Afleveringen

  • Au cƓur de la ville de Saint-Denis, jouxtant la basilique cathĂ©drale, un grand portail accueille les filles, petites-filles et arriĂšres petites-filles des dĂ©corĂ©s de la LĂ©gion d’honneur, c’est « la maison d’éducation », internat non-mixte et d’exception. C’est aussi le dĂ©cor du roman de Lucile Novat, Voir venir (Ă©ditions du Sous-sol), celui d’une lente gestation, Ă  l’abri des regards. Sait-on seulement si elles sont protĂ©gĂ©es ou captives, ces jeunes filles ? Lucile Novat nous fait dĂ©couvrir l’envers du mythe de l’exception rĂ©publicaine et nous emmĂšne de l’autre cĂŽtĂ© de la façade proprette de l’établissement.

    Ouvrir cette porte, se plonger dans ce huis clos pesant, c’est voir que cette prestigieuse mĂ©daille, tachĂ©e d’un sang qu’on ne pourra effacer, sonne comme une malĂ©diction. Elle hante les familles et les discrets fantĂŽmes poursuivent Yas, Lou, Suzanne, AdĂšle, et Vanessa, dans un monde aux apparences soignĂ©es. Le mythe s’avĂšre viciĂ©, Ă  jamais maudit des coeurs Ă©clatĂ©s, des corps suppliciĂ©s sur lesquels il a fallu marcher pour se construire.

    Et Lucille Novat de nous mettre en garde : il faut davantage s’inquiĂ©ter d’une classe qui se tient sage, que d’une Ă©meute.

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  • Quelle est la doctrine de guerre de Trump ? En a-t-il d’ailleurs une ? Peut-on la comprendre Ă  partir de celle de l’administration Bush ? Voire mĂȘme Ă  partir du Vom Kriege (De la guerre) de Carl von Clausewitz, le livre qui a structurĂ© la pensĂ©e de la guerre rĂ©volutionnaire marxiste autant que celle des Ă©tats-majors de la bourgeoisie occidentale ? Les guerres sont-elles toujours subordonnĂ©es Ă  une politique ? Mais si c’est le cas, n’y a-t-il pas autant de guerres que de maniĂšres de faire de la politique ? Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, nous recevons Catherine Hass Ă  propos de son livre Aujourd’hui la guerre, paru en 2019, dont la finesse des analyses a pris toute sa pertinence ces derniers temps entre le gĂ©nocide Ă  Gaza, les dĂ©vastations du Soudan, les opĂ©rations de pure prĂ©dation et le retour des guerres de haute intensitĂ© entre superpuissances de l’Ukraine Ă  l’Iran.

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  • En France, 20% de la population prĂ©sentent un trouble psychique et plus de 8 millions de personnes sont prises en charge pour une maladie psychiatrique ou un traitement chronique par psychotropes. Notre effondrement intĂ©rieur est massif, documentĂ©, administrĂ© mais toujours dĂ©semparĂ©.
    Avec Une vie de fĂȘlĂ©, heurs et malheur d'un patient ordinaire Jonathan Boismard, diagnostiquĂ© bipolaire, nous plonge dans le quotidien lĂ©thargique et violent d’un patient ordinaire en dĂ©saffiliation psychique d’avec l’ordre des choses. Le rĂ©cit explosif et Ă©clatĂ© d’une vie cernĂ©e par la psychiatrie, les molĂ©cules et les injonctions Ă  ĂȘtre — Ă  peu prĂšs — fonctionnel.

    Une lettre Ă  sa premiĂšre psychiatre, une dĂ©claration d’amour contrariĂ© Ă  ses pilules, des murs et des lits qui appellent Ă  se rĂ©volter contre l’institution, la plaidoirie d’une maladie face au tribunal de la normalitĂ©, Ă  travers ses douze chapitres, Une vie de fĂȘlĂ© dresse le paysage dĂ©vastĂ© d’un moi en crise avec et contre le monde qui l’enserre, le rabote et tente de le calibrer. C’est un reportage embarquĂ© dans les centres mĂ©dico-psychologiques autant qu’une enquĂȘte sociologique depuis la cellule d’un HP, un manifeste littĂ©raire contre le mensonge normalisĂ© autant qu’un appel Ă  lutter jusqu’au plus profond de la psychĂ©.
    L’écriture est hybride mais polarisĂ©e, parfois maniaque jamais dĂ©sespĂ©rĂ©e, souvent violente mais toujours drĂŽle. Si l’auteur connaĂźt parfaitement la littĂ©rature antipsychiatrique, il ne parle jamais de ce surplomb-lĂ  mais toujours depuis le ras du rĂ©el et de l’expĂ©rience. Parce que la ligne de front traverse les connexions synaptiques autant que la sociĂ©tĂ© dans sa totalitĂ©, il n’y a pas d’idĂ©ologie qui vaille, il s’agit seulement de survivre et de lutter, le reste en dĂ©coule.
    Disponible dans toutes les bonnes librairies vendredi 29 mai et en vente en ligne sur lundimatin ici : https://www.lundi.am/livres

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  • Avec Sous un ciel Ă©toilĂ©, une nuit d’étĂ©, Maria Kakogianni propose de dĂ©poussiĂ©rer l’idĂ©e que nous nous faisons de la rĂ©volution et de l’anarchie.
    À partir d’un constat simple et terrible, nous n’apercevons presque plus Ă©toiles, elle dĂ©duit une mĂ©taphore sur le monde, nous vivons dans une Ă©poque dĂ©s-astrĂ©e.
    Au fil du livre, on croise Catherine Malabou et Margaret Thatcher, Emmanuel Kant et Auguste Blanqui, Vincent BollorĂ© et le ComitĂ© Invisible. On y discute du fascisme ordinaire, de jouissances pirates, de Platon et mĂȘme de Tai-chi. En son centre, la nĂ©cessitĂ© d’inventer une anarchie positive et rĂ©guliĂšre, les pieds sur terre et la tĂȘte dans les astres.

    « La nuit, nous n’apercevons plus les Ă©toiles.
    Ce n’est pas une mĂ©taphore, plutĂŽt un signe.
    Celui de notre propre dés-astre.
    Sous le ciel, tout est fatalité collective et liberté conditionnée.
    La violence ordinaire et ses douleurs chroniques, l’humiliation.
    Nos corps se retournent contre eux-mĂȘmes.
    Justice nulle part, maladies auto-immunes partout.
    L’avenir a de la fiùvre. Et pourtant.
    Au sein de l’obscuritĂ©, la lumiĂšre tremble comme un Ă©clat de rire.
    La joie comme idée neuve.
    L’anarchie comme expĂ©rience.
    La révolution comme relance.
    Au bord des mondes plutît qu’à la fin du monde.
    Nous est encore là. »

    Pour vous procurer le livre, c’est par ici : lundi.am/livres

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  • Taf, Ă  la recherche du prolĂ©tariat perdu de Paul Martel, c'est le dernier livre qui vient de paraĂźtre aux Ă©ditions lundimatin. Imaginez la littĂ©rature prolĂ©tarienne d’un Joseph Ponthus mĂ©langĂ©e Ă  l’humour caustique de Fabcaro ou bien le travail d’enquĂȘte de L’établi de Linhart rebootĂ© en roman d’aventure autobiographique dans le monde des prestataires du bĂ©ton ou des dĂ©filĂ©s de mode absurdes. Taf c’est donc Ă  la fois une enquĂȘte, un pamphlet, un roman, un manifeste et un manuel de survie dans l’univers impitoyable du BTP. Un livre qu’aurait pu Ă©crire Debord s’il n’avait pas Ă©tĂ© rentier. Comme il mĂ©rite de se vendre par palettes, on a fait une petite prĂ©sentation histoire d'en expliquer les sous-bassement thĂ©oriques et stratĂ©giques : refaire du prolĂ©tariat une menace (quitte Ă  redĂ©finir ce que l'on entend par prolĂ©tariat).

    Il n’y a pas que les bourgeois qui Ă©chappent au travail, certains prolĂ©taires en ont mĂȘme fait une devise « Ne travaillez jamais ! » et c’est une toute autre aventure. Mais que se passe-t-il lorsqu’aprĂšs des annĂ©es Ă  fuir l’exploitation par la marge et la dĂ©brouille, on se retrouve contraint de retourner taffer ? ChĂŽmeur Ă  ses heures, ouvrier dĂšs qu’il ne le peut plus, Paul Martel a enquĂȘtĂ©.
    Comment survivre dans un monde oĂč l’on doit perdre sa vie Ă  la gagner ? Le prolĂ©tariat n’est-il plus qu’un mythe ou encore une menace ? Quelles lĂ©gendes nous faut-il raviver ou inventer pour toujours vivre et lutter ?
    Taf est le journal quotidien d’un manƓuvre irrĂ©gulier, un recueil d’astuces pour rĂ©sister Ă  l’aliĂ©nation, un manuel de dĂ©sertion ouvriĂšre.

    Paul Martel est nĂ©e en 1993. AprĂšs avoir mĂ©thodiquement dĂ©sertĂ© l’école puis le salariat, il a menĂ© une carriĂšre de semi-dĂ©linquant avant de se reconvertir dans le BTP et la littĂ©rature. Auteur de trĂšs nombreux et remarquĂ©s articles lundimatin, TAF, À la recherche du prolĂ©tariat perdu est le premier volet d’une prometteuse autobiographie.

    Disponible dans toutes les bonnes librairies jeudi 7 mai et en vente en ligne sur lundimatin ici : www.lundi.am/livres

    Vous pouvez en lire la premiÚre et excellente recension du livre par Stéphane Bérard dans Sitaudis.

    Quelques articles de Paul Martel parus dans lundimatin.

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  • « Si c’est gratuit, c’est que vous ĂȘtes le produit ! » et si cette fameuse sentence consacrĂ©e aux rĂ©seaux sociaux et aux GAFAM pouvait s’appliquer Ă  notre chĂšre Ă©ducation nationale ? C’est en tous cas l’hypothĂšse explorĂ©e par le philosophe Vincent Legeay qui s’est plongĂ© dans la genĂšse de l’école laĂŻque et gratuite française au tournant du XIXe et du XIXe siĂšcle.

    Ce que l’on dĂ©couvre en lisant son livre, c’est que l’instauration de l’école gratuite en 1881 n’était pas que le fruit de la charitĂ© et de la philanthropie de ce grand homme que fut Jules Ferry mais bien la mise en Ɠuvre d’un dispositif de pouvoir et de gouvernement qui se doit de conscrire et donc produire une population. Regrouper, calibrer, tracer, trier les enfants qu’il s’agira par la suite de mettre Ă  disposition du marchĂ© du travail et donc du capitalisme. Une Ă©ducation gratuite qui est aussi un investissement dans l’avenir, pour les familles comme pour les patrons. Mais Vincent Legeay ne se contente pas de raconter cette contre-histoire peu flatteuse, il propose aussi de dĂ©crypter les mĂ©canismes par lesquels cette grande Ɠuvre de façonnage et de sĂ©lection de la population s’est mise en place et a pu perdurer ; le recours arbitraire Ă  un outil mathĂ©matique tel que la moyenne par exemple, qui nous semble tellement aller de soi aujourd’hui que plus personne ne s’interroge sur ce qui diffĂ©rencie rĂ©ellement l’élĂšve refoulĂ© Ă  9,5 de celui admis Ă  10. Comme c’est aussi un livre de philosophie, le tour de force de l’ouvrage consiste Ă  appeler Spinoza Ă  la rescousse pour dĂ©montrer que ce que produit l’école comme nous la connaissons, c’est la rĂ©duction de l’existence et de ses possibles. Soit l’inverse exacte de l’aptitude, c’est-Ă -dire la disposition Ă  ĂȘtre affectĂ© par le plus grand nombre de choses, d’ĂȘtres et de situations possibles, qui est la condition de la joie et de l’intelligence collective (nous rĂ©sumons trĂšs mal, voir la masterclass de Vincent Legay Ă  37:32). La critique faite, reste Ă  explorer les diffĂ©rentes expĂ©rimentations alternatives qui ont accompagnĂ© le mouvement rĂ©volutionnaire : l’éducation intĂ©grale, les conseils d’élĂšves et toutes les tentatives dĂ©mocratiques et anarchistes qui refusent tout principe supĂ©rieur et a priori quant Ă  la maniĂšre dont les enfants devraient s’éduquer.

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  • A quoi rient les fascistes ? Comment rigolent-ils ? C’est ce que propose de documenter Denis Saint-Amand dans un petit livre Contrer le rire fasciste, trolling et rĂ©sistance.

    Le rire permet de mettre Ă  distance, d’allĂ©ger suffisamment le poids de ce qui opprime pour dĂ©gager l’espace et l’énergie d’agir. Mais il permet aussi d’exempter et d’exonĂ©rer la violence autant que la bĂȘtise, celle du pouvoir et de ceux qui prennent son parti comme son relai. Denis Saint-Amand est spĂ©cialiste des poĂ©tiques de la parodie et de la satire, il Ă©tudie les mĂ©canismes rhĂ©toriques et les logiques des ces nouvelles formes de gloussements fascistes qui se rĂ©pandent notamment sur les rĂ©seaux sociaux. Autant d’exemples qui appellent et inspirent les contre opĂ©rations nĂ©cessaires, autant que de joyeusetĂ©s pour les rĂ©voltes Ă  venir. Du, « Le pouvoir est aveugle, ça crĂšve les yeux » des Gilets jaunes sur les abords des Champs-ÉlysĂ©es dĂ©vastĂ©e, Ă  la raillerie trollesques de « Npc » (« non playable character » ) qui dĂ©shumanisent l’autre, un tour d’horizon de ce l’humour fait et dĂ©fait.

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  • Si les effets de la concentration des maison d’édition sont largement connus et s’intensifient de jours en jours, il existe un village Ă©ditorial qui rĂ©siste encore et toujours aux logiques envahissantes des gros groupes : la bande dessinĂ©e

    Enfin, c’est ce qu’on aimerait pouvoir imaginer, d’irrĂ©ductibles bulleurs, des petits mickeys anticapitalistes repoussant avec force les assauts des grands patrons. Mais la rĂ©alitĂ© est bien moins rĂ©jouissante, et le monde du 9e art est lui aussi mis en danger par la concentration des maisons d’éditions.


    RescapĂ©s de l’édition industrielle de bande dessinĂ©e, Floriane et Quentin ont montĂ© Courts Bouillon, une association qui cherche Ă  commenter l’actualitĂ© de l’art sĂ©quentiel et encourager la crĂ©ation en dehors des contraintes concurrentielles.
    Lors de cet entretien, nous allons refaire un tour d’horizon de la concentration des maisons d’éditions en passant par l’édition sans Ă©diteur et le contrĂŽle de la parole, avant de s’attarder sur quelques cas prĂ©cis tels que l’avenir d’AstĂ©rix, aujourd’hui entre les mains de BollorĂ© et les consĂ©quences directes de la concentration des maisons sur la prĂ©carisation des auteurs et autrices de BD.
    Enfin, Floriane et Quentin prĂ©senteront leur initiative, qu’ils cherchent actuellement Ă  concrĂ©tiser avec leur projet de revue La lutte des cases, actuellement en financement participatif : leur Ulule

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  • EugĂ©nie MĂ©rieau est professeure de droit constitutionnel et politologue, elle a notamment Ă©crit La dictature, une antithĂšse de la dĂ©mocratie ? et GĂ©opolitique de l’Etat d’exception : les mondialisations de l’état d’urgence (Ă©ditions le Cavalier Bleu). Elle chante aussi L’ÊtrangĂšre dont le premier album, Je vous Ă©cris en cours de chute, sortira cet Ă©tĂ©. Nous lui avons proposĂ© de venir jouer quelques morceaux dans nos bureaux.

    Il neige du phosphore blanc
    (Le Caire, 2024)

    Depuis octobre 2023, IsraĂ«l utilise des bombes au phosphore blanc causant d’atroces souffrances sur des zones agricoles, industrielles et rĂ©sidentielles Ă  Gaza et au Sud Liban. Le nombre de victimes n’est Ă  ce jour pas connu. Citation anonyme attribuĂ©e Ă  un-e gazaoui-e : « Le monde pense que Gaza est occupĂ© par IsraĂ«l. La vĂ©ritĂ© c’est que le monde est occupĂ© par IsraĂ«l Ă  l’exception de Gaza ».

    Inspirations et fragments :
    La zone de dĂ©sintĂ©rĂȘt, Ladislas (publiĂ© dans lundimatin)
    La Terre nous est étroite, Mahmoud Darwich
    Chanson dans le sang, Jacques Prévert

    La mort viendra et elle aura tes yeux
    (Paris, 2025)

    Seconde Guerre Mondiale : Duras, Char, Pavese, Aragon, PrĂ©vert, et HĂŽ Chi Minh : communistes, anticolonialistes, antifascistes et rĂ©sistant-es pour qui au milieu de la guerre, la lutte politique est poĂ©sie, surgissement de l’amour, de la passion et du dĂ©sir. Jacques PrĂ©vert Ă©crit « Il y a sur cette terre des gens qui s’entretuent ; c’est pas gai, je sais ; il y a aussi des gens qui s’entrevivent : j’irai les rejoindre ».

    Inspirations et fragments :
    La mort viendra et elle aura tes yeux, Cesare Pavese
    La maladie de la mort, Marguerite Duras
    Feuillets d’Hypnos, RenĂ© Char
    Prose du bonheur et d’Elsa, Louis Aragon
    La lune et le poĂšte, HĂŽ Chi Minh
    La vie n’a pas d’ñge, Jacques PrĂ©vert

    Mort d’une putain
    (GenĂšve, 2005)

    Années 70 : Grisélidis Réal, poétesse suisse et prostituée, milite à Paris : « La prostitution est un acte révolutionnaire ».

    Inspiration et fragments :
    Cette chanson est une adaptation libre d’un texte de GrisĂ©lidis RĂ©al, Mort d’une putain, Ă©crit quelques semaines avant sa mort, avec des ajouts issus de Cantique de l’espoir, toujours de GrisĂ©lidis RĂ©al.

    Elle s’appelait Lou
    (Bangkok, 2024)

    En 2025, l’association Nous Toutes dĂ©nombre 165 fĂ©minicides en France. Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2026, 36 femmes sont mortes assassinĂ©es par leur conjoint ou ex-conjoint. Andrea Dworkin Ă©crit « Les femmes n’ont que deux choix : mentir ou mourir. »

    Inspirations et fragments :
    Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas, Andrea Dworkin
    Les guérillÚres, Monique Wittig
    Si rien ne bouge, Bertrand Cantat-Noir Désir
    Liste des prĂ©noms des femmes mortes par fĂ©minicide en 2023, par l’association Nous Toutes.

    Le chant des ouvriers
    (Lyon, 1846)

    En 1848, on se rĂ©volte contre la journĂ©e de travail de 12 heures voire plus et les accidents mortels du travail dans les usines les mines et les chantiers. Aujourd’hui, le bĂątiment demeure le premier lieu de mortalitĂ© en matiĂšre d’accidents du travail : 243 personnes sont mortes sur les chantiers en 2025, 55 depuis 2026. Thierry Metz, dans Journal d’un Manoeuvre : « Mes premiers gestes ici : creuser la terre. Ouvrir une fosse. Et disparaĂźtre. Quotidien du manƓuvre ».

    Inspirations et fragments :
    Cette chanson est une adaptation libre et mise en musique d’un texte chantĂ© de Pierre Dupont, Ă©crit en 1846, devenu hymne rĂ©volutionnaire en 1848.

    BientĂŽt la fin d

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  • Une lĂ©gende voudrait qu’à chaque parution d’un nouveau livre critique du capitalisme, un grand patron fasse un AVC. Force est de constater que ce n’est pas le cas et que malgrĂ© les millions kilomĂštres de papier sur lesquelles s’étalent les analyses les plus fines des contradictions les plus obscures du capital, les capitalistes n’ont jamais Ă©tĂ© en si bonne forme. Et si depuis tout ce temps, nous avions pris le problĂšme Ă  l’envers ? Mondes postcapitalistes propose en tous cas de rouvrir la question rĂ©volutionnaire depuis ses fins et leurs moyens Ă  travers plus de 70 chapitres qui sont autant d’entrĂ©es : monnaie, État, nuclĂ©aire, amour, climat, santĂ©, conflits, Ă©chelles, transports, rĂȘves, zoonoses, etc. On arpente, non pas des utopies sirupeuses et rĂ©confortantes, mais des pistes plus ou moins escarpĂ©es ou aventureuses vers ce que pourrait ĂȘtre un monde par-delĂ  le capitalisme.

    ForcĂ©ment, il s’agit de sortir de l’économie et Ă©videmment de dĂ©crocher de l’État mais cela Ă  partir d’une attention mĂ©ticuleuse Ă  tout ce dont nous avons Ă©tĂ© dĂ©possĂ©dĂ©s et qu’il va bien falloir se rĂ©approprier, dĂ©tourner, dĂ©manteler ou saccager ; des gros trucs qui dĂ©truisent la planĂšte autant que des rĂ©flexes infimes qui pourrissent la vie. À travers 900 pages et grĂące Ă  80 contributeurs et contributrices, on ouvre des portes et on tente d’adĂ©quatement dĂ©plier les problĂšmes que l’on trouve derriĂšre. Inutile d’en attendre des remĂšdes ou des solutions, les idĂ©ologues et leurs fidĂšles se rĂ©conforteront ailleurs, c’est un travail d’enquĂȘte et toutes les directions pointĂ©es restent Ă  expĂ©rimenter, contester, affiner. C’est un ouvrage majeur et potentiellement dĂ©terminant pour la suite, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il apparaĂźtra parfaitement anachronique aux plus rĂ©signĂ©s.
    L’entretien ayant essentiellement portĂ© sur la dĂ©marche, son cadrage et sa visĂ©e, nous publions en bonus dans l’édition de cette semaine, l’un des chapitres du livre : Animaux rĂ©digĂ© par Pierre-Olivier Dittmar. Cela permettra aux lecteurs et lectrices d’imaginer non seulement les menus que proposeront les cantines aprĂšs la rĂ©volution mais aussi la maniĂšre dont Mondes capitalistes a Ă©tĂ© pensĂ© et composĂ©.

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  • Dans lundimatin, on Ă©crit et on parle trop. Parfois il y a un peu de dessin ou de peinture voir des bribes de cinĂ©ma, de la musique par contre, il n’y en a jamais assez. Alors quand nous avons croisĂ© Laura Perrudin et sa harpe, nous l’avons immĂ©diatement invitĂ©e et ça a donnĂ© cet entretien musical qui dit certainement plus, en tous cas largement tout autant, que beaucoup de nos mots. Et sans doute que certaines vibrations et mĂ©lodies dĂ©ploient des dimensions de l’existence heureusement plus Ă©paisses que ce que l’on appelle platement politique. Un petit extrait est disponible en attendant et en cliquant sur la vignette.

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  • Lorsqu’il avait 14 ans, Ritchy Thibault est allĂ© sur un rond-point, il est devenu l’une des figures du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, il a Ă©tĂ© assistant parlementaire jusqu’à se faire bannir de l’assemblĂ©e nationale et congĂ©dier par son employeur, passĂ© un nombre incalculable d’heures en cellules de garde Ă  vue, fondĂ© le PEPS , propagĂ© pas mal de Zbeul, animĂ© des Ă©missions sur le web, Ă©crit des articles ainsi que trois livres, et se prĂ©pare Ă  affronter dans la joie et la bonne humeur trois procĂšs au tribunal judiciaire de Paris qui l’opposent Ă  la crĂšme de ceux qui nous gouvernent (le prĂ©sident lui-mĂȘme, Ă©videmment mais aussi Bruno Retailleau ou encore Laurent Nunez). Pour comprendre d’oĂč lui vient une telle Ă©nergie et pourquoi elle ne se dĂ©part par de beaucoup d’humour, il faut livre son dernier livre :

    Voleurs de poules, combattre l’antitsiganisme (Libertalia). Cette irrĂ©ductibilitĂ© au pouvoir autant que cette disposition au coup d’éclat, on ne peut la comprendre qu’à partir du rĂ©cit historique et Ă©thique qu’il fait de l’antitsiganisme et de la guerre livrĂ©e depuis toujours par l’État contres les populations Roms, Sinti, Manouches, Gitans, YĂ©niches et Voyageurs. Des formes de vie, qu’il a toujours fallu surveiller, contrĂŽler, rĂ©duire et mĂȘme Ă©radiquer tant elles incarnent ce petit caillou dans la chaussure d’une civilisation qui ne peut tolĂ©rer qu’elle-mĂȘme. Cette interview est aussi longue qu’elle est intelligente et drĂŽle ; pour s’y repĂ©rer, nous l’avons accompagnĂ©e d’un chapitrage qui servira tout autant de sommaire. On y parle de l’antitsiganisme et de son histoire Ă©videmment, mais depuis lĂ  dĂ©coule tout le reste, jusqu’aux stratĂ©gies nĂ©cessaires et adĂ©quats pour lutter contre l’État et le pouvoir sans jamais en accepter les mĂ©thodes, les schĂ©mas et les armes. Au reste, il s’agit certainement de l’unique occasion que vous aurez de sauver une poule en achetant un livre.

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  • Dans son dernier livre, La violence en spectacle (La Fabrique), Elsa Deck Marsault reprend le chantier entamĂ© dans le prĂ©cĂ©dent (Faire justice), en l’occurrence, tenter de comprendre comment la question du fĂ©minisme se noue avec celle de la justice. Il y a Ă©videmment toute une pensĂ©e libĂ©rale qui se fait beaucoup de souci pour tous ces pauvres hommes qui pourraient se retrouver injustement mis Ă  l’amende publiquement et sans que leurs soient octroyĂ©es les garanties du droit bourgeois. Mais ce n’est pas du tout de cela dont il est question ici.

    Ce qu’étudie Elsa Deck Marsault, c’est la maniĂšre dont le mouvement fĂ©ministe s’est historiquement rapportĂ© au droit et Ă  l’État, ou plutĂŽt comment un certain fĂ©minisme dominant a Ă©vacuĂ© tout critique de la justice jusqu’à s’en remettre Ă  l’État punitif. Pour cela, l’autrice questionne la construction mĂȘme de la figure de la victime dans toutes ses ambivalences, Ă  commencer par celle qui consiste Ă  devoir renier toute forme de puissance politique. À la promesse de sĂ©curitĂ© qu’elle considĂšre autant comme une illusion que comme un piĂšge, elle propose de substituer une attention collective et des procĂ©dures rĂ©volutionnaires, — forcĂ©ment expĂ©rimentales —, qui permettent de destituer la justice en prĂ©servant le souci de l’autre.

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  • En 1966, Ă  la question « Qu’est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd’hui ? », Heidegger rĂ©pondit : « La cybernĂ©tique. »
    Aujourd’hui nous invitons Ivan Bouchardeau, docteur en philosophie et enseignant Ă  l’UniversitĂ© de Toulouse, pour son livre États d’esprit. CybernĂ©tique et techniques de gouvernement (Champ Vallon). Son travail aborde frontalement la question Ă  laquelle Heidegger rĂ©pond Ă  la volĂ©e. Il se confronte au difficile problĂšme de la dĂ©finition de la "cybernĂ©tique", cette science du contrĂŽle et de la communication, cette "utopie de l’information", ou encore, Ă©tymologiquement, cette science du gouvernement (kubernĂ©tĂšs, en grec : gouvernail).

    Dans son livre, Ivan Bouchardeau ne prend pas la cybernĂ©tique Ă  la lettre, mais il la prend au sĂ©rieux, Ă  la fois comme discours mythique dans les modalitĂ©s de la science moderne opposant le chaos de l’entropie Ă  l’ordre de l’information, et comme aboutissement de traditions plurisĂ©culaires : pour les uns (Heidegger), la cybernĂ©tique venait se substituer Ă  la philosophie en rĂ©alisant le Logos grec ; pour d’autres (Musso), elle Ă©tait l’ultime incarnation de l’esprit depuis que l’idĂ©ologie chrĂ©tienne d’un dieu fait chair se serait rĂ©pandu en occident. Pour d’autres encore, la cybernĂ©tique Ă©tait le dĂ©veloppement logique, nĂ©cessaire, et annoncĂ© par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la rĂ©ification du capital en tant que technologie de la productivitĂ© mentale.
    On y dĂ©couvre (ou re-dĂ©couvre) que la cybernĂ©tique ne fut pas qu’une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernitĂ© aprĂšs deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une maniĂšre de faire tenir ensemble spontanĂ©itĂ© contrĂŽlĂ©e et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les nĂ©o-libĂ©raux qui y virent une mĂ©thode pour rĂ©aliser la main invisible du marchĂ©. Un ouvrage trĂšs riche, dont l’un des aspects les plus original est peut-ĂȘtre la mise en Ă©vidence du renversement de Heidegger par des apĂŽtres de l’IA qui envisagĂšrent, il n’y a pas si longtemps, des « IA heideggĂ©rienne » dotĂ©es de leur ĂȘtre-au-monde.

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  • Comment optimiser et maximiser l’exploitation ? Quel est cet art du capitalisme qui consiste Ă  discipliner le travail et donc les travailleurs ? C’est ce que propose de dĂ©couvrir Anthony Galluzzo grĂące au Manuel de management dĂ©complexĂ© qu’il vient de publier aux Ă©ditions Zones. 200 pages qui recensent les mille et une mĂ©thodes, techniques et tactiques mises en Ɠuvre par le patronat global pour maintenir et perfectionner son emprise sur le monde ouvrier. Accessible Ă  tous ceux qui auraient la flemme de faire une Ă©cole de commerce ou d’employer des consultants, Galluzzo propose une enquĂȘte et une synthĂšse des meilleurs tuyaux.

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  • (Si vous ne comprenez pas l'anglais et que vous n'entendez pas les sous-titres, ils sont lisibles sur la version vidĂ©o de cet entretien)

    Depuis que le pouvoir existe, on a essayĂ© de le nommer. L’enjeu est de taille. En effet, nous prĂ©supposons (Ă  tort ou Ă  raison) qu’il n’y a qu’en comprenant adĂ©quatement ses logiques, ses mĂ©canismes et ses reprĂ©sentations qu’il est possible de le combattre ou de l’esquiver. Nous hĂ©ritons de toute une palette de concepts et de mots plus ou moins ronflants et accessibles : sociĂ©tĂ© de classe (Marx), du spectacle (Debord), de contrĂŽle (Deleuze), on en passe et des moins bons. De fait, la sociĂ©tĂ© (ou ce qu’il en reste) Ă©volue et la domination s’affine et se perfectionne (ou se brutalise), il est donc impĂ©ratif de nommer aussi prĂ©cisĂ©ment ce par quoi nous sommes tenus ou Ă©crasĂ©s. C’est ce que tente de faire Ian Alan Paul avec son livre La sociĂ©tĂ© rĂ©ticulaire que nous avons traduit et publiĂ© en octobre dernier.

    L’idĂ©e est simple mais se devait d’ĂȘtre Ă©laborĂ©e : au pouvoir souverain de l’État et Ă  la discipline de l’économie, au spectacle et Ă  la biopolitique, s’est surajoutĂ©e ces derniĂšres annĂ©es une nouvelle couche : la forme rĂ©seau. Cette sociĂ©tĂ© rĂ©ticulaire se manifeste par un maillage toujours plus serrĂ© de la surveillance autant que par notre dĂ©doublement subjectif derriĂšre des filtres et posts instagram. L’IA rĂ©dige nos dĂ©clarations d’amour et optimise des bombardements meurtriers, l’accumulation massive de donnĂ©es nous prĂ©vient d’une Ă©pidĂ©mie de grippe avant mĂȘme qu’elle soit propagĂ©e et transforme toute la complexitĂ© de nos vies en pĂąte Ă  modeler pour publicitĂ©s. Bref, la sociĂ©tĂ© rĂ©ticulaire, c’est une maniĂšre de nommer la pointe avancĂ©e de l’organisation du capital et du pouvoir aujourd’hui dans l’objectif de la faire dĂ©railler.

    Pour que tout cela ne reste pas trop abstrait, on est parti de la situation actuelle aux Etats-Unis et de la rĂ©sistance Ă  ICE. D’un cĂŽtĂ© des entreprises de la tech qui vendent leurs donnĂ©es au gouvernement pour traquer les migrants, de l’autre des patrouilles de quartier qui s’organisent sur des messageries cryptĂ©es pour avertir les habitants de chaque opĂ©ration de police.

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  • La maternitĂ©, cette expĂ©rience singuliĂšre qui consiste Ă  « faire naĂźtre », occupe une place gigantesque dans la vie des femmes (et mĂȘme aussi un peu des hommes). La maternitĂ©, en tant que lieu et institution qui accueille, sĂ©curise, rĂ©glemente et organise les naissances, a parallĂšlement toujours Ă©tĂ© l’objet d’enjeux politiques et gouvernementaux. Pourtant et Ă©trangement, nous pensons trĂšs peu politiquement­ la maternitĂ©, que ce soit l’évĂšnement qui marque une vie en en mettant une autre au monde ou l’institution qui calibre pour toutes la maniĂšre dont cela doit se passer. C’est ce que propose de faire ClĂ©lia Gasquet-Blanchard dans Faire naĂźtre, ce que le capitalisme fait Ă  la maternitĂ© qui vient de paraĂźtre aux Ă©ditions La Fabrique.

    GĂ©ographe et maĂźtresse de confĂ©rences Ă  l’École des hautes Ă©tudes en santĂ© publique, c’est Ă  partir d’un travail de recherche que l’autrice analyse les consĂ©quences du capitalisme sur la gestion et le vĂ©cu des naissances ainsi que la maniĂšre dont les institutions gouvernent et administrent la vie, y compris Ă  naĂźtre. Le livre s’attĂšle Ă  ouvrir les questions, les tensions et les contradictions qui traversent la maternitĂ© telle qu’elle s’organise : comment la gestion du risque et de la sĂ©curitĂ© compose avec un Ă©vĂ©nement par essence incertain et imprĂ©visible ? Pourquoi le rapport Ă  la douleur, l’administration d’une pĂ©ridurale ou le recours Ă  une cĂ©sarienne sont traversĂ©s par des problĂ©matiques qui excĂšdent l’expĂ©rience singuliĂšre des femmes ? En quoi la rationalisation, la technicisation et l’optimisation des naissances reconfigurent notre rapport au monde et Ă  la mise au monde ? Comment les diffĂ©rentes formes de fĂ©minisme se sont rapportĂ©es Ă  des enjeux aussi intimes, dĂ©cisifs et Ă©videmment politiques ?

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  • En fĂ©vrier 2023, se tenait comme chaque annĂ©e Ă  Budapest, le « jour de l’honneur », soit l’un des plus grands rassemblements nĂ©o-nazis d’Europe. Selon la justice hongroise et Victor Orban lui-mĂȘme, c’est dans ce contexte que quelques nostalgiques du 3e Reich auraient Ă©tĂ© houspillĂ©s par des antifascistes. S’en est suivi une enquĂȘte judiciaire et la traque, Ă  travers toute l’Europe de 17 militants anti-nazis, tout cela avec le concours des services de renseignement et mĂȘme de l’antiterrorisme de plusieurs Ă©tats membres, dont la France. Gino a Ă©tĂ© interpellĂ© par la Sous-direction Antiterroriste Ă  Paris en novembre 2024 pour ĂȘtre extradĂ© vers la Hongrie. AprĂšs quatre mois et demi de dĂ©tention Ă  Fresnes, les juges français ont finalement refusĂ© de l’extrader au vu du peu de garanties offertes par la Hongrie quant Ă  l’indĂ©pendance de son systĂšme judiciaire et des conditions de dĂ©tention rĂ©servĂ©es aux opposants politiques. En dĂ©cembre 2025, c’est un nouveau mandat d’arrĂȘt europĂ©en qui est Ă©mis contre le jeune antifasciste et qui reprend mot pour mot celui Ă©mis par la Hongrie deux ans plus tĂŽt sauf que cette fois, il Ă©mane de l’Allemagne.

    A nouveau la Sous-direction Antiterroriste, Ă  nouveau la garde Ă  vue et Ă  nouveau la prison sauf que cette fois les juges le remettent rapidement en libertĂ©, le temps que son pourvoi contre l’extradition soit examinĂ©.
    Certains y verront un acharnement incomprĂ©hensible pour des faits a priori bĂ©nins (rudoyer des nazis), ce qui se joue est pourtant de la plus haute importance tant ils dĂ©montrent l’existence Ă  l’échelle europĂ©enne d’une rĂ©pression conjointe et assumĂ©e de l’antifascisme. Collaboration en termes de renseignements Ă©videmment mais aussi sur le plan judiciaire ; en Allemagne comme en Hongrie, c’est la qualification d’organisation criminelle (l’équivalent de l’association de malfaiteurs chez nous) qui autorise des moyens judiciaires ahurissants et des peines extrĂȘmement lourdes. Maja, une militante allemande, est incarcĂ©rĂ©e en Hongrie depuis plus d’un an, avant le dĂ©but de son procĂšs 14 annĂ©es de dĂ©tention lui ont Ă©tĂ© proposĂ©es en Ă©change d’un plaidĂ© coupable qu’elle a refusĂ©. Un militant allemand a dĂ©jĂ  Ă©copĂ© de 5 ans de prison dans son pays. Ils sont 17 au total sur qui pĂšsent la menace de nombreuses annĂ©es d’incarcĂ©ration. Quant Ă  Gino, le mandat d’arrĂȘt hongrois le visant Ă©voque une peine de 22 annĂ©es. La premiĂšre audience concernant son second refus d’ĂȘtre extradĂ© se tiendra mercredi 28 janvier Ă  la cour d’appel de Paris sur l’Île de la CitĂ©.

    Pour mieux comprendre « l’affaire Budapest » et ses enjeux, voir nos articles :
    Affaire Budapest : des néo-nazis, des juges, la SDAT et Viktor Orban
    La nuit sera longue - Zerocalcare
    Une bande dessinĂ©e pour comprendre l’affaire « Budapest » et libĂ©rer Gino
    La justice ne serait-elle plus qu’un mot en Europe ?
    Eric Vuillard sur l’affaire « Gino »
    Lettre de l’antifasciste Maja devant ses juges hongrois

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  • Il y a un peu plus d’un an, nous avions invitĂ© le philosophe Michel Feher pour discuter de la fascisation en cours et de son excellent livres Producteurs et parasites - L’imaginaire si dĂ©sirable du Rassemblement national, Ă  revoir par ici. Nous avions alors Ă©voquĂ© la seconde Ă©lection de Donald Trump qui n’était pas encore entrĂ© en fonction et de ce qui s’annonçait en terme de politique intĂ©rieure et fasciste. Michel Feher connaĂźt trĂšs bien les États-Unis oĂč il vit en partie, il travaille par ailleurs actuellement sur la nouvelle configuration gĂ©opolitique mondiale. Il Ă©tait donc indispensable de l’inviter afin qu’il nous Ă©claire sur sa comprĂ©hension de ce second mandat Trump, des enjeux derriĂšre la capture de Maduro et de ses retentissements sur la politique intĂ©rieure amĂ©ricaine. On a bien fait, il nous a tout trĂšs bien expliquĂ© ! Le sommaire ci-dessous pour se faire une idĂ©e de la trame de cet entretien.

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  • Au vu des Ă©vĂšnements en cours en Iran, nous diffusons exceptionnellement un second lundisoir cette semaine.
    Depuis trois semaines, l’Iran connaĂźt le plus grand soulĂšvement populaire depuis l’instauration de la RĂ©publique Islamique en 1979. Le 8 janvier, la foule a pris la rue dans toutes les villes du pays, des bĂątiments officiels ont Ă©tĂ© incendiĂ©s et des miliciens du rĂ©gime tuĂ©s. Depuis, le pouvoir a coupĂ© toutes les tĂ©lĂ©communications, les chiffres de la rĂ©pression varient : certains parlent de 3000 manifestants abattus, la chaĂźne CBS de 20 000, des images de sacs mortuaires entassĂ©s commencent Ă  circuler. Lorsque nous avons invitĂ© Soma du collectif Roja, Chowra Makaremi autrice de Femme ! Vie ! LibertĂ© ! Échos d’un soulĂšvement rĂ©volutionnaire en Iran (La DĂ©couverte, 2023) et Parham Shahrjerdi, psychanaliste et contributeur rĂ©gulier de lundimatin, le courage et l’audace des rues iraniennes imposaient l’euphorie ou au moins l’enthousiasme. Quelques jours plus tard, c’est l’incertitude et l’inquiĂ©tude qui dominent, dans l’attente de savoir ce que le mouvement est parvenu Ă  dĂ©faire et jusqu’oĂč le rĂ©gime est allĂ© pour s’accrocher au pouvoir.


    Dans cette discussion, nos invitĂ©s analysent ce soulĂšvement sans prĂ©cĂ©dent en l’inscrivant dans l’histoire du rĂ©gime et de sa contestation mais aussi dans le moment historique et gĂ©opolitique actuel. Quelles sont les conditions objectives qui poussent Ă  ne voir aucune autre option que la chute du rĂ©gime ? Que signifient les menaces d’ingĂ©rence pour un mouvement fondamentalement populaire ? En quoi les bouffonneries de la gauche campiste française sont symĂ©triques et solidaires du soutien empoisonnĂ© de l’extrĂȘme droite mondiale ? Et quelles voies semblent praticables pour les iraniens encerclĂ©s par tant de vautours ?

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