déconstruire en direct dans le format d'un JT. »
« On a l'impression que d'un côté il y a quelque chose de très sophistiqué qui est fait, et puis de l'autre il y a des brèches énormes. »
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Antoine Marie est psychologue politique et chercheur postdoctoral au CEVIPOF (Sciences Po). Ses travaux explorent les mécanismes cognitifs de la polarisation, de la propagation des théories du complot et de ce qu'il appelle « le côté obscur de la moralité ». Dans cet épisode de Propagations, il décortique les ressorts psychologiques qui font que la désinformation fonctionne: non pas malgré notre intelligence, mais souvent grâce à elle.
Et si croire une fausse information était parfaitement rationnel ? La recherche en psychologie politique révèle que la crédulité n'est pas qu'un déficit de pensée critique : c'est un signal d'appartenance, un outil de mobilisation, une expression de convictions morales. Comprendre la désinformation par la demande plutôt que par l'offre modifie en profondeur la façon de penser la lutte informationnelle.
Au programme :
Psychologie politique : une discipline émergente à la croisée des sciences cognitives et des sciences politiques, encore peu mobilisée dans le débat françaisAutopersuasion et pensée motivée : les mécanismes empiriquement documentés par lesquels nos engagements sociaux façonnent nos croyances — et non l'inverseLe côté obscur de la moralité : comment nos convictions morales et nos loyautés de groupe deviennent des vecteurs de diffusion de la mésinformation, à gauche comme à droiteRéseaux sociaux et polarisation : ce que la recherche dit réellement de leur rôle — non pas créateurs mais activateurs de ressorts tribaux profondément ancrés dans la nature humaineIngérences étrangères : la Russie n'invente pas les fractures, elle appuie sur des lignes de faille préexistantes — colères sociales, défiances intergroupe, sentiments d'humiliationLes limites du fact-checking : utile mais insuffisant face à des croyances enracinées dans des motivations sociales, des appartenances et des colères politiquesLLM et biais de négativité : pourquoi les grands modèles de langage pourraient contribuer à défragmenter le paysage informationnel, et pourquoi le biais de négativité nous empêche de voir les bénéfices de l'IACe que vous pourrez entendre :
« Souvent, la désinformation est intuitive : elle exploite des prédispositions à croire, des pentes de l'esprit assez naturelles, des petites théories naïves, des intuitions morales. »
« On est en 2026, les gars, il faut se réveiller. Les sciences cognitives vont exploser, elles se diffusent dans les sciences sociales. Ce n'est pas un impérialisme disciplinaire, c'est une synergie. »
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Rayna Stamboliyska, fondatrice de RS Strategy, praticienne en résidence au Centre Internet & Sociétés du CNRS et ancienne Digital EU Ambassador, dissèque le brouillard conceptuel qui entoure la souveraineté numérique européenne. De la migration forcée de la CPI vers Proton à l'abandon de Microsoft par Lyon, Copenhague et Aarhus, elle analyse les dépendances critiques de l'Europe et les rapports de force qui façonnent (ou empêchent) son autonomie stratégique.
L'Europe importe plus de 80 % de ses technologies numériques et ne contrôle que 2 % du marché du cloud. Mais que recouvre exactement la « souveraineté numérique » ? Quelle distinction opérer entre souveraineté, subsidiarité et autonomie stratégique ? Et surtout : comment passer du normatif au capacitaire quand un allié se transforme en levier de pression ?
Au programme :
Souveraineté vs autonomie stratégique : déconstruire un brouillard conceptuel qui mélange philosophie politique, subsidiarité et capacité industrielleLe « capacitaire » européen : pourquoi la base industrielle numérique est le nœud gordien de l'indépendance du continentCPI, Microsoft, Proton : quand les sanctions américaines transforment la dépendance technologique en urgence opérationnelleLe trade deal UE-US et le « tariff racket » : anatomie d'une pression américaine sur la régulation européenne du numérique (DSA, DMA)RGPD, innovation et narratifs : comment le discours « la régulation tue l'innovation » s'écrase contre les réalités de terrainGaia-X, EuroStack, identité numérique : les initiatives européennes existent, mais avancent en rang disperséIngérence américaine et souveraineté démocratique : de Musk/Weidel aux menaces de sanctions contre des juges français, une nouvelle frontière de l'influenceCe que vous pourrez entendre :
« Ne pas engager le politique, c'est un risque existentiel pour ton activité. Et depuis Trump, c'est un risque existentiel pour nous tous et tout, tout court. »
« L'Amérique innove, la Chine copie, l'Europe régule — rien que cette phrase, c'est vraiment l'espèce de manque d'arguments qui vient s'écraser crânement contre la nuance et la subtilité de ce qu'on a réussi à construire ensemble. »
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Théo Moy est journaliste et cofondateur du Cri magazine mensuel lancé fin 2025 qui porte la voix d'un catholicisme social engagé sur les questions écologiques, féministes et de justice sociale. Ancien de La Croix, il observe et documente depuis des années la bataille informationnelle pour le contrôle du récit catholique français — un terrain disputé entre deux milliardaires, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin, et une génération de chrétiens qui refusent que leur foi soit réduite à un marqueur identitaire d'extrême droite.
Comment un écosystème médiatique et associatif structuré parvient-il à transformer une identité religieuse en base politique ? Et face à cette offensive dotée de moyens considérables, avec quelles armes et quelle efficacité une contre-offensive peut-elle se déployer ?
L'écosystème médiatique catholique historique : de Bayard à KTO, un paysage préexistant bousculé par de nouveaux entrantsLa machine Bolloré : rachat de titres, purge des rédactions, transformation de médias d'information en médias d'opinion — le modus operandi d'iTélé au JDDPierre-Édouard Stérin et le Fonds du bien commun : un milliard d'euros au service d'un projet de restauration de la chrétienté, entre think tanks, patronages et médias en ligneDe la Manif pour tous à Academia Christiana : la radicalisation d'une génération catholique et le syncrétisme nationaliste-religieuxL'affaire Quentin Deranque et les événements de Lyon : anatomie d'une machine narrative qui transforme un fait divers en fait politiqueLe CRI et le contre-récit : disputer le terrain symbolique de la définition du catholicisme face à l'invisibilisation des catholiques progressistesJD Vance, Peter Thiel, Léon XIV : la dimension internationale d'un catholicisme instrumentalisé et les résistances qui émergentCe que vous pourrez entendre :
« L'idéologie xénophobe et raciste a fait les fondations d'un nouveau courant nationaliste catholique. »
« Il y a une vraie lutte d'influence pour la définition de ce qu'est le catholicisme et pour montrer qui sont les catholiques aujourd'hui. »
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Chine Labbé est vice-présidente Europe et Canada de NewsGuard, organisation spécialisée dans l'évaluation de la fiabilité des sources d'information à l'échelle mondiale. Journaliste de formation, diplômée de Sciences Po Paris et de Columbia University, elle a rejoint NewsGuard dès son lancement en France en 2019. Dix ans après la première vague d'ingérences numériques, elle dresse un bilan lucide de l'écosystème anti-désinformation, et de ses impasses.
Le fact-checking a-t-il épuisé son modèle ? Face à une désinformation industrialisée par l'IA générative, où des deepfakes, des réseaux de faux sites et des chatbots corrompus s'alimentent mutuellement, l'enjeu n'est plus seulement de corriger les faits mais d'immuniser les citoyens contre les mécanismes de manipulation avant qu'ils n'opèrent.
Au programme :
Fact-checking vs. pre-bunking : pourquoi la vérification des faits, nécessaire mais pas suffisante, doit céder du terrain à l'explication des mécanismes de manipulationLe modèle NewsGuard : évaluer les sources plutôt que les articles, à partir de 9 critères de déontologie journalistique appliqués à l'échelle mondialeStorm-1516 et le cycle IA : comment une campagne d'influence russe enchaîne deepfake, réseau de faux sites générés par IA et chatbots pour produire et diffuser des narratifs à coût marginal quasi nulMatryoshka : l'objectif des opérations d'influence n'est pas toujours de convaincre, mais de brouiller — semer le doute sur tout pour amener à croire n'importe quoiLa convergence Kremlin / sphère MAGA : quand les mêmes narratifs de déstabilisation des démocraties occidentales circulent simultanément depuis Moscou et WashingtonFrench Response et la contre-propagande d'État : ce que le compte X du Quai d'Orsay révèle sur l'évolution des stratégies institutionnelles face à la guerre des récitsPartenariats public-privé : pourquoi l'État ne peut pas construire seul les capacités de détection et de réponse, et ce que cela implique pour l'écosystème anti-désinformationCe que vous pourrez entendre :
"Les garde-fous des LLM ne sont pas suffisants pour distinguer le vrai du faux. Si de nombreuses sources tendent à valider une fake news, ils pourront reproduire cette fausse information avec autorité."
"L'objectif des campagnes d'ingérence n'est pas forcément d'avoir un impact au moment des élections. Mais de tellement semer le trouble sur le long terme qu'on ne croira plus rien... et qu'on sera finalement amené à tout croire."
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Hervé Letoqueux est PDG de Check First, entreprise finlandaise spécialisée dans la détection des manipulations de l'information, et ancien chef de la division des opérations de Viginum, l'agence gouvernementale française de lutte contre les ingérences numériques étrangères. Dans cet épisode enregistré en public dans le cadre des Rencontres de l'innovation éditoriale de Samsa, il décortique les mécanismes concrets des campagnes de désinformation russes à l'approche des élections municipales françaises — et déplace progressivement le regard vers une menace plus diffuse, et peut-être plus difficile à circonscrire.
Comment documente-t-on une opération d'influence sans pour autant la surestimer ? À quel moment le fact-checking amplifie-t-il ce qu'il prétend désamorcer ? Et si la menace informationnelle la plus sérieuse n'était plus celle qu'on traque depuis Moscou, mais celle qui opère au grand jour depuis Washington ou via les algorithmes de plateformes structurellement indifférentes à la vérité ?
Au programme :
Mode Opératoire Informationnel (MOI) : une couche d'abstraction permettant de caractériser des campagnes sans procéder à une attribution formelle, un impératif juridique et diplomatique que Viginum a contribué à standardiser à l'échelle européenneStorm 1516 : l'anatomie d'une campagne sophistiquée, de la planification des narratifs à la diffusion par deepfakes, en passant par le recrutement d'acteurs et l'utilisation de faux médias régionaux, vraisemblablement piloté sous l'égide du renseignement militaire russe (GRU)CopyCop et John Mark Dugan : le blanchiment informationnel à l'œuvre, avec plus de 140 sites de presse locale fictifs prépositionnés en France avant les municipales, conçus pour injecter des narratifs pro-russes au milieu de contenus anodinsL'économie des plateformes comme terrain favorable : des clusters de chaînes TikTok qui diffusent de la désinformation non par idéologie, mais par logique de monétisation — et qui peuvent être activés par des contenus polarisants suffisamment cliquablesLe dilemme du fact-checking : contextualiser une fausse information dans une campagne identifiée est plus efficace que de simplement la débunker, au risque sinon d'amplifier le narratif adverse sans en révéler l'origineLa menace qui change de forme : si les MOI russes sont aujourd'hui relativement bien détectés et cartographiés, c'est la désinformation ouverte (un tweet d'Elon Musk soutenant un parti lors des législatives allemandes) qui échappe aux dispositifs de réponse existantsLe financement comme maillon faible de la résilience démocratique : l'arrêt des subventions USAID a fragilisé un écosystème d'ONG difficilement remplaçable, dans un contexte où les financements européens restent majoritairement ponctuels et d'accès complexeCe que vous pourrez entendre :
"Le grand danger, c'est lorsqu'un homme politique occidental reprend ce narratif et le diffuse sur ses réseaux sociaux. Là, on va toucher une population beaucoup plus large. Et ça, c'est déjà arrivé."
"Quand Musk fait un tweet où il promeut un parti politique particulier avec le taux d'engagement qu'il a, ça, c'est de la menace. C'est une menace beaucoup plus ouverte, beaucoup plus franche, et qu'on a du mal aujourd'hui à traiter, à circonscrire."
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Dorothée Kopp, directrice de la recherche chez Uptowns et ethnographe digitale, analyse depuis des années les comportements humains tels qu'ils s'expriment sur les réseaux sociaux. Dans cet épisode, elle dissèque TikTok non comme simple plateforme de divertissement, mais comme terrain d'observation d'une transformation culturelle profonde : la façon dont une génération construit son rapport à l'identité, à l'autre, et à la réalité.
TikTok a substitué la logique des communautés à celle des individus juxtaposés, façonnés par des algorithmes opaques. Comment cette "main character energy" (se percevoir comme le personnage principal de sa propre fiction ) redéfinit-elle les rapports sociaux, amplifie-t-elle le gender gap, et ouvre-t-elle des brèches exploitables par des acteurs de la désinformation ?
Au programme :
Ethnographie digitale : une méthodologie qui passe des forums communautaires des débuts d'Internet aux individus atomisés de TikTok, dont l'algorithme reconstitue des tribus sans que leurs membres se choisissentMain character energy : la romanticisation de soi comme personnage de fiction, avec ses étiquettes (Matcha Girl, Pilates Princess), ses artefacts et sa dimension stratégique de personal brandingGender gap algorithmique : une fracture entre jeunes hommes et jeunes femmes qui se construit dans des fils distincts, produisant des visions antagonistes du célibat, du couple et des rôles sociauxMasculinisme : une dynamique d'endoctrinement qui fonctionne comme une secte, exploitant la solitude masculine et le débordement des logiques vidéoludiques dans la perception du réelDésinformation en santé : l'exemple du régime anti-inflammatoire illustre comment les failles de la médecine institutionnelle post-Covid ouvrent un terrain fertile à des discours séducteurs, monétisés sur les insécurités des audiencesDéshumanisation et rupture anthropologique : lorsque les autres deviennent des "PNJ" — personnages non jouables — la déshumanisation prépare un terrain que des idéologies fondées sur la haine savent historiquement exploiterRéponses possibles : entre interdiction légale (le cas australien), éducation au média et valorisation paradoxale de la déconnexion, quelles voies de sortie d'un cycle potentiellement chaotique ?Ce que vous pourrez entendre :
"C'est de l'ordre de la secte, en fait. N'importe qui qui a compris ça peut créer une communauté et entraîner des gens vers de la désinformation, voire des actions violentes liées à cette désinformation."
"Quand les autres sont des PNJ, quand on est la seule réalité de sa réalité, le risque que je vois, c'est celui de la déshumanisation — et ça a déjà été fait pendant le colonialisme, pendant les grands génocides."
Un podcast proposé & produit par opsci.ai
Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
Graphisme : Gautier Gevrey
Générique : Martin Commandeur
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Antoine de Gunzbourg a vécu toutes les mutations de l'intelligence en sources ouvertes : de WikiLeaks à Bellingcat, du journalisme au Liban aux méthodologies behaviors développées pour l'Union européenne. Chercheur et praticien, il théorise aujourd'hui une discipline coincée entre journalisme, activisme et renseignement: trois mondes qui ne s'entendent pas. L'affaire Jeffrey Epstein et ses 3 millions de pages déversées fin janvier 2026 illustre le défi central : comment transformer des données massives en renseignement citoyen sans sombrer dans le conspirationnisme ?
Faut-il une théorie de l'OSINT pour éviter que l'analyste ne soit écrasé sous des concepts contradictoires ? Comment distinguer ce qui est vrai de ce qui est simplement authentique ? Et surtout : qui assume la responsabilité politique de l'attribution quand les comportements inauthentiques se mêlent aux narratifs toxiques ?
Au programme :
L'OSINT comme "vaccin démocratique" : lâcher ses secrets pour renforcer la résilience de la société civile, une idée aussi absurde que géniale héritée de la Seconde Guerre mondialeDe la BBC aux behaviors : comment les services de renseignement ont appris à analyser la propagande nazie, puis comment Facebook a créé les CIB pour éviter de modérer le contenuBellingcat et l'affaire Epstein : organisation organique sur Discord, règles méthodologiques collaboratives, et la nécessité de séparer le factuel de l'interprétation politiqueLe piège FIMI : pourquoi le concept de Foreign Information Manipulation and Interference rend les analystes fous en leur demandant d'attribuer ce qui relève de la décision politiqueRussia Today, entre deux mondes : entreprise française employant des journalistes français sur sol français, mais diffusant des narratifs pro-russes – l'impossible définition du "foreign"Viginum comme modèle : créé en pleine tempête politique post-Samuel Paty, le service français parvient à rester transparent, faire de la recherche OSINT et collaborer avec tous les acteurs sans se politiserL'agence de renseignement du peuple : former tout citoyen à l'OSINT, ouvrir les secrets d'État, et assurer la transmission entre renseignement et public – le rêve inachevé d'AssangeCe que vous pourrez entendre :
"L'OSINT c'est un peu la théorie du vaccin : l'idée complètement absurde d'injecter un truc qui peut tuer dans l'idée que ça va protéger ton voisin. L'OSINT c'est pareil, c'est l'idée qu'en lâchant tes secrets, ça va aider ta société civile à être plus résiliente."
"On se retrouve à devoir faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est authentique. Cette interview du type qui témoigne au FBI qu'il y a un corps enterré sous le trou numéro 19 du golf de Trump est authentique – est-elle vraie ?"
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Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
Graphisme : Gautier Gevrey
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Xavier Tytelman, consultant en aéronautique et ancien militaire, anime l'une des communautés OSINT les plus actives du conflit ukrainien. Fort de 575 000 abonnés sur YouTube, il mobilise des milliers de bénévoles pour cartographier les opérations, démonter les narratifs russes et livrer du matériel aux unités ukrainiennes. Portrait d'un "expert-militant" qui transforme les outils numériques en dispositifs de résistance informationnelle.
Comment une communauté numérique peut-elle rivaliser avec les opérations d'influence étatiques ? Peut-on contrer les manipulations algorithmiques par l'intelligence collective ? Entre engagement humanitaire et bataille du récit, Xavier Tytelman incarne une figure hybride : celle de l'analyste qui refuse la neutralité axiologique face à l'agression russe.
Au programme :OSINT et guerre informationnelle : comment le renseignement en source ouverte révèle les mensonges du Kremlin depuis le crash du MH17 (2014)Attaques russes sur les plateformes : signalements massifs, manipulation d'algorithmes, faux sites (doppelganger) pour faire taire les voix dissidentesIntelligence collective opérationnelle : cartes collaboratives d'évacuation, périscopes imprimés en 3D, remontées terrain via DiscordMasculinisme russe vs engagement concret : déconstruction du narratif viriliste promu par Moscou face à la réalité des combattants ukrainiensPropagande ou analyse factuelle ? : la frontière ténue entre influence et désinformation, quand les faits servent un narratif géopolitiqueRéserve OSINT et souveraineté européenne : propositions pour structurer l'engagement citoyen face aux menaces hybridesResponsabilité des plateformes : nécessité d'un rapport de force politique avec les GAFAM pour contrer les manipulations à grande échelle
Ce que vous pourrez entendre :"On n'abdique pas l'honneur d'être une cible. Je suis une cible pour ce qu'on a en face. C'est génial, ça veut dire que je sers à quelque chose."
"Twitter, Facebook, YouTube doivent systématiquement supprimer tout lien qui pointe vers un faux site. C'est pas compliqué. Mais on ne joue pas à armes égales parce qu'on a face à nous des gens qui savent créer du buzz."
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Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
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Thomas Huchon, journaliste d'investigation et réalisateur spécialiste de la désinformation, a documenté de l'intérieur la mutation de l'écosystème complotiste depuis 2005. De son faux documentaire sur le SIDA créé par la CIA (2015) à son enquête pionnière sur Cambridge Analytica (2017), il dissèque les mécanismes par lesquels les plateformes numériques ont industrialisé la manipulation de l'opinion. Cet épisode retrace quinze ans d'évolution d'un phénomène marginal vers une architecture informationnelle au service d'intérêts politiques et économiques structurés.
La question centrale : comment sommes-nous passés de Loose Change, documenteur amateur sur le 11 septembre, à un écosystème où l'homme le plus riche du monde fait des saluts nazis tout en contrôlant l'une des principales plateformes informationnelles mondiales ? Quels sont les ressorts techniques, économiques et politiques de cette mutation ? Et surtout : que faire face à des plateformes qui connaissent nos comportements mieux que nous-mêmes ?
Au programme :
L'archéologie du complotisme numérique : de Loose Change (2005) aux 500 ateliers d'éducation aux médias, retour sur quinze ans d'observation d'un phénomène en mutation accéléréeL'expérience du faux complot (2015) : comment un documentaire frauduleux sur le SIDA inventé par la CIA révèle les recettes de fabrication et de diffusion des fake news sur les réseaux sociauxCambridge Analytica démasquée : Robert Mercer, inventeur de l'IA et de la spéculation algorithmique, transforme ses innovations en machine à gagner les élections grâce à la psychométrie et aux données volées de FacebookLes 77 000 voix qui ont fait basculer l'Amérique : décryptage de la campagne Trump 2016 et du ciblage des "racistes secrets" dans trois États clés via des techniques de manipulation comportementaleL'architecture de la servitude : comment les plateformes ont transformé la liberté d'expression en surveillance de masse et les citoyens en produits, selon la thèse du "capitalisme de surveillance" de Shoshana ZuboffLe tournant 2024 : d'Elon Musk à la Roumanie, l'accélération d'une dynamique où les géants tech assument désormais ouvertement leurs orientations politiques d'extrême droiteSortir de l'impasse : trois leviers d'action - éduquer à la détection des mensonges (pas au fact-checking), exiger la transparence algorithmique, réguler les plateformes comme des médias responsables
Ce que vous pourrez entendre :"Mark Zuckerberg sait que j'ai envie de pisser. Moi, je ne le sais pas encore. Je crois que les gens ne mesurent pas à quel point les données personnelles que nous fournissons leur permettent de mieux nous comprendre que nous savons nous-mêmes."
"Pour Shoshana Zuboff, nous ne sommes même pas des sujets, nous sommes des esclaves. Il y a un péché originel dans la Silicon Valley : si nous avions su comment ils allaient gagner de l'argent, nous ne les aurions jamais laissé faire."
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Romain Badouard est chercheur en sciences de l'information et spécialiste des nouvelles formes de normativité du web. Concrètement ? Il analyse les mécanismes par lesquels l'architecture technique des plateformes numériques amplifie structurellement les conflits informationnels. Du design persuasif développé à Stanford dans les années 2000 aux algorithmes de recommandation contemporains, Romain déchiffre depuis des années comment ces infrastructures, conçues pour maximiser le temps d'attention à des fins publicitaires, créent une vulnérabilité systémique exploitable par les opérations d'influence.
Si les campagnes de manipulation prospèrent sur nos réseaux, est-ce seulement parce que des acteurs malveillants les déploient, ou parce que les plateformes ont été délibérément conçues pour amplifier ce qui polarise ? Comment des innovations issues de la recherche académique en psychologie comportementale se sont-elles transformées en outils de captation massive de l'attention ? Et peut-on encore réguler des architectures devenues opaques par nature ?
Au programme :
La captologie et BJ Fogg (Stanford, années 1990) : genèse du design persuasif, initialement conçu pour encourager des comportements vertueux avant d'être récupéré par l'industrie techL'économie de l'attention : comment la métrique du "temps passé" est devenue le critère de réussite imposé par les fonds d'investissement, orientant toute l'industrie vers la manipulationScroll infini, autoplay, pull-to-refresh : décryptage des mécanismes techniques inspirés des machines à sous pour maintenir les utilisateurs captifsAlgorithmes de colère et engagement toxique : révélations de Frances Haugen sur Facebook, montrant comment les plateformes amplifient les contenus polarisants pour maximiser l'engagement publicitaireShadow banning et opacité stratégique : ces formes de censure invisible qui permettent aux plateformes de contrôler qui parle et qui est entendu, sans transparenceDigital Services Act et limites de la régulation par la transparence : pourquoi les audits européens se heurtent à la complexité technique et à la dépendance au bon vouloir des Big TechIntelligence artificielle et nouvelle asymétrie : comment la dépendance du régulateur aux entreprises tech s'aggrave avec l'IA, dont même les créateurs ne peuvent expliquer le fonctionnementCe que vous pourrez entendre :"Il y a ce mythe d'ouvrir la boîte noire, ça marche pas comme ça. C'est des architectures d'informations qui sont très complexes, qui n'ont pas été faites pour être transparentes, auditables."
"La liberté d'expression absolue, c'est la liberté de ceux qui peuvent se faire entendre. Donc de ceux qui ont de l'argent pour posséder les médias, pour posséder les réseaux."
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Lumir Lapray, autrice de "Ces gens-là", Plongée dans la France qui pourrait tout faire basculer (Payot, 2024), activiste de gauche et ancienne candidate aux législatives, analyse l'hégémonie du Rassemblement national dans les zones rurales comme le produit d'une guerre des récits et des représentations. Entre immersion ethnographique dans son village natal de l'Ain et comparaison avec les zones rurales américaines, elle dissèque les mécanismes par lesquels l'extrême droite a su capitaliser sur les frustrations générées par le néolibéralisme pour construire un récit de substitution.
À partir de son expérience de terrain (campagne électorale intensive, passage sur RMC, observation des dynamiques locales) Lumir Lapray démonte l'écosystème qui transforme la honte de classe en ressentiment xénophobe, et interroge les stratégies de repolitisation possibles face à une infrastructure médiatique polarisante.
Au programme :
La "fierté" comme enjeu politique central : comment l'impossibilité d'accéder à une fierté statutaire (diplôme, CDI, propriété) pousse à chercher une fierté différentielle en se distinguant de ceux "encore plus bas"L'individualisation néolibérale : le passage de "c'est ma faute" à "c'est la faute aux migrants" sans jamais nommer le système comme responsableL'écosystème Bolloré : analyse de la machine RMC/CNews comme dispositif de cadrage systématique des enjeux, avec témoignage direct sur les contraintes du plateauLe Gilets jaunes comme moment manqué : quand la colère individualisée s'est brièvement transformée en conscience collective avant d'être récupérée par l'extrême droiteCommunity organizing à la française : les enseignements d'une campagne législative en territoire "ingagnable" fondée sur le porte-à-porte massif et l'organisation collectiveLa comparaison États-Unis/France : ce que les milices ICE et la répression trumpiste révèlent sur la fragilité des démocraties libérales"Démocratiser la politique" : pourquoi l'absence de représentants des classes populaires dans les instances de gauche constitue un handicap stratégique majeurCe que vous pourrez entendre :
"Le vote RN, c'est une résultante. La vraie victoire du RN aujourd'hui, c'est la victoire du capitalisme il y a quelques dizaines d'années. C'est le fait d'avoir colonisé nos esprits avec ces explications."
"Il faut à un moment accepter que le moment de la neutralité, du confort, c'est fini. Et c'est un deuil, c'est un deuil immense à faire."
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Laurent François a passé 15 ans à concevoir des stratégies d'influence pour de grandes marques de luxe, observant de l'intérieur l'évolution des mécaniques d'attention sur les réseaux sociaux. Dans son ouvrage Cracker l'algorithme (éditions de l'Aube,2025), cet ancien "Creative Strategist" analyse la mutation fondamentale de notre rapport à l'information et propose une critique éclairée de ce qu'il nomme "l'ère de l'algofluence".
Entre désagrégation du lien social et hypnose algorithmique, ce praticien devenu critique du numérique décortique les mécanismes qui transforment les réseaux sociaux en machines à fragmenter l'attention collective.
Mais au-delà du diagnostic, il explore des pistes concrètes pour réenchanter ces espaces et retrouver une forme de souveraineté numérique personnelle et collective.
Au programme :Du navigateur à l'algofluence : le passage d'un web exploratoire où l'utilisateur naviguait librement entre sites à un environnement où l'algorithme dicte le parcours informationnel et fragmente l'attentionLes paracommunautés : ces fausses communautés créées artificiellement par les algorithmes qui donnent l'illusion du lien social tout en isolant les individus dans des bulles informationnellesL'hypnocratie des plateformes : comment les interfaces et les mécaniques d'engagement exercent une forme d'hypnose collective en exploitant nos biais cognitifs et nos besoins de validation socialeDe l'influence au luxe : les stratégies développées par les grandes marques pour exploiter les mécanismes de viralité, et ce qu'elles révèlent sur le fonctionnement des écosystèmes numériquesLes sanctuaires de conversation : initiatives concrètes pour recréer des espaces de dialogue authentique, des bancs de l'amitié dans les écoles aux téléphones du vent japonaisPratiquer l'heuristique : réapprendre la découverte et la curiosité comme antidote à la captation algorithmique, valoriser le sourcing et le lien hypertexte contre la verticalité des flux
Ce que vous pourrez entendre :"L'audience n'est plus agrégée autour d'un contenu. C'est le contenu qui est ajusté autour de micro clusters d'audience."
"Les plateformes ont une forme d'articulation hyper logique entre l'économique et la projection d'influence culturelle. Celui qui va pouvoir contrôler l'espace où se réunissent les gens va contrôler aussi une capacité de polarisation, de vecteur d'information et surtout de nouveaux types de réalité, de nouveaux clivages."
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